27 mai 2005
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Si j’étais Premier ministre…

Larbi Jaïdi Economiste, président de la Fondation Abderrahim Bouabid «Accélérer la réforme de la politique agricole» «Les priorités annoncées dans la déclaration gouvernementale, en 2002, ne souffrent à mon avis

Larbi Jaïdi Economiste, président de la Fondation Abderrahim Bouabid
«Accélérer la réforme de la politique agricole»

«Les priorités annoncées dans la déclaration gouvernementale, en 2002, ne souffrent à mon avis d’aucune contestation dans la mesure où dans un pays comme le Maroc tout peut paraître urgent et prioritaire. Cela dit, j’aurais rajouté que l’une des priorités qui peut-être a été oubliée aurait dû être celle de conforter l’institution de la primature en tant que centre d’impulsion, de programmation et de suivi de la politique publique. L’efficacité du travail d’un gouvernement est essentiellement basée sur la capacité du premier ministre à donner de la cohérence à l’action gouvernementale et à mobiliser les autres acteurs de la société autour de son programme. Quant aux lacunes dont souffre l’action gouvernementale menée à ce jour, j’en citerai essentiellement quatre. Le gouvernement n’a pas suffisamment avancé sur la politique de proximité annoncée pourtant comme étant une de ses grandes priorités. Par ailleurs, le gouvernement s’était engagé sur un programme ambitieux en matière de formation professionnelle. Or, nous remarquons aujourd’hui que le dossier est non seulement gelé mais qu’il y a de grands blocages notamment à travers les problèmes de l’OFPPT, les conflits d’attributions entre l’Office et l’administration de tutelle. Je remarque aussi que le gouvernement a accordé très peu d’intérêt à l’accélération de la réforme de la politique agricole. Pour finir, il est étonnant de remarquer que le premier ministre, malgré le fait qu’il est issu du milieu des affaires, n’a pas réussi à consolider la confiance du secteur privé national pour l’amener à investir davantage.
Pour les deux prochaines années, il y a à mon avis trois grandes urgences. La première, c’est la mise en œuvre d’une vraie politique active et volontariste de l’emploi.
La deuxième concerne le développement rural qu’il faut absolument repenser sous d’autres dimensions et d’autres variantes. Il faut encourager le développement dans nos campagnes de nouvelles activités non agricoles génératrices de revenus. Enfin, troisième urgence, sur le plan macro-économique, le gouvernement doit absolument agir sur certains leviers de la croissance comme la réforme fiscale et la mise en cohérence de sa politique monétaire et budgétaire».

Jamal Belahrach DG de Manpower Maroc
«Faire de l’emploi une bataille permanente»

«Mes priorités auraient été exactement les mêmes que ceux du gouvernement avec un focus important sur la lutte contre le chômage.
Pour ma part, je ne vois pas de lacune car le premier ministre a fait 80 % de son programme avec 20 % de son effectif, ce qui est déjà une performance.
Toutefois, l’emploi doit être une bataille qui doit impliquer toutes les forces vives car c’est le seul moyen de redonner confiance et espoir à des hommes et des femmes qui se sentent mis à l’écart.
Pour les deux prochaines années les urgences sont de plusieurs natures. On peut citer :
– l’emploi et la formation pour les jeunes et les salariés en activité pour développer leur employabilité ;
– la mise en place de l’indemnité pour perte d’emploi ;
– une politique sanitaire (hôpitaux, médecins, AMO, etc) digne pour un pays qui aspire à entrer dans le cercle des pays émergents ;
– le développement du tissu des PME et PMI, véritable niche de création d’emploi ;
– l’allègement de la fiscalité des salaires pour créer des emplois nouveaux ;
– la lutte contre l’économie informelle pour garantir une concurrence saine capable de créer de la richesse pour l’Etat et l’économie nationale ;
– la mise en place de mécanismes pour développer une classe moyenne nécessaire à l’assise de notre économie.

Driss Ben Ali Président de l’Association Alternatives
«accélérer la mise en œuvre des réformes»

«Il aurait fallu d’abord régler le problème urgent de la compétitivité de notre économie à travers la refonte des dispositifs de mise à niveau.
Or, la mise à niveau de nos entreprises se heurte à la faiblesse et au déficit de qualification de notre capital humain. Et là aussi, le gouvernement aurait dû s’attaquer en priorité aux problèmes de notre système éducatif et de la formation en général.
Le gouvernement Jettou est efficace quand il s’agit de traiter des dossiers ponctuels mais quand il s’agit de s’attaquer à des questions plus de l’ordre de l’institutionnel et du politique, il manque d’audace, il est très souvent obligé de recourir à des consensus qui sont mous.
C’est une de ses principales faiblesses due en grande partie au fait de sa non-légitimité politique. L’autre grande lacune du gouvernement est sa lenteur dans la conduite des réformes. Le problème du Maroc est que ses réformes sont bonnes mais leur mise en œuvre très lente. La preuve en est le code du travail qui attend depuis des mois les décrets d’application. Le gouvernement a démontré également son incapacité à s’attaquer de manière sérieuse au problème fondamental de la gouvernance.
Pour les deux prochaines années, la priorité des priorités est de créer les conditions d’une croissance forte et durable, notamment en modernisant notre tissu industriel et en s’attaquant au processus de prise de décision pour le rendre plus rapide, plus fluide, moins bloquant.
Un des aspects fondamentaux également : doter le pays d’un projet de société, d’une vision globale. Nous devons faire de plus en plus de la prospective.»

Abderrahim Lahjouji Président du parti Forces Citoyennes, ex-patron de la CGEM
«Ne pas rechercher le consensus à tout prix»

«La réforme de l’Administration et de la Justice sont des dossiers prioritaires parce qu’ils conditionnent le développement économique et social. Il y a aussi la mise à niveau dont on ne voit pas encore le début. Dans le contexte de globalisation et de mondialisation, j’encouragerais également la création de groupes locomotives dans les secteurs porteurs et exposés à la concurrence comme le BTP, où l’on déplore l’absence de groupes de taille internationale, le tourisme et l’agroalimentaire.
Le gouvernement a manqué d’efficacité dans les deux premiers dossiers (Administration et Justice). Mais nous attendons aussi la réforme de la fiscalité et il y a des retards dans le secteur de l’énergie. Nous aurions également aimé avoir une agence de régulation pour accompagner l’évolution du secteur qui passe progressivement sous le contrôle du secteur privé. Il en est de même pour le transport routier. Par exemple, ce qui est arrivé dernièrement est catastrophique. On ne comprend pas pourquoi l’Etat attend 12 jours pour réagir, alors que le port est bloqué. Je dirais qu’il n’agit pas avec efficacité et efficience lorsque la situation l’exige. Le gouvernement recherche de manière permanente le consensus, lequel vide la démocratie de sa substance et encourage le laxisme et l’inefficience. Malgré tout, il y a eu globalement de très bonnes choses. D’abord les options préconisées par ce gouvernement en matière socio-économique s’inscrivent parfaitement dans les orientations générales, notamment celles relatives à la libéralisation de l’économie et son insertion dans le contexte international. On peut noter avec satisfaction la cadence et le volume des projets d’infrastructures physiques. Il y a aussi une bonne écoute de la part du premier ministre à l’égard des opérateurs socio-économiques.
Pour les prochaines années, la lutte contre la pauvreté figure parmi les urgences. La solution réside dans la création d’emplois et la formation. Pour ce faire il faut investir ou susciter les investissements par la mise en place d’un environnement approprié et l’instauration de mesures volontaristes.
Il faut également des actions de sensibilisation pour développer le civisme et la citoyenneté pour que chaque Marocain se sente concerné par l’action publique. Il faut l’informer régulièrement pour qu’il puisse vivre la mondialisation sans succomber sous le poids du libre-échange et perdre son âme. A cet effet, il est important de décloisonner le débat, pour que le citoyen se sente impliqué et puisse participer au changement.»

Hassan Chami Président de la CGEM
«aller jusqu’au bout des décisions»

La priorité donnée actuellement aux infrastructures et au logement social est essentielle pour le Maroc. Tout simplement parce que l’on ne peut pas faire du développement sans infrastructures. J’aurais aussi donné une visibilité à tous les secteurs, en ouvrant le dialogue pour déterminer les conditions de leur développement.
Je trouve que le gouvernement a une bonne approche des problèmes économiques. Mais il faut qu’il aille au bout de ses décisions sans s’arrêter en cours de route.
Pour les prochaines années, la mise à niveau sociale constitue la priorité. On ne peut pas avoir de développement économique sans l’accompagner d’un développement social. Une entreprise ne peut pas être heureuses au milieu de bidonvilles. Le deuxième chantier prioritaire concerne l’enseignement. Tant qu’il ne sera pas dirigé vers l’acte d’entreprendre, on n’aura pas le plein emploi.

Najat Mjid Présidente de l’Association Bayti
«s’attaquer au développement social»

«Durant ces deux dernières années, des avancées ont été enregistrées certes dans beaucoup de domaines : le logement social, l’assurance maladie…Je note, toutefois, qu’il y a encore beaucoup de lacunes : la croissance ne décolle pas, la dette intérieure augmente de manière assez alarmante et la mise à niveau est en panne. A cela il faut ajouter le fait que la grande question du développement social n’a pas été attaquée de manière sérieuse. Le gouvernement continue de considérer le développement social comme étant le parallèle, pour ne pas dire le parent pauvre, du développement économique. L’une des priorités pour les deux prochaines années devra être la conception d’une véritable ingénierie d’un développement socio-économique intégré. Pour ce faire, il y a des préalables dont le plus important est celui de la bonne gouvernance. Nous devons désormais adopter la culture de la responsabilisation, apprendre à rendre des comptes et arrêter de diluer les responsabilités. Sur le plan économique, les entreprises marocaines doivent faire preuve d’imagination.»

Ali Belhaj Président de l’Alliance des Libertés
«Réduire les dépenses publiques et améliorer la fiscalité»

«L’action prioritaire est d’améliorer le processus de gouvernance en donnant au gouvernement une légitimité politique. Un gouvernement doit avoir des objectifs qui impliquent l’ensemble de ses composantes. Il doit mener des actions basées sur une plate-forme commune claire. Un gouvernement n’est pas un ensemble de ministres de différents partis n’ayant aucun lien les uns avec les autres, chacun menant plus ou moins une politique propre à lui-même. Un gouvernement est constitué sur la base d’un contrat avec la population, ce contrat étant la plate-forme commune sur laquelle les partis constituant ce gouvernement ont été désignés par SM le Roi. L’ensemble des partis composant ce gouvernement doivent être solidaires des actions de chacun parce qu’ils n’agissent que sur la base de cette plate-forme commune et ce sous le contrôle du premier ministre.
Les lacunes sont essentiellement dues à l’absence d’homogénéité de ce gouvernement. Penser que l’on peut obtenir des résultats clairs avec un gouvernement composé de partis de droite libérale, de droite conservatrice, de parti de gauche, et de parti de centre, présidé par un premier ministre technocrate et tout cela sans être un gouvernement d’union nationale relève de l’utopie. Le premeir ministre réalise le maximum possible compte tenu de l’architecture gouvernementale. Un gouvernement pour réussir doit avoir une cohérence (droite, gauche, ect…), avoir une plate-forme de gouvernement claire et gagnant. Pour les urgences, il est important d’arrêter le glissement du déficit budgétaire par la restriction des dépenses publiques. Il faut lancer une profonde réforme fiscale pour favoriser l’investissement, la création d’entreprises, et la PME. La fiscalité doit être vue comme un outil de politique économique pour inciter à la création d’emplois (ex : avantages fiscaux pour le capital risque ; exonération d’impôts pour les premières années de la vie de l’entreprise, exonération pour la création d’entreprise pour certaines régions…).
Il faut aussi utiliser les recettes des privatisations pour financer cette réforme fiscale, et pour financer la réduction des dépenses publiques (accélération des départs anticipés).
Dans le domaine social, le problème du handicap doit être la priorité des priorités : les deux millions de citoyens handicapés vivent actuellement un calvaire. Pour y faire face, il faut politique claire et mobilisant l’ensemble du gouvernement. On peut citer à titre d’exemple, la création d’un conseil national de l’handicapé ; la création d’un fond pour l’insertion de la personne handicapé, et la réforme de la loi sur le handicap.

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