L’empathie, soft skills du XX1e siècle
30 novembre 2017
Lavieeco (24008 articles)
0 Commentaire
Partager

L’empathie, soft skills du XX1e siècle

Des recherches ont établi que les équipes qui ont un haut degré d’empathie sont plus réactives et plus résilientes. Ce soft skill s’enseigne dans des universités prestigieuses comme HEC Paris ou Stanford.

Nezha Hami Eddine
Coach certifié, DG du cabinet Cap RH

Jadis, une valeur. Aujourd’hui, une exigence pour le management de la performance. La récente actualité donne raison à ceux qui disaient que nous sommes entrés dans le siècle de l’empathie!

Dans l’arène politique

Durant la campagne électorale, le Président américain, Donald Trump, avait joué la carte de l’empathie. «Je suis comme vous». «Je vous comprends», répétait-il à volonté, lors de ses meetings. Aujourd’hui, le locataire de la Maison Blanche est vivement critiqué pour son manque d’empathie. Deux récents événements ont provoqué un tollé. Nombreux sont ceux qui lui reprochent de ne pas avoir trouvé le ton juste lorsque les Américains sont confrontés à une épreuve douloureuse.

Les journaux américains ont fait leurs choux gras de l’échange téléphonique qu’il a eu avec la veuve d’un jeune soldat tombé dans une embuscade au Niger et de ses déclarations lors de la visite au Texas, dévasté par l’ouragan Harvey. «Une règle informelle, mais essentielle, veut que le président joue un rôle de consolateur dans des moments de crise et de perte, offrant le soutien et les encouragements de la Nation à ses concitoyens», commente David Axelrod, ancien conseiller de Barack Obama, aujourd’hui chroniqueur pour CNN. «Mais [Donald Trump] n’y arrive pas, il ne parvient pas à s’oublier afin d’être ce dirigeant empathique dont nous avons besoin». Il est plus facile de parler de l’empathie que de l’incarner. Trump a du mal à «s’oublier».

De quoi parle-t-on?

Le vocable empathie a été utilisé pour la première fois en 1873 par le philosophe allemand, Robert Vischer, dans sa thèse de doctorat. Larousse le définit comme «la faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent». L’empathie désigne, donc, la capacité à se mettre à la place de l’autre (composante cognitive) et à comprendre ses sentiments (composante émotionnelle). L’empathie permet d’entrer en résonance avec l’autre.

Point de vigilance : la sympathie suppose le partage de l’expérience et des sentiments de l’autre. La compassion se distingue par la souffrance  ressentie en écho à celle d’autrui. Les personnes qui «absorbent» les émotions comme une éponge ne sont pas empathiques. Elles sont contaminées émotionnellement. Elles prennent facilement la «patate chaude».

L’Homo-Empaticus est parmi nous

L’économiste américain Jeremy Rifkin a plaidé, dans son dernier ouvrage “Une nouvelle conscience pour un monde en crise – Vers une civilisation de l’empathie”, paru en 2012, pour un retour en force de l’Homo-Empaticus afin de venir à bout des désordres de la planète. Désordres économiques, bien entendu. Depuis le milieu du 20e siècle, de nombreuses approches ont pavé la voie à ce nouveau paradigme. Ces approches reposent, toutes, sur l’idée que la nature de l’homme le prédispose à être coopérant, bienveillant et empathique, s’il en a la possibilité. Sic.

Ces approches visent à nous libérer du formatage social pour faire émerger l’Homo-Empaticus qui sommeille en nous! «Il existe donc bien un interlocuteur caché au fond de nous, qui n’accepte pas la loi du plus fort et aspire au contraire à la coopération», explique Hélène van Seters-Husson, psychologue française. Donc une personne empathique est celle qui a pu se connecter à ce potentiel. Cette faculté, qui lui permet de percevoir de nombreux messages dans ses interactions avec les autres. Donc de voir au-delà des masques et d’appréhender facilement le fonctionnement de son entourage.

La science a son mot à dire

Dans les années 90, la découverte du neuroscientifique italien Giacomo Rizzolatti des neurones miroirs a permis d’observer l’empathie à l’intérieur du cerveau.

Ces neurones nous expliquent pourquoi quand nous observons une émotion chez l’autre, nous ressentons la même émotion (avec des nuances, dues à notre relation ou notre détachement). Ce neuroscientifique nous explique que quand nous observons un visage souriant, nous avons des micro-crispations de la bouche, comme une amorce de sourire. De même, quand nous observons un visage coléreux, des micro-crispations des sourcils sont détectées. Nous ressentons ce que nous voyons, nous l’exprimons subrepticement. Nous sommes donc des empathiques qui s’ignorent. Or, au fil des siècles, notre langage émotionnel a été muselé par le développement de la logique analytique. Nous avons perdu la maîtrise de notre abécédaire émotionnel.

Empathie en entreprise

C’est une compétence qui fait désormais son entrée en force dans l’entreprise. Des recherches ont établi que les équipes qui ont un haut degré d’empathie sont plus réactives et plus résilientes.

Pour gagner en performance, le manager doit changer de braquet. Fini le manager donneur d’ordre. Le grand manitou qui sait tout et qui décide de tout doit laisser la place au manager empathique.

Cette soft skill permet le management «situationnel» car elle permet de tenir compte de tous les éléments de l’environnement. Elle permet de créer un climat favorisant la motivation et la coopération. Ce climat de travail est le meilleur rempart contre les résistances au changement et aux conflits interpersonnels. «L’empathie du leader est une qualité qui donne envie aux autres de le suivre», explique James Norrie, vice-recteur de l’École de gestion Ted-Rogers de l’Université Ryerson, Ontario, Canada, et coauteur du livre «The A to Z Guide to Soul-Inspiring Leadership». Oui, l’empathie favorise la confiance.

Pour Stephen Covey, auteur de «sept qualités de ceux qui ont réussi», dont l’empathie. Elle permet de saisir avec exactitude les sentiments, les raisonnements et les motivations de l’autre. Ce qui permet de communiquer en termes intelligibles par l’autre. L’autre sera automatiquement enclin à coopérer pour trouver des solutions efficaces car chacun détient une part de la vérité. Un grand manager, Henry Ford, disait que «le secret du succès, s’il existe, c’est la faculté de se mettre à la place de l’autre et de considérer les choses de son point de vue autant que du nôtre».

L’empathie du manager favorise l’émergence d’une confiance réciproque et de l’intelligence collective. Pour le psychiatre américain, Irvin Yalom, l’empathie est le «ciment indispensable des relations humaines, l’outil le plus puissant dont nous disposons pour entrer en relation avec autrui».

Toutefois, on ne peut comprendre les émotions de l’autre, si l’on ne comprend pas ses propres émotions. Un manager empathique est d’abord celui qui reconnaît ses émotions. En entreprise, le management empathique nourrit le besoin de reconnaissance des collaborateurs.

Encore des résistances

Beaucoup pensent, encore, que l’entreprise n’est pas l’endroit où l’on peut exprimer ses sentiments. Dans nos entreprises, les émotions sont encore taboues, car «les sentiments ne doivent pas franchir le seuil de l’entreprise». Or, une personne est UN. Elle ne peut saucissonner la partie affective de la partie pragmatique. En arrivant au bureau, le collègue est entier. Et le manager doit traiter avec lui en tant que tel.

Il est plus facile de parler de l’empathie que de la pratique car les gens pensent encore que, s’ils en montrent, ce sera vu comme une faiblesse. Ou encore, «ce n’est pas à moi, manager, de m’adapter à mon collaborateur. C’est à lui de s’adapter à moi! ». Certes ces idées héritées de l’ère du manager donneur d’ordre subsistent. Mais la performance passera par l’humanisation de l’entreprise.

L’empathie, ça s’enseigne

Nous naissons tous avec ce potentiel. C’est le formatage social qui nous en éloigne. Nous pouvons le réactiver par la formation.  A HEC, la chaire sur le capital humain traite de l’intelligence émotionnelle. Et, aux Etats-Unis, l’Université de Stanford, sous l’impulsion du dalaï-lama, vient de créer un Institut de recherche et d’éducation sur l’altruisme et la compassion.

L’empathie, depuis l’école primaire

Si le Danemark trône à la première place des pays les plus heureux du monde, ce n’est point le fruit du hasard.  Il est le seul pays au monde dont les écoles enseignent l’empathie. De 6 à 16 ans, les jeunes Danois apprennent, depuis une loi de 1993, l’empathie à l’école, à raison d’une heure par semaine. Lors de ces cours, les élèves échangent, communiquent, écoutent et décident ensemble pour organiser une fête ou partager un gâteau. Quand un enfant apprend dès son jeune âge à comprendre les émotions de l’autre, il est tout à fait normal qu’à l’âge adulte, il pourra construire des relations positives.

Commentaires

0 Commentaire Soyez le premier à donner votre avis

Commentez cet article

Your data will be safe! Your e-mail address will not be published. Also other data will not be shared with third person. Required fields marked as *