Honte à  nous !
30 juin 2006
Fadel Agoumi (531 articles)
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Honte à  nous !

Le ministère de la Communication, en partenariat avec la SNRT, vient d’éditer un coffret de CD regroupant une centaine des meilleures chansons marocaines classiques.

Le ministère de la Communication, en partenariat avec la SNRT, vient d’éditer un coffret de CD regroupant une centaine des meilleures chansons marocaines classiques. Ceux qui auront pu écouter ces CD se seront délectés de morceaux d’anthologie chantés par les Mohamed El Hyani, Ahmed El Bidaoui, Mohamed Fouiteh, Fathallah Lamghari, Fatima Maqdadi, Samira Bensaïd, El Houcine Toulali, Belkhayat, Doukkali et j’en passe. Le geste est louable, l’effort est méritoire. Les Marocains abreuvés de chaâbi aimeraient bien goûter à la nostalgie des airs d’antan, qu’on ne trouve nulle part dans les échoppes.
Auront-ils cette chance ? Probablement pas, car tout effort de diffusion à large échelle, toute tentative de commercialisation se heurterait à l’industrie du piratage, privant ces chanteurs, dont beaucoup vivent dans la misère, de leurs droits d’auteur. On sera donc réduit à la solution classique : solliciter banques, offices, compagnies d’assurance et grands groupes pour qu’ils achètent quelques milliers de coffrets qu’ils offriront à leurs clients. Qui est perdant dans l’affaire ? Des millions de Marocains. A qui la faute ? Au piratage bien sûr.

Il y a quelques années, le ministère de la Culture avait édité une anthologie de la musique marocaine. Elle a suivi le même circuit. La Banque populaire avait également financé l’édition d’une collection de merveilles de la musique andalouse que seuls quelques mélomanes ont pu apprécierÂ…
Jusqu’à quand ? Le Maroc est miné par le piratage, nous sommes devenus un pays de copieurs au lieu d’être une terre de créateurs. Nous avons des lois sur la propriété industrielle, sur la propriété intellectuelle, mais les rues regorgent de CD, DVD et cartes piratées et de vendeurs de faux objets de marque.
Sur tout cela, l’Etat ferme les yeux. La logique qui prévaut est celle de sauvegarder les milliers d’emplois qui vivent de ce commerce. Le raisonnement avancé est que l’ampleur du fléau le rend impossible à combattre. Faux, l’expérience a prouvé qu’en intensifiant la lutte contre le piratage et en y mettant les moyens (le cas de Taïwan est édifiant), le produit devient rare, donc cher et à terme, pas suffisamment attrayant en terme de prix par rapport à l’œuvre originale. Il est amoral que des copieurs sans scrupules s’enrichissent au détriment de créateurs, sous les yeux indifférents d’un Etat qui se veut «de droit».

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