Santé : les investissements sont encore insuffisants dans beaucoup de pays africains
15 mars 2017
Wiam Markhouss (206 articles)
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Santé : les investissements sont encore insuffisants dans beaucoup de pays africains

La capacité litière et l’effectif du corps médical sont en forte croissance dans certains pays mais les besoins sont énormes. Les experts soulignent la nécessité pour le continent d’avoir des centres hospitaliers innovants pour faire face à la transition épidémiologique.

«Les établissements de soin dans les pays africains nécessitent des financements accrus. Malheureusement, les ministères des finances n’en sont pas convaincus». C’est le constat établi par Fernande Ndjengbot, ministre de la santé, de l’hygiène publique et de la population de la République Centrafricaine lors de la 4e édition du forum Afrisanté qui s’est tenu les 1er et 2 mars à Marrakech sous le thème : «L’établissement de soins au cœur de la réforme des systèmes de santé africains». L’investissement des Etats africains dans le secteur de la santé ne répond pas aux attentes des populations. Pourtant, les dépenses de santé des Africains poursuivent leur trend haussier dans le continent au milliard d’habitants.

D’après une étude du cabinet Mckinsey & Company, la dépense des Africains dans le secteur de la santé en 2015 est estimée à 125 milliards de dollars. Elle est en hausse de 7% par rapport à celle de 2010 où elle était établie à 103 milliards de dollars. Même la capacité litière et l’effectif du corps médical ont connu une forte croissance dans certains pays africains. Dans l’échantillon choisi par le cabinet, englobant 6 pays d’Afrique, à savoir le Ghana, l’Egypte, le Maroc, le Kenya, l’Afrique du Sud et le Nigéria, le nombre de lits est passé de 390 000 en 2005 à 522 000 en 2015. Le nombre de médecins est, lui, estimé à 440000 en 2015. Ce qui équivaut à 201 000 médecins qui se sont ajoutés en 5 ans. Mais le marché africain de la santé reste toutefois immature. Le potentiel de croissance est encore élevé et les besoins sont criards. L’Afrique ne compte que 3% des effectifs de santé au niveau mondial et le continent a besoin de créer 550 000 lits supplémentaires dans 10 ans.

20 à 40% des ressources gaspillées dans les structures de soins

Comme solution, les professionnels préconisent la création de partenariats public-privé. «L’Etat seul n’est pas en mesure de développer le secteur», déclare la ministre de la santé centrafricaine. En attendant, dans un pays comme le Sénégal, les centres de santé qui reçoivent 80% des patients continuent à recevoir des financements minimes. Selon Bineta Sène, directeur général de la santé au Sénégal, ces centres souffrent d’insuffisance dans la gestion des ressources humaines, de faiblesse de la réponse sectorielle, d’inégalités sociales et d’utilisation inefficiente des ressources. On note que 20 à 40% des ressources sont gaspillées dans ces structures de soins. Aujourd’hui encore, l’Etat sénégalais alloue moins de 15% de son budget au secteur de la santé, soit 44 dollars/tête.

Parmi les solutions préconisées, on peut citer la révision de la carte sanitaire, l’accroissement de la productivité et l’amélioration de l’accès aux médicaments. La mise en place de la mutualisation, d’initiatives de gratuité et d’un plan d’urgence pour les soins de santé aidera également à atteindre les objectifs du millénaire pour le développement.

Dans ce cadre, en Afrique subsaharienne, les Etats se sont engagés à réduire drastiquement les épidémies comme c’est le cas du paludisme au Sénégal qui est tombé à 33% au niveau national. Au même moment, une transition épidémiologique est déjà amorcée. Aujourd’hui, les maladies infectieuses et chroniques augmentent en Afrique à cause des changements de modes de vie des populations. D’où la nécessité de la création de structures de soins adaptées et la formation de ressources humaines qualifiées.

Toutefois, il n’est pas utile de suivre les modèles européens où les grands hôpitaux souffrent de faibles taux d’occupation comme c’est le cas des hôpitaux de Paris. «Nous cherchons à diminuer nos lits, rassembler ainsi 2 hôpitaux et développer la chirurgie ambulatoire», déclare Florence Veber, directrice de la délégation aux relations internationales de l’assistance publique des hôpitaux de Paris France. Pour diminuer les coûts, l’Etat et les investisseurs créent dorénavant des hôpitaux d’une capacité de 1 000 lits au lieu de 1 600 lits centrés sur le patient. Et pour subvenir à la demande, les professionnels recommandent le recours à la chirurgie ambulatoire.

Des cliniques privées marocaines à la rescousse des pays subsahariens

En Afrique, vu l’éloignement des hôpitaux et l’éparpillement des populations, les établissements de santé garderont forcément les malades plus longtemps. Ce qui permettra d’augmenter les taux d’occupation. Du moins, c’est l’ambition des centres hospitaliers africains. Un investissement accru reste tout de même nécessaire. Et pour cause, dans un échantillon de 22 pays africains, la capacité litière est estimée à 1 lit pour 10 000 habitants. Selon Montassir Chefchaouni, chirurgien et gestionnaire du CHU Ibn Sina, on assiste encore à un mode de standardisation des hôpitaux dans le continent, du type des hôpitaux français des années 1970, alors que nous avons besoin de structures hospitalières innovantes. En l’absence de structures adaptées, des cliniques privées, notamment marocaines, prennent le relais pour accueillir les patients africains. Elles se sont positionnées sur un créneau porteur en attendant une réelle mise à niveau des structures hospitalières africaines et une couverture médicale élargie.

L’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans les systèmes de santé est une opportunité historique pour les pays africains. Et ce, pour la simple raison que les TIC n’engagent pas de lourds investissements. Une entreprise française, Medical Intelligence Service, a développé un dispositif de télémédecine permettant de réaliser un diagnostic du patient. Utilisée par un infirmier ou un pharmacien, la machine peut réaliser jusqu’à 700 diagnostics. Ce dispositif est dédié aux zones qui pâtissent de l’absence de médecins. Ces mallettes ne se substitueront pas aux médecins, mais aideront à diagnostiquer les maladies et à trier les patients pour diminuer les temps d’attente dans les centres de soin. Selon Loïc Etienne, PDG de Medical intelligence service, 20 mallettes devraient être disponibles dans les centres de santé ou les dispensaires notamment dans les zones enclavées de l’Atlas au Maroc et 20 supplémentaires au Sénégal. Encore faut-il trouver des moyens de financement de ces acquisitions grâce aux PPP, aux banques ou simplement à des donateurs. La mallette coûte entre 1500 et 2000 euros/unité.

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