Tourisme rural : le potentiel du Maroc insuffisamment exploité
10 janvier 2017
Wiam Markhouss (176 articles)
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Tourisme rural : le potentiel du Maroc insuffisamment exploité

Il existe 305 gîtes ruraux classés, sans compter l’informel. Un gîte est une source d’emplois et un débouché commercial pour les douars. Les professionnels réclament une promotion plus soutenue, notamment dans les salons de niche.

Près de 305 gîtes ruraux classés sont recensés par le ministère du tourisme au niveau national au titre de l’année 2016. Ces établissements sont dotés d’une capacité de 1 696 chambres, soit 5 083 lits principalement situés dans les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (23), Souss Massa (35) et Marrakech-Safi (42). En 2015, le tourisme rural a rapporté 2,31 milliards de DH en termes de recettes, soit 3,9% des recettes touristiques nationales. Ces chiffres peuvent paraître négligeables certes, mais cette niche dynamise une bonne partie de la région où s’implante un gîte.

Dans le cadre de la stratégie de développement du secteur touristique basée sur le développement territorial et la diversification de l’offre, le ministère du tourisme affirme porter une attention particulière au tourisme rural. Et pour cause, l’Etat estime que l’implication des populations locales dans la chaîne de valeur touristique dans le milieu rural a eu des impacts significatifs sur la création d’emplois et des activités génératrices de revenus. Un emploi dans le monde rural coûte 50 000 DH, soit 7 fois moins qu’un emploi dans le milieu urbain. D’où la volonté de l’Etat de dynamiser le secteur. Toutefois, «le tourisme rural n’est pas programmé dans la stratégie de promotion de la destination Maroc. La priorité est donnée au tourisme de masse et au tourisme balnéaire. Les salons de niche spécialisés notamment dans la nature et les randonnées, tels que le salon du randonneur à Lyon, ne sont pas programmés, alors que le secteur pourrait drainer une clientèle scandinave et suisse», déplore Abdelhakim Sabri, président du Réseau touristique de développement durable de Souss Massa. Entre montagnes de l’Atlas, désert, vallées verdoyantes, parcs naturels, mers, grottes et sommets enneigés, le touriste a l’embarras du choix.

Une charte de qualité et d’environnement instaurée dans le Souss Massa

Malgré ses atouts, le pays est fortement concurrencé, notamment par les Iles Canaries, l’Egypte et la Turquie, en dépit des attaques terroristes dont ces deux derniers sont victimes. Face à ce constat, les réseaux de développement du tourisme rural (RTDR) s’organisent pour développer l’éco-tourisme. A titre d’exemple, dans la région Souss Massa, le RTDR recense une quarantaine de structures ayant l’autorisation d’exploitation. «Entre 5 et 6 structures rurales ont entrepris les formalités pour rejoindre le RTDR. La région de Tata qui nous a rejoints suite au nouveau découpage territorial n’est pas encore recensée», déclare Abdelhakim Sabri. Pour rehausser le niveau des établissements et homogénéiser leurs services, l’association a mis en place une charte de qualité et d’environnement en 2013. «Cette charte permet d’obtenir un label désigné par des fibules (par opposition à étoiles dans l’hôtellerie classique). Elle permet de sensibiliser les propriétaires de la structure d’hébergement et les acteurs du tourisme rural aux critères de qualité et aux bonnes pratiques pour un développement durable. L’objectif est de développer un produit touristique durable et en faire profiter l’environnement de la structure d’hébergement», explique le président du RTDR d’Agadir qui œuvre également pour la valorisation des produits du terroir et des produits locaux, notamment pour la construction du gîte. Il incite également les promoteurs à se mettre aux énergies renouvelables, au traitement des eaux usées et au tri sélectif. Dans cette veine, il les aide à s’équiper de chauffe-eau solaires avec le concours du PNUD et à contribuer au paiement de services écologiques pour les établissements adhérents dans le cadre d’une économie circulaire dans la région.

En tout cas, le tourisme rural a besoin d’une réelle mobilisation de tous les acteurs concernés. Des propriétaires de gîtes ruraux arrivent malgré tout à commercialiser le produit grâce à la programmation de circuits pour les clients dans les agences touristiques et une forte présence sur les sites de réservation en ligne. Un exemple : Jacqueline, la propriétaire de Douar Samra dans la région d’Imlil, à 65 km de Marrakech, est arrivée à mieux commercialiser son gîte rural que sa maison d’hôtes située en plein cœur de la médina de la ville ocre. «La région d’Imlil, point de départ vers le massif du Toubkal, la vallée de l’Ourika et la station de ski de l’Oukaïmeden, attire beaucoup de monde. De plus, il n’y a pas de concurrence de maisons d’hôtes de qualité aux alentours», déclare Latifa Hanif, gérante de Douar Samra. Hormis ses aptitudes commerciales, la propriétaire a pu tisser un bon relationnel avec les habitants des douars avoisinants. Un gage d’enracinement durable.

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