Smig intellectuel
23 janvier 2017
Saad Benmansour (1015 articles)
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Smig intellectuel

A l’heure où le Maroc est plus que jamais appelé à préserver sa diversité culturelle et son ouverture sociétale qui lui ont permis de toujours traverser en douceur les périodes les plus troubles, y compris ces dernières années, au moment où l’on est plus conscient que jamais, pour l’avoir testé en grandeur nature, du rôle central de cette diversité dans la cohésion et l’immunité sociale, alors que le capital immatériel commun et l’histoire apparaissent comme des donnes centrales dans la construction de l’avenir, il est des faits qui interpellent quant à l’application de tout cela dans la réalité.

Au-delà de l’enseignement au sens strict du terme, les valeurs de tolérance, de partage, la liberté de pensée, le vivre-ensemble se construisent et se renforcent ailleurs : dans les espaces de jeu et de créativité, dans les bibliothèques, les centres culturels, les théâtres, les musées…Ces lieux sont le prolongement naturel et nécessaire de l’enseignement. Mais sur le terrain, la réalité est malheureusement encore à des années-lumière du discours et des intentions. Car quand on voit les dernières statistiques culturelles, le constat saute aux yeux : malgré son histoire et son patrimoine séculaires, le Maroc est un pays pauvre en matière culturelle.

Ainsi, pour ce qui est, par exemple, des bibliothèques publiques, lieu par excellence où les esprits des jeunes s’ouvrent sur le monde, sur la diversité et la richesse de la connaissance, on découvre un premier chiffre effarant : notre pays compte en tout et pour tout 332 bibliothèques. Rapporté à la population globale, cela nous fait presque une bibliothèque pour 100 000 habitants. On en compte 4 200 en Espagne, 7 000 au Mexique, 30 000 en Inde et 46000 en Russie ! Les autres hauts lieux de la culture et de l’éducation des jeunes générations sont dans une situation peu enviable. 78 salles de théâtre, 65 centres culturels et 53 conservatoires de musique : c’est avec ce maigre arsenal que l’on veut inculquer les valeurs de la citoyenneté.

Il est vrai que l’Etat n’est pas le seul à devoir être blâmé dans cette affaire. Le secteur privé non plus n’y met pas du sien. La preuve, aujourd’hui on compte à peine six bibliothèques et dix conservatoires de musique privés.

Mais si le privé aussi ne s’y met pas parce que l’Etat ne peut pas tout faire tout seul, c’est parce que ce dernier ne fait pas grand-chose pour que les industries culturelles puissent être réellement un business rentable comme il l’est dans d’autres pays.

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