Effets pervers
16 octobre 2017
Saad Benmansour (1049 articles)
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Effets pervers

Les chiffres que vient de rendre publics le Haut Commissariat au Plan (HCP) au sujet des structures industrielles du pays sont édifiants à plus d’un titre. Certes, l’on subodorait depuis longtemps que le Maroc s’était affreusement désindustrialisé au profit d’une économie de plus en plus «tertiarisée», dominée par les services. Mais quand on scrute les chiffres officiels de près, la réalité est encore plus amère.

Un premier chiffre suffit à lui seul pour renseigner sur le rythme extrêmement lent auquel évolue notre industrie. Il concerne l’emploi global assuré par les industries manufacturières. Selon l’enquête du HCP, qui donne une photographie précise de ces industries en 2014, ces dernières employaient en tout 625 000 personnes. C’est déjà très peu au vu de la taille de la population active, plus de 11 millions, et un nombre global d’emplois qui avoisine les 10 millions. En d’autres termes, l’industrie assure à peine 6% de l’emploi au Maroc. Mais ce n’est pas tout. Ce chiffre prend tout son sens, inquiétant, quand on le compare à son précédent niveau qui date de 1998 qui avait fait l’objet de la première enquête de structure industrielle. Les résultats de cette première enquête avaient été rendus publics bien plus tard, en 2011. Et dans cette première édition, il avait été établi qu’en 1998 déjà, l’industrie marocaine employait quelque 400 000 personnes. En définitive, entre 1998 et 2014, c’est-à-dire en l’espace de 16 ans, le secteur industriel marocain aura créé en tout et pour tout 225 000 emplois de plus, soit une moyenne de 14 000 emplois par an.

Certes, entre-temps, en 2004, le Maroc a mis en marche son ambitieux programme «Emergence», bonifié en 2009 puis relifté en 2013 pour donner le Plan d’accélération industrielle dont les objectifs sont la création de 500 000 emplois et l’augmentation de la part de l’industrie dans le PIB de 14 à 23% à l’horizon 2021.

Certes, depuis 2014, le paysage industriel a changé avec la montée en puissance de nouveaux métiers et secteurs. Le succès de l’automobile en est la meilleure illustration. Mais même avec tout cela, les structures ne changent pas en l’espace de deux, trois ou cinq ans.

En réalité, ce qui a été fait depuis 2004 relève plus de programmes sectoriels que de la politique industrielle qui, elle, doit être un ensemble de programmes sectoriels et de dispositifs transversaux devant permettre à toute l’industrie, à tous les secteurs, de se développer de manière cohérente, harmonieuse et non pas les uns au détriment des autres.

Il est important de positionner le Maroc sur les industries mondiales de l’avenir. Mais cela n’aura pas de sens si, de l’autre côté, on laisse mourir ces secteurs qu’on dit «classiques» mais vitaux où le Maroc a pourtant développé un outil de production, un savoir-faire et de bonnes positions commerciales.

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