Tourisme : les attentes des professionnels
19 avril 2017
Wiam Markhouss (242 articles)
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Tourisme : les attentes des professionnels

Les dessertes aériennes sont encore insuffisantes pour augmenter les taux d’occupation des hôtels qui stagnent à 40% à Marrakech. Les professionnels veulent aussi augmenter le budget de promotion de l’ONMT, améliorer la gouvernance et faire renaître la Haute autorité du tourisme.

Augmentation du budget de promotion, multiplication des dessertes aériennes, amélioration de la gouvernance, refonte du système associatif, mise en place effective de la régionalisation pour décentraliser la prise de décisions encore menée depuis Rabat… Voici quelques-uns des dossiers chauds du secteur qui attendent Mohamed Sajid, nommé ministre du tourisme, du transport aérien, de l’artisanat et de l’économie sociale et ses deux secrétaires d’Etat, Lamia Boutaleb en charge du tourisme et Jamila El Moussali qui a hérité de l’artisanat et de l’économie sociale.

La nouveauté de ce gouvernement est le rattachement du transport aérien au ministère du tourisme. Une décision applaudie par la majorité des professionnels. Et pour cause, le transport aérien est une condition sine qua non pour le développement du tourisme, mais pas seulement. Multiplier les dessertes aériennes permet certes de faire venir plus de touristes, mais d’autres facteurs sont tout aussi importants.

Le ministre et les deux secrétaires d’Etat auront donc la lourde tâche de remettre sur les rails un secteur du tourisme résilient, mais en soif de croissance. Preuve en est, le taux d’occupation des établissements hôteliers à Marrakech. «Il est estimé à 40% alors qu’un taux minimal de 65% est nécessaire pour rentabiliser la destination, d’autant plus qu’elle dispose d’une capacité litière de 75 000 lits. Les 300 avions desservant Marrakech chaque semaine, remplis à 100%, correspondent à 48% de taux d’occupation des établissements de la ville. Pour atteindre 65%, 500 avions doivent atterrir à Marrakech à fréquence hebdomadaire», commente Abdellatif Kabbaj, PDG de Kenzi Hotels et président de la CNT (Confédération nationale du tourisme). Pour rappel, le retour d’Air France sur la liaison Paris CDG-Marrakech et l’ouverture de plusieurs liaisons vers différentes villes touristiques ont constitué un soulagement pour les hôteliers. Mais certains d’entre eux exigent un plus grand engagement de l’avionneur national pour développer le tourisme.

Selon Jalil Benabbès-Taarji, président de l’ANIT (Association nationale des investisseurs touristiques) et administrateur DG du groupe Tikida, le principal obstacle au développement réel du tourisme est la gouvernance des secteurs public et privé, le pilotage des programmes et le leadership. L’organisation du secteur privé est en effet caractérisée par la présence d’une multitude d’associations, de confédérations et de fédérations dont les prérogatives transverses engendrent des discordances et par conséquent des résultats insatisfaisants. Pour y remédier, des contrats progrès ont été mis en place dans le cadre d’un accord entre l’administration et le secteur privé. L’objectif était de restructurer le corps associatif du tourisme. «Nous avons dès lors obtenu un accord à l’époque où Lahcen Haddad était ministre du tourisme pour engager un personnel permanent qui rejoindra les instances représentatives au lieu de travailler nous-mêmes comme bénévoles», affirme M. Kabbaj. Il était aussi question de créer une Haute autorité du tourisme au sein de laquelle siègent le chef du gouvernement, le ministre du tourisme, du transport aérien, de l’artisanat et de l’économie sociale et le ministère des finances, pour n’en citer qu’eux, avec les professionnels afin de défendre la cause du tourisme. Cette Haute autorité brille encore par son absence depuis 2002.

Pour Ali Chaoui, PDG d’Eden Andalou Marrakech et vice président de l’Association de l’industrie hôtelière de Marrakech (AIH), Royal Air Maroc est en sous-capacité par rapport à la dimension du pays. «La flotte de la RAM est limitée à 50 avions dans un pays où 4h de vol sont nécessaires pour en relier les deux ‘‘extrémités’’ (Tanger à Dakhla). A titre d’exemple, Turkish Airlines dispose de 260 avions. On revendique un renforcement de la flotte de la RAM car on ne peut plus compter sur les compagnies low cost étrangères qui desservent le pays suivant l’évolution du marché», clame M. Chaoui. Cette demande se comprend et est légitime. Sauf que c’est la rentabilité qui détermine toute décision d’investissement. Par conséquent, tout dépend de l’appréciation de la compagnie.

Pour gérer les fluctuations des arrivées de touristes des pays émetteurs, les professionnels se tournent donc vers le tourisme interne (qui représente déjà 31% du total des nuitées dans les établissements d’hébergement classés). «L’ambition est d’atteindre 40 à 50% de part de marché pour équilibrer les baisses enregistrées par les marchés européens. Pour ce faire, le Plan Biladi se doit d’être plus agressif. La défiscalisation des chèques vacances offerts au personnel pour bénéficier de nuits d’hôtels aiderait aussi à accroître cette part», explique M. Kabbaj.

Pour attirer davantage de touristes étrangers, les professionnels considèrent que l’augmentation du budget de promotion de l’ONMT, limité à 1% environ des recettes touristiques (environ 500 millions de dirhams), est inévitable. Lahcen Zelmat, DG du Palm Plaza Marrakech et président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH), le considère, avec l’aérien, vital pour la promotion des destinations touristiques nationales. D’autres rêvent de quadrupler ce budget avec une obligation de résultat. Une démarche que l’ONMT adopte déjà.
Les spécialistes de l’industrie touristique exigent donc plus de moyens et plus d’implication de la part du nouveau ministère de tutelle. Un recadrage de la Vision 2020 est perçu comme obligatoire ou au moins un bilan d’étape de la vision élaboré par le cabinet Boston Consulting Group. L’objectif est de coller à la réalité du secteur du tourisme devenue de plus en plus incertaine.

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