Le diplôme obtenu au Maroc victime d’une vision erronée ou archaïque
2 février 2018
Lavieeco (24426 articles)
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Le diplôme obtenu au Maroc victime d’une vision erronée ou archaïque

Un jeune diplômé d’une école d’ingénieurs étrangère gagne 20% de plus qu’un diplômé d’une école locale. Les recruteurs font aussi la distinction entre les lauréats des «Missions» (américaine, française, espagnole, etc.) et ceux de l’enseignement marocain.

Marc Chalet
Executive Search – DIORH

Depuis de nombreuses années, les profils diplômés d’établissements d’enseignement supérieur étrangers sont largement avantagés au Maroc, parfois même injustement surcotés, au détriment des profils ayant suivi une formation locale. Ce fléau relève d’une vision erronée ou archaïque, certes soutenue parfois par de tangibles arguments, mais qui engendre malheureusement des déséquilibres dans l’entreprise, de la discrimination sur le marché du travail ou, plus inquiétant encore, des incompréhensions et clivages au sein même de la société. Aujourd’hui, quels constats révèle le marché de l’emploi ?

Parmi ces derniers, avant même l’accès à l’enseignement supérieur, on dénote que certaines personnes, dont des décisionnaires en recrutement, des responsables pédagogiques ou jurys d’admission, font parfois la distinction entre les profils issus de «Missions» (américaine, française, espagnole, etc.) et ceux ayant suivi l’enseignement primaire puis secondaire marocain. L’éducation à la française serait-elle un gage de qualité? L’éducation à l’américaine un gage d’excellence? Grandir et évoluer dans un environnement 100% marocain pourrait-il donc, à terme, devenir un handicap? Favoriserait-on, au Maroc, les personnes ne maîtrisant pas le dialectal, voire l’arabe littéraire ?

Selon des sources relativement informelles, certaines Ecoles de commerce publiques marocaines de renom faciliteraient l’admission aux élèves issus de Missions, et ce, malgré des moyennes inférieures obtenues au lycée. Lorsque l’on connaît les critères de sélection drastiques pour les élèves issus de l’enseignement secondaire public ou privé marocain pour intégrer ces écoles et les coûts engendrés par la scolarité en Mission (en complément de la «barrière sociale à l’entrée» de ces lycées), cela interpelle sérieusement.

La pratique d’une seconde ou troisième langue est désormais un avantage primordial

La pratique d’une seconde ou troisième langue n’est en effet plus un avantage différenciant sur le marché de l’emploi global. C’est désormais un avantage primordial. Cependant, la parfaite maîtrise de la langue locale, bien que le français soit considéré comme la «langue des affaires» du secteur privé marocain et que ladite langue locale puisse être complexe, paraît être une évidence.

Un second fossé se crée quant à lui souvent, sur le marché du travail et ce, à tout niveau d’expérience et dans de nombreux domaines d’activité du tissu économique privé du Royaume. Des décisionnaires en recrutement (Directeurs généraux, Directeurs des ressources humaines, Responsables recrutement) avantagent «sur CV» les diplômés de l’étranger. Que le client final soit une filiale de multinationale implantée au Maroc, une grande institution bancaire locale ou un groupe familial, comment peut-on discriminer, sur papier et à expérience(s) ou expertise(s) égales, un profil localement diplômé ? De nombreux chasseurs de têtes, dont l’impartialité et l’objectivité sont théoriquement des devoirs, adoptent malheureusement au quotidien ce type de pratiques, par intime (et regrettable?) conviction ou prétextant de respecter le cahier des charges initialement présenté par le client. Craindraient-ils de challenger leurs donneurs d’ordres ? Quels seraient leurs avis si toutefois les recrutements de multinationales étaient confiés aux cabinets étrangers ? Le patriotisme professionnel ne reviendrait-il pas au galop ?

Bien que les études à l’étranger, le voyage et la découverte de mondes extérieurs favorisent grandement l’ouverture d’esprit et donc, de ce fait, l’adaptabilité à divers environnements parfois très différents voire matriciels, il existe de nombreuses raisons qui «justifient» d’étudier au Maroc, parmi elles: la qualité de nombre d’établissements d’enseignement supérieur, la proximité de la famille, le devoir familial, l’absence de moyens suffisants, la volonté d’évoluer avec son pays, etc. Ces dernières ne sont-elles pas respectables?

Un système éducatif, de la maternelle au supérieur, a toujours ses points forts ainsi qu’une marge de progression

D’un point de vue purement pécuniaire et à titre d’exemple, selon l’enquête annuelle de rémunération réalisée par le cabinet Diorh en partenariat avec Mercer, un jeune diplômé d’une Ecole d’Ingénieurs marocaine percevrait en moyenne 2 000 dirhams mensuels nets de moins que s’il était issu d’une formation en école d’ingénieurs étrangère, soit un delta d’approximativement 20%. De plus, l’argument lié au diplôme est utilisable tout au long de la carrière, par les profils confirmés et seniors, ce qui ne contribue en rien à réduire cet écart.

Un système éducatif, de la maternelle au supérieur, a toujours ses points forts ainsi qu’une marge de progression.

Les chantiers d’amélioration relatifs à l’accompagnement de la jeunesse doivent être, quel que soit le pays du globe concerné, l’une des priorités, nonobstant le fait que le rôle de l’Etat ne peut jamais totalement se substituer à celui de la famille et/ou de l’environnement privé. Cependant, un individu ayant un très bon ou excellent niveau scolaire et intellectuel ne peut être désavantagé pour des raisons non recevables, voire irrationnelles. Il en va du respect de la méritocratie.

Les recruteurs, en entreprises et en cabinets, devraient avoir pour rôle dans la pratique, de faire changer cette vision, de tendre au maximum vers l’objectivité et de participer à faire disparaître ces idées reçues.

Enfin, compte tenu de sa position actuelle de hub international pour l’Afrique du nord et subsaharienne francophone et à venir (l’un des centres névralgiques panafricains) et de son fort développement, le Maroc se doit d’envoyer aux talents locaux, européens et africains de demain des messages d’égalité, de méritocratie et d’accueil. L’internationalisation d’établissements d’enseignement supérieur locaux, les innombrables partenariats mis en place et les implantations de campus de prestigieuses écoles étrangères ne sont que révélateurs de cette prise de conscience stratégique.

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