Les Ressources humaines, le point de départ de la transformation de l’Afrique
18 mai 2018
Brahim Habriche (1919 articles)
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Les Ressources humaines, le point de départ de la transformation de l’Afrique

L’Agef a réuni, les 4 et 5 mai, à Marrakech, des DRH et des officiels de tout le continent pour réfléchir à la problématique des ressources humaines sur le continent. Education, formation et mauvaise intégration constituent des sources de dysfonctionnement.

Depuis quelques années, l’Afrique suscite des convoitises. Une tendance qui va crescendo vu le potentiel de croissance que présente le continent qui, selon les observateurs, est en passe de devenir le prochain pôle émergent.

Le continent doit faire face à plusieurs défis, à commencer par celui de la montée démographique. Qui dit démographie, dit aussi formation, éducation… Sans dynamique de ressources humaines, il ne peut réussir ni sa construction, ni sa transformation.

C’est dans ce cadre que l’Association des gestionnaires et formateurs du personnel (AGEF) a tenu à faire le tour de la question des ressources humaines et leur rôle dans l’accompagnement de la construction de l’Afrique de demain lors de son 22e colloque international annuel sous l’intitulé : «Quelles dynamiques ressources humaines pour la transformation de l’Afrique», organisé les 4 et 5 mai à Marrakech.

En préambule, Zakaria Rbii, président de l’AGEF, a souligné que «l’Afrique est certes riche par ses ressources naturelles, par son positionnement géopolitique et par son histoire, ses valeurs et ses cultures, mais elle est surtout riche par ses ressources humaines. Notre objectif à travers ce colloque est de mener une réflexion autour des besoins de développement de l’Afrique, notamment à ce qu’elle a de précieux : ses ressources humaines».
Pour sa part, Mohamed Yatim, ministre du travail et de l’insertion professionnelle, a indiqué que le capital humain peut constituer un véritable moteur de croissance et pour cela il faut qu’il soit doté des compétences qu’il faut et que sa force soit canalisée dans le bon sens. Il déplore malheureusement l’effort considérable que beaucoup de pays, entre autres le Maroc, doivent fournir pour réussir cette phase d’éducation et de formation.

Des propos également partagés par Marie Lydia Raharimalala Toto, ministre malgache de l’emploi, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. La responsable a partagé l’exemple de son pays qui a élaboré une nouvelle stratégie de croissance et de transformation à l’horizon 2030, baptisée «Fisandratana». Cette stratégie a notamment pour ambition la valorisation effective du capital humain du Madagascar afin de soutenir la compétitivité globale de l’économie du pays, en capitalisant essentiellement sur sa jeunesse qui représente 60% de la population. Une jeunesse qui est en grande partie analphabète et au chômage par la faute d’un système éducatif qui peine à jouer pleinement son rôle et un enseignement technique et une formation professionnelle qui ne sont pas mieux lotis.

Jamal Belahrach, vice-président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), n’a pas manqué de mettre en exergue l’ampleur du défi que doit relever le continent africain, en rappelant qu’«un million de jeunes qui arrivent sur le marché du travail par mois, soit 12 millions par an. En parallèle, seuls 3 millions d’emplois sont créés au niveau de l’économie formelle. Le principal défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui est celui de l’emploi qui est devenu un véritable enjeu sécuritaire pour nos pays. Face à cette situation, l’entreprise doit se réinventer pour que nos États se réinventent. L’État doit se réinventer pour que nos entreprises se réinventent à leur tour».
Les bonnes initiatives ne manquent pas. Mais face à tous ces défis, l’Afrique doit observer trois attitudes essentielles : se décomplexer, se décloisonner et se mutualiser, comme le rappelle Abdou Souleye Diop, président de la commission Sud/Sud de la CGEM.

Se décomplexer, se décloisonner, se mutualiser

Il a rappelé notamment les aberrations qui existent encore comme en Côte d’Ivoire où le caoutchouc extrait de l’hévéa part en Europe où il est transformé et revendu sous forme de pneus au Maroc.
«Nous constatons aujourd’hui des avancées réelles en Afrique, et ce, dans plusieurs domaines (énergie, infrastructures…) et nous avons les ressources humaines capables de rivaliser avec le reste du monde. Dernièrement avec le lancement de la zone continentale de libre-échange, nous avons un avantage de mutualiser nos efforts et nos compétences pour aller de l’avant», souligne-t-il.
L’agriculture, qui emploie près de 60% de la population africaine, constitue naturellement l’un des grands moteurs de croissance. Mais il n’est pas le seul. L’industrie de transformation, le développement durable restent des alternatives de croissance pour le continent, sans oublier le tourisme vert qui est en passe de devenir une locomotive de croissance, notamment au Rwanda. Après avoir passé en revue les différents moteurs de croissance, les différents panélistes ont insisté sur le rôle que doit jouer l’économie numérique en Afrique. Cette dernière est la région du monde qui a le plus à gagner de la révolution numérique. Les nouvelles technologies peuvent en effet permettre aux pays africains de s’affranchir du processus de développement traditionnel pour franchir des étapes et accélérer leur croissance économique, mais aussi de gérer leurs ressources plus efficacement et d’étendre l’accès aux services essentiels même aux populations les plus vulnérables.

Un Erasmus à l’africaine comme solution pour booster la coopération Sud-Sud

Pour réussir sa transformation, l’Afrique a aussi besoin de développer des talents. Là aussi, une réflexion sur les challenges à relever en matière de sourcing des talents en Afrique et la gestion de la mobilité des expatriés a été débattue lors du 22e colloque. Une thématique d’une grande importance au regard du rôle incontournable que pourraient jouer les compétences dans la transformation de l’Afrique. Là aussi, un Erasmus à l’africaine a été également avancé comme solution pour booster la coopération Sud-Sud. Sauf que cette initiative nécessite de savoir capter, attirer, fidéliser et développer des talents.

Le constat est que les entreprises peinent encore à trouver des ressources humaines talentueuses nécessaires au développement de leurs activités sur le continent africain. Leila Serar Tazi, directrice centrale Capital humain à BMCE Bank of Africa, explique que dans un marché mondialisé, et donc hautement compétitif, le sourcing des talents constitue un véritable défi auquel s’ajoutent des contraintes liées aux questions sécuritaires, sanitaires et culturelles qui n’encouragent pas les candidats potentiels. «Les profils digitaux sont clairement disputés sur le marché. Une pénurie qui exerce une lourde pression sur la politique de rémunération des entreprises contraintes d’user d’arguments financiers pour attirer ces talents», commente Leila Serar Tazi, qui a pointé du doigt l’éternelle problématique de l’adéquation formation-emploi à l’origine de la rareté des compétences, mais également le manque d’anticipation en ce qui concerne la préparation des métiers de demain. La responsable a dans ce sens préconisé la mise en place d’un observatoire de l’emploi et des métiers.

Najla Chérif Hamdi, DRH Sanofi Maroc, Tunisie et Libye, a assuré pour sa part que le réseau des connaissances arrive en tête en matière de canaux de sourcing. Elle rappelle notamment une enquête du HCP qui indique que 74% des recruteurs sollicitent leur entourage pour recruter et seuls 4,6% utilisent les cabinets de recrutement, généralement réservés au sourcing de profils spécifiques.
Pour sa part, Aline Chambaret, DRH de Saham Finances, a souligné que «la première condition pour inciter à la mobilité est de bien l’accompagner avant, pendant et après. Il faut d’abord s’assurer d’avoir le bon candidat pour une mobilité réussie. Les clés de la réussite pour une bonne intégration du candidat sont sa motivation, sa faculté d’adaptation, sa capacité à rechercher des informations et sa personnalité».
Un autre élément fondamental à prendre en compte, c’est la famille ! Une expatriation réussie est aussi conditionnée par l’intégration du conjoint et des enfants. !

Il est essentiel d’appréhender chaque étape avec le candidat pour maximiser les chances de réussite. Il faut également sécuriser les aspects économiques et financiers de la mobilité, avec une maîtrise des coûts pour l’employeur, combinée à un package d’expatriation attractif pour l’employé.
Autre solution développée, notamment chez Lesieur-Cristal : l’intra-patriation. Asmaa Tazi, la DRH de la firme, donne l’exemple de la collaboratrice sénégalaise formée au Maroc et qui a été envoyée à Dakar pour le développement d’une filiale.
In fine, la mobilité reste une alternative importante au développement du marché de l’emploi en Afrique et un excellent boosteur de carrière. Encore faut-il que les entreprises sachent vendre l’expatriation tout en assurant en amont et en aval les conditions de réussite.

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