3 mars 2006
Lavieeco (24414 articles)
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Leur sensibilité est un plus

La femme est, souvent plus que l’homme, dotée d’une sensibilité qui lui permet de cerner le caractère d’une personne et ses attentes, pour mieux l’orienter ? Il n’est donc pas étonnant de les voir de plus en plus à la tête des départements RH, dans le privé comme dans le public

Portrait de cinq de ces battantes.

Ingénieur, elle gère les RH de la Trésorerie générale

Amal Tahri
Chef de la division des ressources humaines à la Trésorerie générale du Royaume

Native de Taza, Amal Tahri aime bien raconter l’histoire de sa région. «Mes racines m’ont permis d’être ce que je suis aujourd’hui», affirme-t-elle fièrement. Après des années d’études secondaires dans sa ville natale, elle rejoint l’une des prestigieuses écoles d’ingénieurs : l’école Mohammédia. Le temps de terminer brillamment ses études et d’intégrer la fonction publique.
Elle débute sa carrière en 1989 en tant que cadre, puis chef de service, en 1992. Par la suite, elle enchaîne les postes de responsabilité pour occuper notamment le poste de chef de division informatique à la direction des affaires administratives et générales du ministère des Finances et de la Privatisation. Pourtant, les applications, bases de données, ERP et autres programmes informatiques ne l’intéressaient pas trop.
Son péché mignon : les ressources humaines, bien évidemment. Mais ce n’est que quelques années plus tard qu’elle envisage de changer de métier et de revenir à la TGR pour s’occuper de ce qu’elle aime.
Elle n’hésite pas à parler même de gestion individuelle des ressources humaines. «Chacun a son rôle dans une organisation, du chaouch au directeur général. Il faut donc savoir se comporter et donner du temps à chacun». C’est dire que l’aspect équité, même dans les rapports humains, est important chez celle qui insiste surtout sur l’empathie.
Le véritable tournant dans sa carrière correspond à son inscription au cycle supérieur de gestion à l’ISCAE. «Lors d’un séminaire de communication, j’ai appris que je n’avais pas le sens de l’écoute, indispensable dans le domaine. Dès lors, j’ai appris à mieux m’en servir», poursuit-elle.
Gérer les ressources humaines à la TGR demande beaucoup d’implication et de sacrifices. Un effectif de près de 5 000 personnes, une administration au cœur de toutes les autres administrations… les enjeux de compétitivité, de performance et de qualité sont importants.
Amal trouve sa motivation dans sa famille, ses enfants en particulier. Pour elle, le soutien moral est important pour que la femme puisse s’épanouir dans la société. Dans son entreprise, elle n’a pas de mal à s’imposer, du moment qu’elle est parvenue à faire ses preuves. «J’ai travaillé avec des hommes qui m’ont fait confiance et qui ont cru en mes compétences», dit-elle.
Signe particulier : elle aime être évaluée régulièrement par ses proches collaborateurs. Le 360° ne lui fait pas peur.
Sa plus grande réussite : avoir damé le pion aux autres collaborateurs hommes pour le poste de chef de division. Elle était alors la seule femme à concourir pour ce poste, contre 11 hommes.

Elle met de l’ordre chez les douaniers

Saadia Alaoui Abdellaoui
Directeur des ressources et de la programmation dans l’Administration des douanes et impôts indirects

Femme de caractère, femme de toutes les situations. Ses proches collaborateurs la taquinent en la surnommant le «douanier de l’administration». Elle a une grande qualité mais aussi un défaut selon elle : sa franchise. Elle n’a pas froid aux yeux quand il s’agit de défendre une cause ou dire une vérité même si elle est cruelle. Elle tient tête même à ses boss. Elle en a vu défiler tellement durant ses 30 ans d’expérience dans la douane ! Dans son bureau spacieux de Hay Ryad, à Rabat, on voit que c’est elle la patronne tant elle est sur tous les fronts. Sa façon de diriger ? Faire confiance, respecter et soutenir quand il le faut. Pourtant, elle a connu toutes les restrictions lorsqu’elle a atterri à la douane pour la première fois en 1975. Milieu d’hommes, elle a dû lutter pour obtenir les mêmes avantages sociaux que les hommes. Même les cafétérias étaient interdites à la gent féminine. Aujourd’hui, les mentalités ont changé. Sur les quatre importantes directions centrales que compte l’administration, deux sont tenues par des femmes. C’est dire que la parité est respectée. «Derrière cette évolution, il y avait des hommes de valeur qui ont pu soutenir la femme dans son émancipation», aime répéter Mme Alaoui. Il faut dire aussi que sa franchise lui joue des tours car, des déceptions, elle en a connu durant sa carrière. Le plus dur ? «Voir des projets tomber à l’eau alors qu’on pensait avoir l’adhésion de la hiérarchie. Cela vous discrédite auprès de votre équipe. Dans ces moments, je préfère prendre du recul», souligne-t-elle. Sa vie de douanier est si pleine de rebondissements qu’elle souhaite écrire une autobiographie.
Sa plus grande réussite : tous les grands projets dans lesquels elle s’est beaucoup impliquée.

Elle a épousé le secteur public pour la vie

Amina Zerrad
Chef de département RH au groupe Al Omrane

Amina Zerrad ne quitterait son équipe pour rien au monde, même pas pour le privé. Adepte du principe «l’union fait la force», pour elle, «chaque membre de l’équipe devient une ressource pour les autres membres et doit contribuer, animer et soutenir la motivation nécessaire à la participation et à l’apprentissage des autres membres de l’équipe».
Elle débute sa carrière dans les années 1990 comme responsable communication à l’Agence de lutte contre l’habitat insalubre. Comme M. Jourdain avec sa prose, elle s’intéressait aux RH sans le savoir et intégrera finalement le département RH à la fin des années 1990. Elle vivra d’importants changements au sein de son holding spécialisé dans l’aménagement du territoire. Des entités qui fusionnent, de nouveaux schémas directeurs, une revalorisation des statuts, de nouvelles équipes…elle s’imprégnera surtout des outils RH. Dans cet univers masculin, les femmes atteignent difficilement les postes de responsabilité. «C’est un métier qui demande beaucoup d’engagement et de disponibilité», souligne-t-elle. Quand elles y arrivent, c’est pour occuper des postes de chef de projet ou chef de service. Mme Zerrad retiendra tout de même les efforts de son entreprise pour l’émancipation de la femme cadre. «Pour ma part, je suis écoutée et respectée», dit-elle. Elle est aussi la seule femme à être présente dans les réunions importantes. Une exception qu’elle aimerait voir bannir. Les femmes ont assez de qualités pour monter davantage dans la hiérarchie.
Sa plus grande réussite : arriver à ce stade de responsabilité mais aussi réussir des projets de grande envergure.

Mission : mettre en adéquation les compétences du ministère du Tourisme avec la Vision 2010

Hynd Chkili
Directeur de la formation et de la coopération en charge des ressources humaines et de l’administration financière au ministère du Tourisme

Discrète et fonceuse, Hynd Chkili a une relation particulière avec les ressources humaines. Après un bac scientifique et un DEA en droit international à l’étranger, elle rentre au Maroc pour démarrer sa carrière professionnelle. Son premier point de chute : une banque d’affaires. Cette expérience lui permettra de faire ses premiers pas dans la fonction RH puisque la banque en question venait de mettre en place une politique ressources humaines.
Six ans plus tard, elle rejoint le mastodonte de l’informatique, Microsoft, où elle aura la lourde tâche de superviser également les filiales algérienne et tunisienne. Bien qu’elle ait une formation de juriste, le virage vers les ressources humaines fut un hasard ou presque. «J’ai toujours eu une fibre pour le contact humain. C’est ce qui m’a motivée dans le choix de cette voie. Après, c’est une question de passion», dit-elle. Du privé au public, elle n’avait qu’un pas à franchir, ce qu’elle a fait à la fin 2004, quand elle a rejoint le ministère du Tourisme pour une nouvelle mission.
La tâche ne s’annoncera pas aisée. Un effectif de 1 300 personnes, 20 services extérieurs et 16 établissements de formation à travers le pays. Bref, un chantier en pleine restructuration. Elle ne s’est pas découragée pour autant. «Secteur dynamique, stratégie claire de développement, style de management moderne… autant de facteurs favorables qui m’ont poussée à opter pour le public», affirme-t-elle.
Les chantiers qui l’attendaient étaient vastes : mettre en place une gestion des ressources humaines à la hauteur de la Vision 2010. Réorganisation interne, plans de formation à la chaîne et, pour la première fois, un appel à candidatures a été lancé pour le redéploiement interne. Et tout cela autour d’une stratégie de communication efficiente.
Objectif : fédérer le personnel autour d’un projet et d’une vision commune. Une tâche pas facile pour une administration qui vit la conduite du changement à deux vitesses. «Le plus important est de ne pas marginaliser les plus récalcitrants. Au contraire, il faut essayer de rallier toutes les équipes autour d’un objectif commun».
Car Hynd ne conçoit pas la fonction ressources humaines comme une simple gestion performante. Il s’agit également d’une responsabilité sociale.
«En tant qu’équipe RH, nous voulions inculquer
une culture d’appartenance. Le succès passe avant
tout par un travail d’équipe», poursuit-elle. Equité, reconnaissance, mérite,… le management c’est aussi un partage des valeurs.
Mme Chkili ne voit pas de différence entre le privé et le public. Les enjeux de performance et de qualité existent de la même manière dans les deux secteurs. «Le professionnalisme des managers, la pertinence des projets, l’esprit d’initiative, une large autonomie… Bien que j’aie travaillé dans le privé, je n’ai pas senti de différence. Je travaille autant d’heures sinon plus qu’auparavant parce que je suis exigeante envers moi-même».
Sa plus grande réussite ? Elle considère qu’il est trop tôt pour parler de ses réalisations.
Elle contribue à sa façon à la modernisation du secteur dans le domaine des ressources humaines.

Maître d’œuvre des gros chantiers RH à l’Habitat

Rachida Tadlaoui
n Directeur adjoint à la direction des ressources humaines, moyens généraux et des affaires juridiques, au ministère de l’Habitat.

Rachida Tadlaoui a fait l’essentiel de sa carrière professionnelle au ministère de l’Habitat. C’est plus de 21 ans d’expérience, dont huit ans dans les ressources humaines. Elle en parle avec émotion. Chef de service, puis chef de division, elle a occupé différentes fonctions avant d’atteindre celle de directeur adjoint de la direction des ressources humaines, un poste rarement occupé par un cadre féminin. Elle a compris aussi que, pour arriver à ce stade, il fallait se remettre constamment en question et développer ses connaissances. Techniques modernes de management, conduite du changement, communication dans l’administration,… des formations aussi bien au Maroc qu’à l’étranger lui ont permis de gagner en maturité.
Sa passion pour les ressources humaines ? «C’est d’abord aimer les autres, aimer le contact humain, partager des valeurs, il ne s’agit pas uniquement de gérer des carrières mais surtout des êtres humains», dit-elle. Il faut dire aussi que l’enjeu est de taille. Il en est justement question puisqu’elle gère un effectif de 4 300 personnes. La politique des ressources humaines est au cœur de la stratégie de développement du ministère. Contrats-programmes avec les fonctionnaires, formation, requalification, gestion prévisionnelle, volet social… tous les chantiers RH sont lancés. L’administration s’est même dotée d’outils RH performants.
La femme cadre dans tout cela ? Elle fait sa place lentement, mais sûrement. Sur les 220 cadres responsables, on trouve 50 femmes. «C’est une porte entrouverte.
Il faut l’ouvrir davantage», souligne-t-elle. Et de poursuivre : «Heureusement que certains hommes croient dans les compétences des femmes, des hommes qui les ont soutenues jusqu’au bout pour occuper des postes importants». Ceci vient du fait qu’il existe des valeurs considérées comme étant propres à la femme et qui sont de nature à imposer le respect. On peut citer le sérieux, l’intégrité, la responsabilité, la persévérance, l’organisation et la minutie.
A la maison, Rachida troque sa casquette de cadre pour celle de maman, même si elle avoue parfois trouver du mal à concilier entre vie privée et vie familiale. Heureusement que l’entourage familial est présent pour la soutenir dans les moments difficiles.
Sa plus grande réussite : convaincre sa hiérarchie de mettre en place des appels à candidatures pour des recrutements en interne. Une révolution, à l’époque, dans les pratiques RH.

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