Divine melhfa
23 février 2012
Sana Guessous (306 articles)
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Divine melhfa

Le drapé saharien s’exhibe, dans toute sa splendeur, aux éditions Malika.

Les images sont somptueuses, on peut le dire sans la moindre exagération : des silhouettes à la démarche éthérée, musicale, jaillissant de l’ocre des paysages du Sud marocain. Drapées d’étoffes multicolores, on croirait presque qu’elles bondissent des pages, tant les tissus chatoient. «A la manière du sari indien, le voile saharien sublime la femme plus encore qu’il ne la camoufle, en nimbant sa silhouette de plis harmonieux et en escortant le moindre de ses gestes d’une chorégraphie textile», nous explique poétiquement l’introduction de ce (très) beau livre. «Pourquoi la melhfa ?», peut-on encore y lire. «Car celle-ci ravit depuis des siècles les chantres de l’élégance et du raffinement. Par sa couleur, ses motifs et surtout son drapé, c’est toute une symbolique qui s’en dégage. Chaque voile raconte quelque chose de la femme qui le porte, il est émissaire de son statut, sa personnalité». C’est vrai qu’on a presque envie, à mesure qu’on feuillette El Melhfa, de tomber le pull et le jean pour s’enrouler dans un de ces tissus chamarrés, scintillants, qui furent «pendant des siècles, une marchandise rare, de très grande valeur, que les nomades troquaient aux grandes foires d’Atar, de Tombouctou ou de l’Oued Noun contre des quantités colossales de sel, d’encens ou de dattes», poursuit l’ethnologue Claire Cécile Mitatre, auteur de ce livre sur les «drapés féminins du Maroc saharien» avec le photographe Hervé Nègre. Jadis invariablement bleue, la melhfa se décline, depuis les années 1970, en un tourbillon de couleurs et de motifs, grâce à des teinturières à l’ardente créativité. Un kaléidoscope que cet ouvrage s’efforce de représenter dans toute sa beauté. Mais, vous le savez, de belles illustrations ne sont rien sans de pointilleuses légendes, sans un texte les expliquant. Et celui-ci témoigne d’un bel effort de recherche. «Cet ouvrage est le fruit du travail remarquable mené sur le terrain par un grand photographe, passionné de voyages et d’autres cultures, et d’une anthropologue ayant vécu pendant plus de deux ans au Sahara», s’enorgueillit l’éditrice Malika Slaoui, qui a réalisé le livre avec le soutien de l’Agence du Sud.

«El Melhfa, drapés féminins du Maroc saharien», Hervé Nègre et Claire Cécile Mitatre, Malika Éditions, 212 pages, 600 dirhams.

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