«Trumpés» sur toute la ligne
14 novembre 2016
Saad Benmansour (1015 articles)
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«Trumpés» sur toute la ligne

L’élection de Donald Trump en tant que 45e Président des Etats-Unis est une énième preuve de l’ambivalence, des paradoxes et de la complexité de ce pays.

D’abord, ceux qui croyaient que les Etats-Unis sont le pays par excellence du «tout possible», où la femme peut réellement faire jeu égal avec l’homme, se sont trompés. La perspective que pour la première fois de son histoire, la première puissance soit dirigée par une femme ne semble pas enchanter à ce point les Américains, quitte à devoir donner les clés de la Maison Blanche à un candidat inattendu et parti comme outsider.

Ceux qui croyaient que cette candidature de Trump n’avait aucune chance d’aboutir parce que trop antisystème se sont trompés. Car Donald Trump n’est pas si antisystème qu’on le croit. La preuve est que dans sa toute première prise de parole lors de son discours de la victoire devant ses supporters, Trump a remercié étonnamment des partenaires dont il a loué la précieuse aide dans son succès notamment des généraux de l’armée américaine et, surprise, les services secrets. Il n’y a qu’aux Etats-Unis d’Amérique qu’on peut entendre de pareilles affirmations, où paradoxalement l’administration fédérale et de très hauts fonctionnaires encore en service peuvent afficher ouvertement leur soutien à un candidat, faisant fi de la neutralité qu’ils sont censés garder.

Ceux qui croyaient que Trump était handicapé par son côté anticonformiste se sont trompés. Au regard du plébiscite auquel il a eu droit, Donald Trump démontre qu’il ne faisait finalement que dire à haute voix ce que beaucoup d’Américains pensaient tout bas. Au passage, on découvre aussi que même au pays qui se veut chantre de la démocratie dans le monde, la parole n’est pas si libre qu’on le pense et l’autocensure est présente puisque le citoyen Lambda peut être amené, pour une raison ou une autre, à ne pas dévoiler ses vraies intentions et convictions. En atteste le plantage historique des cabinets de sondages qui donnaient Hillary Clinton largement favorite.  Et l’électorat américain n’en est pas à un paradoxe près. Même si Donald Trump a ouvertement dévoilé ses tendances hostiles envers certaines minorités, il a paradoxalement gagné dans des Etats où l’électorat de ces mêmes minorités est le plus déterminant comme la Floride. Dans des états comme l’Ohio et le Michigan où l’électorat est constitué de classes ouvrières et de travailleurs, théoriquement à l’antipode de la sphère du business d’où il est issu et qu’il incarne, Donald Trump a su inverser la tendance en sa faveur en passant, contrairement à ce que d’aucuns pensaient, pour leur premier défenseur.

Et, enfin, avancer que l’élection de Donald Trump annonce un virage majeur de la politique américaine, c’est oublier que les vrais centres de gravité des décisions et du pouvoir aux Etats-Unis d’Amérique ne se situent pas uniquement du côté de la Maison Blanche…

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