Bombe sociale
12 février 2018
Nabila Fathi (23 articles)
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Bombe sociale

Même la formation professionnelle qui garantissait aux jeunes un accès rapide au marché de l’emploi est aujourd’hui en panne.

Un chiffre alarmant à retenir de la dernière enquête du HCP sur le marché de l’emploi au Maroc: en milieu urbain, 42,8% des moins de 25 ans sont au chômage, soit environ un jeune citadin sur deux qui n’a pas de travail.

C’est une bombe sociale qui doit nous interpeller tous. Que font ces jeunes pour vivre ? A quoi s’occupent-ils car ils ne sont ni en formation ni en emploi ? Qui les prend en charge ? Quel avenir les attend? Quel regard portent-ils sur leur pays?

Ces questions nous ramènent à un seul constat, celui de l’échec absolu du précédent gouvernement (ceux d’avant aussi) à mettre en place une vraie stratégie nationale en matière d’emploi et de la porter. L’ancien ministre de tutelle n’a dévoilé sa feuille de route que quelques mois seulement avant les dernières élections législatives. L’enjeu était clairement politique. Sinon, pourquoi ne pas l’avoir fait quatre ans plus tôt ? Cela aurait permis, peut-être, de mieux se préparer à l’arrivée de ces milliers de jeunes sur le marché. En 2017, 86 000 emplois ont été créés, alors que le marché accueillait 135000 nouvelles personnes en recherche d’emploi. Un naufrage !

Le pire, c’est que même la formation professionnelle qui garantissait aux jeunes un accès rapide au marché de l’emploi est aujourd’hui en panne. Pour les nouveaux lauréats de la formation professionnelle, le taux de chômage est de 24,5% contre 16% pour l’enseignement général.

Takouine Al mihani, cette trouvaille de la fin des années 70, taillée sur mesure pour ceux qui n’avaient pas le bac ou qui ne pouvaient pas prétendre à des études supérieures poussées, avait sauvé des milliers de jeunes du chômage. Victime de son succès, elle a commencé à montrer ses limites dès les années 2000 quand Driss Jettou, séduit par les bons résultats des filières professionnelles, a décidé d’y miser davantage. Pourquoi pas ?, diront certains. Sauf que la qualité de la formation n’a pas suivi et que le travail de prospective sur les métiers de l’avenir n’a pas toujours été fait à temps.

Des loupées qui s’accumulent et qui font qu’aujourd’hui, le Maroc paie le lourd tribut pour manque de visibilité, mais également de volonté politique. Il n’a d’autres choix que de faire de ce dossier social sa priorité. Celle de tous les jours.

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