La facture de la médiocrité
5 juin 2017
Saad Benmansour (1053 articles)
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La facture de la médiocrité

Il n’est pas sûr que les dernières mises en gardes du ministre Hassad contre la triche au baccalauréat vont résoudre le problème. Le mal est plus profond et généralisé.

Il faut se poser la question sur le point commun entre ces jeunes et moins jeunes qui donnent l’impression d’être engagés et convaincus pour une cause, qui crient, vocifèrent dans la rue tout en restant fermés au dialogue, ces responsables, pas forcément à des niveaux élevés, qui ne mesurent pas la gravité et l’ampleur du sentiment de hogra que peut produire un acte maladroit, une décision irréfléchie, des individus, parfois sans aucun bagage, qui s’improvisent reporters et postent aux quatre coins du monde des mensonges qu’ils présentent comme des informations en live, de jeunes lycéens qui, sur les réseaux sociaux, font l’éloge de la triche aux examens et en donnent les secrets, des automobilistes qui défient en toute impunité le code de la route mais qui donnent en même temps des leçons à l’agent de police…

TOUS sont le produit de notre école défaillante, l’école étant entendue dans son sens large de système d’enseignement. En plus de l’incompétence, notre école produit aussi et surtout de la médiocrité sociétale dont les principales manifestations sont la défiance à l’autorité, l’irresponsabilité mais aussi la triche, la corruption, le manque de rigueur…Tous les maux et problèmes, sans exception, finissent par converger inéluctablement vers la première origine du mal qu’est l’ECOLE. Si les composantes de la société n’arrivent pas à s’écouter, sont systématiquement dans la présomption de culpabilité, dans le déni de l’autre, dans l’«après moi le déluge», dans une logique de terre brûlée, bref dans un système de valeur négationniste qui débouche inéluctablement sur la violence et la destruction, c’est que tout simplement ce sont là les valeurs qu’on a retenues, intériorisées durant le cursus scolaire, quels que soient sa consistance et son terme primaire, secondaire et même supérieur…Le résultat est le même. L’ouverture d’esprit, le dialogue, la tolérance de la différence et de l’autre, l’autocritique, la remise en question ou encore l’ordre et l’autorité…, toutes ces valeurs ne se trouvent pas dans les manuels de mathématiques, de physique et chimie et pas même dans les livres de philo ou d’éducation islamique. Ces valeurs sont transmises par le comportement de l’instituteur, du répétiteur, du surveillant général, dans le rapport et la pratique quotidiens de l’élève avec  son établissement, dans les activités annexes créatives, dans la relation qu’on lui impose d’avoir au fil des années à son groupe que demain remplacera la société. Le processus de destruction de notre école a été entamé il y a environ 30 ans mais c’est aujourd’hui que la société doit en payer la facture. Et elle risque d’être lourde. La réforme de l’enseignement ne se réduit pas à améliorer la situation matérielle du personnel et des conditions dans lesquelles se trouvent les apprenants. La réussite de l’école ne se mesure pas par le seul taux d’insertion des jeunes dans la vie active. C’est bien plus profond que cela. L’école prépare des individus qui sont appelés à vivre en société. Et cela, nous ne l’avons visiblement pas encore compris…

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