Fonction publique : entretien avec Rachid Melliani, Directeur de l’ENSA
29 décembre 2017
Brahim Habriche (1902 articles)
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Fonction publique : entretien avec Rachid Melliani, Directeur de l’ENSA

Refonte de l’offre de formation, formation en alternance, diversification des cursus… sont les principaux chantiers de l’ENSA. Les cadres de l’administration seront capables d’accompagner les transformations et de réinventer les nouveaux modèles de l’administration et de l’action publique.

L’Ecole nationale supérieure de l’administration (ENSA) s’est donné de nouveaux objectifs pour former et préparer les leaders de l’administration de demain. Eclairage avec Rachid Melliani, directeur de l’ENSA.

L’Ecole nationale supérieure de l’administration (ex-ENA et ISA) connaît un renouveau. Quelle est la nouvelle approche pédagogique de l’institut ?

L’ENSA est une institution née de la fusion de l’ENA (Ecole nationale de l’administration) et l’ISA (l’Institut supérieur de l’administration)  avec une triple vocation, à savoir se spécialiser dans la préparation des hauts cadres de conception et de direction, accélérer la dynamique de modernisation de l’administration publique à travers la formation continue, le développement de nouvelles fonctions de perfectionnement et de recherche appliquée destinées à répondre aux besoins de l’administration et enfin participer pleinement aux efforts de la diplomatie nationale en étant un véritable opérateur de la coopération administrative.  Nous nous sentons à l’ENSA concernés par tous les grands chantiers conduits par S.M. Mohammed VI et nous essayons d’y apporter notre contribution: Afrique, émergence industrielle, développement régional, réforme de l’administration… tous ces dossiers interpellent nos formations, ils sont au cœur de la formation initiale comme dans le dispositif de la formation continue et dans les travaux de réflexion et de conseil. L’ENSA se positionne aussi comme un véritable levier opérationnel pour l’accompagnement des chantiers de réforme et de modernisation fixés dans le programme gouvernemental. 

Pour concrétiser cette triple vocation, il était tout d’abord important de réussir l’enjeu de déploiement de la fusion des deux grandes écoles et le renforcement des capacités de gestion de la nouvelle institution. Après plus d’une année de mise en place effective de la nouvelle réforme, nous comptons entrer en régime de croisière très vite. Les synergies réalisées par la fusion ENA/ISA sont là. Je suis très attaché à accélérer la courbe d’apprentissage de la nouvelle institution.

Vous avez procédé à une nouvelle approche du concours d’accès. Qu’en est-il ?

Effectivement, l’exigence fixée au concours d’entrée à l’ENSA comporte trois dimensions : une maquette ambitieuse du concours ; des épreuves diversifiées ; une philosophie sélective. Nous avons adopté un dispositif très sélectif. Le concours s’adresse tout d’abord aux candidats disposant d’une formation Bac+5, toutes disciplines confondues. Il est aussi ouvert aux fonctionnaires et aux cadres du privé. Pour les fonctionnaires, peuvent concourir les candidats classés à l’échelle 11 et bénéficiant de trois ans d’ancienneté dans l’administration publique. L’idée est d’identifier les hauts potentiels, à la fois dans l’administration et dans le privé. Le concours se fait en trois étapes : sélection sur dossier, concours écrit et étude de cas. A travers cette dernière, nous testons les capacités d’analyse des candidats sur différentes problématiques touchant l’environnement économique. Nous avons également introduit une nouvelle approche dans les épreuves d’admission, à savoir une épreuve d’oral collectif. C’est une mise en situation où les candidats sont en face d’une prise de décision. L’intérêt est de pousser les fonctionnaires de demain à travailler en intelligence collective.

Comment doit-il être ?

Le fonctionnaire de demain doit être formé à la gestion de la complexité. Comme nous le savons, l’administration marocaine connaît de nombreuses réformes. Malgré de nombreux acquis, son action et son mode de fonctionnement font encore l’objet de critiques. Son organisation, son rôle et ses missions doivent donc être repensés et adaptés à un contexte politique, économique et social en pleine mutation. Notre administration est désormais appelée à fournir des services à des populations de plus en plus exigeantes et informées de leurs droits et obligations. De ce fait, on a besoin qu’elle soit capable d’élaborer des politiques publiques selon des approches professionnelles et en interaction avec son environnement. L’administration est au carrefour de toutes les transformations. Notre mission est donc de former et préparer les leaders publics de demain, capables d’accompagner ces transformations. Cette refonte de l’action publique doit être engagée sur les principes de responsabilité, de reddition des comptes et de l’obligation de résultat.

Vous avez cité la formation en alternance, une démarche qui se développe de plus en plus. En quoi consiste-t-elle ?

Oui tout à fait. L’objectif est de privilégier la mise en «situation de responsabilité». La formation initiale est de 24 mois intégrant six mois de stages pratiques. Ces derniers sont à la fois organisés au niveau de la haute fonction publique, notamment auprès des secrétaires généraux des ministères, des gouverneurs et des directeurs généraux des services des conseils régionaux et au niveau des entreprises publiques et privées. On a besoin à ce que les fonctionnaires de demain ne soient pas en décalage par rapport aux réalités économiques et sociales. Des stages sont prévues également à l’étranger, en Afrique et en Europe. Les stages en Europe sont organisés en partenariat avec l’ENA France.

Quels sont les autres projets que vous comptez également développer ?

La formation continue constitue également un axe prioritaire de notre développement. Elle sera structurée autour de quatre offres dont l’accompagnement des grands chantiers (loi organique des finances, opérationalisation de la régionalisation avancée…). De même, nous allons développer des masters ou des formations diplômantes sur des métiers du public (acheteur public, développeur territorial, gestion des crises…). L’offre de formation continue concerne également la valorisation des parcours qui vise notamment le renforcement de l’encadrement moyen à l’occasion de changements de paliers statutaires. D’autres chantiers concernent la formation des formateurs afin d’engager une démarche de transmission des savoirs au sein des établissements publics, ainsi qu’une plateforme de e-learning. Enfin, l’offre portera sur des modules «internationaux» avec la mise en place des cycles et masters africains d’administration et de gouvernance ou encore d’un cycle de perfectionnement des études européennes. Ces formations seront développées en collaboration avec des organismes internationaux.

La recherche appliquée n’est pas en reste…

Tout à fait ! Nous avons mis en place un centre d’études et d’analyse de l’administration et des politiques publiques qui sera un espace de débat sur les questions de l’administration et de l’action publique et sur les politiques de développement en général. Il sera également un centre de réflexion et d’études sur ces différentes questions.

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