Transferts des MRE en baisse et importations en forte hausse : le déficit du compte courant atteint 9.6% du PIB
13 juillet 2012
Salah Agueniou (1268 articles)
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Transferts des MRE en baisse et importations en forte hausse : le déficit du compte courant atteint 9.6% du PIB

Les transactions courantes ont accusé un déficit de 19.64 milliards de DH, en aggravation de 18%. Les recettes MRE ont chuté de 12% à  15.8 milliards de DH. Les réserves de changes à  fin juin ont fondu de 19.4% à  138 milliards de DH.

Le secteur extérieur de l’économie marocaine aligne de mauvaises performances depuis tellement longtemps (voir graphes) que cela finit par ne plus surprendre, ou presque. Evidemment, ce constat vaut pour les échanges extérieurs dans leur globalité, indépendamment des performances ou des percées conjoncturelles qui peuvent être réalisées par telle filière ou telle autre. Car, ce qui compte, in fine, c’est le solde qui se dégage de l’ensemble des opérations, compte tenu de l’impact que cela produit sur le niveau des réserves de changes.

Les statistiques de la balance des paiements au premier trimestre de 2012, que l’Office des changes vient de finaliser, montrent en effet une dégradation du compte des transactions courantes par rapport à la même période de 2011, de 3 milliards de DH (ou 17,6%). Ce compte, qui est le plus scruté parce que reflétant la capacité d’une économie à dégager les moyens de son financement, est ainsi déficitaire de 19,64 milliards de DH, soit 9,6% du PIB (en termes courants) du premier trimestre 2012. C’est, à un point près, le niveau de déficit du compte courant que le HCP, il y a quelques semaines, a estimé pour l’ensemble de l’exercice.

Comment expliquer un tel résultat ? Il y a d’abord la situation des échanges de biens qui continue de se dégrader ; le Maroc important plus qu’il n’exporte. Sur la période considérée, soit les trois premiers mois de cette année, les importations de biens ont représenté plus que le double (93,63 milliards) des exportations (46,1 milliards de DH). Le taux de couverture s’établit ainsi à 49,2%.

Il y a ensuite les transferts courants, composés essentiellement des transferts MRE (Marocains résidents à l’étranger) qui ont baissé de près de 12% à 15,8 milliards de DH par rapport à 2011. Idem pour les services dont l’excédent accuse une baisse de progression de 18,8% (-1,83 milliard de DH). Il y a enfin les revenus : cette rubrique, très…“logiquement”, ne dégage que des déficits, car si le Maroc est un des premiers pays, en Afrique, récipiendaires d’investissements étrangers – générateurs de revenus, il est lui-même, en comparaison, faiblement présent à l’international comme investisseur. Ainsi, à fin mars, les revenus de ses investissements à l’étranger se sont élevés à 1,8 milliard de DH, alors que ceux des étrangers au Maroc dépassaient les 4 milliards de DH (généralement sous forme de dividendes).

-0,6% pour les recettes touristiques à fin mai

Est-ce que la situation s’est améliorée depuis ? La balance des paiements pour le deuxième trimestre ne sera publiée qu’à la fin du mois de septembre, mais certaines données sur les échanges extérieurs, disponibles à fin mai, laissent penser que le déficit continuera de se creuser.

En effet, sur les cinq premiers mois de 2012, la balance commerciale (celle des biens) a enregistré un déficit de 84,3 milliards, résultat d’une hausse des importations de 8,2 % à 160,56 milliards de DH, contre une augmentation des exportations de 6,5% seulement à 76,3 milliards de DH. La balance des services a certes dégagé un excédent de 14,7 milliard de DH, mais celui-ci est en baisse de 7,3% par rapport à la même période de 2011. En cause, la stagnation des recettes de tourisme (-0,6% à 20,76 milliards), principalement. Les recettes des MRE, elles, se sont légèrement redressées (+2,1% à 22,43 milliards). Même s’il est difficile, à l’heure qu’il est, d’estimer le niveau du déficit du compte courant pour le deuxième trimestre (les données sur les revenus par exemple ne sont pas disponibles), l’impact global des ces évolutions sur les réserves de changes est, lui, nettement chiffré. Les avoirs extérieurs nets à fin mai ont en effet baissé de 19,25 milliards de DH (ou 11,4%) à 149,36 milliards de DH. Cela représente, selon Bank Al-Maghrib, 4 mois et 10 jours d’importations de biens et services. La banque centrale donne même le niveau des réserves de changes à fin juin : 138,1 milliards de DH, soit une baisse de 19,4% par rapport à fin juin 2011. On ne sait pas combien de mois d’importations peuvent couvrir ces 138 milliards de DH, puisque les chiffres des échanges extérieurs à fin juin ne sont pas encore publiés. Mais avec une moyenne de 32,7 milliards par mois (entre janvier et mai), ça ne devrait aller au-delà de 4 mois et 2 jours.

Il y a à l’évidence un vrai problème à ce niveau. Surtout si cette situation de déficit devait perdurer. Le problème est qu’elle le risque fort, compte tenu d’une conjoncture mondiale très heurtée et où l’Europe est carrément plongée dans la récession, du moins pour la zone euro. Que faire ?

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