Dans la culture méditerranéenne, l’ambition est souvent mal acceptée
11 juin 2004
Brahim Habriche (1907 articles)
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Dans la culture méditerranéenne, l’ambition est souvent mal acceptée

Soucieuse de l’ordre établi, l’entreprise n’accepte pas que les cadres bousculent les règles.
L’ambition n’est pas rejetée, mais elle ne doit pas être accompagnée d’audace.
La meilleure manière de faire passer son message est de prendre en considération les objectifs de l’entourage.

L’ambition est le stimulant qui nous fait lever tous les jours pour aller au travail. C’est un dénominateur commun aussi bien pour ceux qui veulent atteindre le sommet d’une hiérarchie ou accumuler le maximum de richesse que pour ceux qui désirent tout simplement disposer de quoi se payer une vie décente. Mais à force de le montrer, on risque d’être bridé dans son évolution. Pourtant, l’entreprise a besoin de fonceurs, de personnes qui prennent des initiatives, pour sortir des sentiers battus et se développer. Tout le paradoxe est là. Rolande Allenne, Dg de Formaction, cabinet spécialisé en coaching et en team building, nous explique pourquoi en est-il ainsi dans notre environnement et comment éviter de tomber dans les excès.
La Vie éco : Tout salarié, qu’il soit cadre ou employé, a une ambition professionnelle. Pourtant, l’exprimer peut être source d’ennuis. Pourquoi ?
Rolande Allene : En tant qu’ancienne DRH dans une multinationale américaine, j’ai constaté que, dans les pays anglo-saxons, l’ambition est un facteur-clé de succès pour les entreprises. C’est d’ailleurs une des qualités recherchées en priorité. Et pour cause, si les cadres sont ambitieux pour eux-mêmes, ils le sont pour l’entreprise.
En revanche, dans les pays méditerranéens, l’ambition est souvent mal acceptée. Le fait de l’afficher est interprété de manière péjorative : «Il veut manger tout le monde». Bref, un cadre qui affiche trop ses ambitions est souvent comparé à Iznogoud (ce personnage de BD qui veut être «calife à la place du calife»). On veut souvent que les cadres respectent les règles de l’entreprise, qu’ils soient ambitieux sans être audacieux, en quelque sorte, qu’ils soient dans un moule.
Par exemple, on observe que les jeunes cadres sortis des grandes écoles manifestent beaucoup leurs ambitions au départ. Ils veulent grimper rapidement. Mais il faut que leurs motivations soient en concordance avec celles de l’entreprise.

Quels sont les types d’entreprises réfractaires à de tels profils ?
Il faut dire qu’on a du mal à exprimer ses ambitions dans une structure paternaliste, familiale, administrative ou trop rigide dans son organisation. Généralement, ce sont les entreprises qui ne disposent pas de véritables structures RH qui ne sont pas en mesure de comprendre et de canaliser les ambitions de leurs cadres. On discute le plus souvent d’objectifs, rarement d’ambitions.
Quels sont les risques pour le cadre ?
Victor Hugo disait que «les magnifiques ambitions font faire de grandes choses». Ainsi, si le cadre ne les manifeste pas, il risque de stagner. De plus, et je l’ai déjà dit, les entreprises ont besoin que les motivations des cadres soient exprimées.

On doit quand même faire en sorte qu’une ambition ne soit pas trop personnelle…
Il est vrai que les ambitions dans le cadre professionnel doivent être gérées avec beaucoup de précautions. A mon avis, il faut garder en tête ses objectifs personnels tout en tenant compte de ceux de son entourage. Etre ambitieux tout seul, chacun dans son coin, est mauvais et peut être source de conflits. Un ambitieux «intelligent» est celui qui va chercher à atteindre aussi bien ses objectifs que ceux de son entourage. Autrement dit, il doit travailler en synergie avec les autres.

A trop vouloir montrer ses ambitions, que risque-t-on ?
Il faut souligner qu’une entreprise a toujours des garde-fous et qu’on peut à tout moment vous planter un couteau dans le dos si vous vous montrez trop ambitieux. Concrètement, cela entraîne naturellement des blocages au niveau relationnel. On peut avoir tout un groupe contre soi. C’est une situation malsaine aussi bien pour la personne que pour l’équipe.
Quoi qu’il en soit, je trouve qu’on se focalise souvent en entreprise sur les ambitions négatives, sur les personnes qui ont les dents longues et qui veulent écraser tout le monde. A mon avis, l’entreprise doit plutôt se pencher sur ses difficultés à favoriser la réalisation des saines ambitions de ses cadres.

Comment éviter de tomber dans l’excès ?
D’abord, le soutien et l’accompagnement du supérieur hiérarchique sont importants. Un manager doit pouvoir canaliser les ambitions du collaborateur. Retenons toutefois que rares sont les personnes qui ont de mauvaises ambitions dans l’entreprise. En revanche, celles-ci sont souvent mal exprimées ou mal comprises.

Mais on ne peut rester dans son coin sans rien dire…
Les entretiens annuels et informels sont importants pour clarifier la situation. D’un autre côté, un manager doit communiquer avec ses collaborateurs pour que ses ambitions personnelles et pour le groupe soient bien comprises. Sinon, il risque de se heurter à des résistances

Rolande Allene Dg de Formaction Un ambitieux «intelligent» est celui qui va chercher à atteindre aussi bien ses objectifs que ceux de son entourage.

«Ce sont les entreprises qui ne disposent pas de véritables structures RH qui ne sont pas en mesure de comprendre et de canaliser les ambitions de leurs cadres. On discute souvent d’objectifs, rarement d’ambitions».

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