11 novembre 2005
Fadel Agoumi (531 articles)
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RSF et nous

Le travail de RSF manque d’objectivité. A-t-on pris l’avis des pour et des contre ? Pas à  notre connaissance. Il est donc naturel, pour nous, de s’indigner que l’on casse du sucre sur le dos du Maroc.

Il y a deux semaines, La Vie éco publiait un article dans lequel elle s’étonnait des méthodes quelque peu légères employées par l’Ong française RSF pour publier son classement annuel de la liberté de la presse dans le monde. Sur la base d’une enquête effectuée auprès des membres de l’organisation elle-même, nous avons tiré la conclusion que le rapport en question était trop peu crédible pour constituer un réel baromètre. Nous n’étions pas les seuls, d’autres confrères ont fait le même constat. Pour ne pas avoir été d’accord avec RSF, on nous a qualifié de presse affiliée à  l’aile la plus rétrograde du pouvoir. Pourtant les choses sont très simples. Imaginons un instant que l’Etat décide de publier un rapport sur la liberté de la presse au Maroc. Il sélectionne alors cinq journalistes parmi ceux qu’il connaà®t bien (les affiliés par exemple, tiens) et s’enquiert de l’avis de Nabil Benabdellah, le ministre de tutelle du secteur. Au final un rapport flatteur qui ne sera pas non plus crédible. Que peut-on lui reprocher ? exactement ce que nous avons reproché à  RSF, un travail qui manque de rigueur, un échantillon trop petit pour être significatif et peut-être -nous n’avons pas pu avoir d’information sur les journaux interrogés par RSF- non représentatif. Quelle aurait été alors la réaction de ceux qui nous traitent de presse «affiliée» ? Elle sera tout naturellement celle de s’indigner de la manière dont l’Etat a conduit son enquête et d’en conclure -s’agissant justement de l’Etat- qu’il s’agit d’une action propagandiste. Réaction bien compréhensible. La presse «affiliée» devrait-elle crier, dans ce cas, à  l’existence d’une presse d’opposition extrémiste ? Non, il s’agit de juger un travail en n’omettant pas de donner les moyens au lecteur de se faire une idée. Or le travail de RSF manque d’objectivité. A-t-on pris l’avis des pour et des contre ? Pas à  notre connaissance.Il est donc naturel, pour nous, de s’indigner que l’on casse du sucre sur le dos du Maroc en se prévalant d’un travail aussi léger. Tout comme il est naturel, pour les «affiliés» que nous sommes, de trouver le classement de Transparency sur l’indice de perception de la corruption tout à  fait recevable aussi défavorable qu’il nous soit. Enfin, et nous l’avons dit dans ces mêmes colonnes, il est vrai que des problèmes existent, que le rapport entre l’Etat et la presse est malsain, que l’Etat ne respecte pas ses propres lois, qu’il y a des dépassements et que la justice n’est pas la même pour tous, mais ce n’est pas pour cela que le rapport de RSF gagne en crédibilité.

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