Pourquoi l’économie marocaine peut supporter la hausse des cours du brut
14 mai 2004
Salah Agueniou (1265 articles)
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Pourquoi l’économie marocaine peut supporter la hausse des cours du brut

Les achats de pétrole pour les 1er et 2e trimestre sont déjà réalisés.
L’Arabie Saoudite a appelé à une augmentation de la production de l’Opep.

Mardi 11 mai, le baril de pétrole à  New York était repassé sous la barre des 39 dollars, tandis qu’à  Londre le brent se négociait autour de 36 dollars le baril. Il a suffi d’une déclaration, la veille, du ministre saoudien du Pétrole, Ali Naimi, en faveur d’une hausse de la production de l’Opep en juin prochain, pour que les prix du pétrole cèdent près d’un dollar et demi, après avoir atteint, la semaine dernière, leur plus haut niveau depuis près de quatorze ans. Mais la situation demeure préoccupante pour la croissance mondiale. Certains experts doutent de la possibilité d’enrayer substantiellement cette flambée de l’or noir pour trois raisons : la forte croissance des économies chinoise et indienne, qui crée une tension sur le marché ; le conflit en Irak et ses conséquences sur les installations pétrolières (comme le sabotage des oléoducs) ainsi que la difficulté pour l’Opep d’augmenter sa production, puisque, à  l’heure actuelle, elle dépasse déjà  largement les plafonds qu’elle s’est fixés (le plafond de production de l’Opep est actuellement de 23,5 millions de barils par jour). Mais la question sera sans doute au menu de la prochaine réunion de l’Opep à  Beyrouth, le 3 juin prochain. Quoi qu’il en soit, les économistes de l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique) restent prudents, ils prévoient dans le meilleur des cas un cours du pétrole à  32 dollars le baril pour le reste de l’année. Quel impact produirait cette flambée du prix du pétrole sur le Maroc ? Logiquement, l’impact ne devrait pas être plus important que ce qu’il a été en 2003. Pourquoi ? Parce que, d’une part, les achats effectués par le Maroc sont facturés aux prix du pétrole de la mer du Nord et de l’Opep (qui sont aujourd’hui aux alentours de 36 dollars) et non pas, comme on a tendance à  le croire, aux prix du marché new-yorkais (o๠l’on a en effet atteint les 40 dollars, la semaine dernière). D’autre part, comme le souligne le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Boutaleb, la situation en 2003 était plus grave qu’en 2004 car non seulement les prix avaient dépassé les 30 dollars le baril, et parfois atteint les 36 dollars, mais en plus, l’essentiel des besoins était importé directement par les sociétés pétrolières, en raison de l’incendie de la Samir. La valeur des achats du gasoil et du fuel a reculé de 86,9 % Et, en effet, avec la remise en service des trois unités de raffinage de la Samir, la facture pétrolière, selon les derniers chiffres concernant les importations, a été atténuée en raison du repli de la valeur des achats à  l’étranger du gas-oil et du fuel de 86,9%. Ainsi, à  fin février 2004, la facture énergétique totale a représenté 13,2 % des importations totales, contre 16,4 % en 2003. A ces éléments, le ministre de l’Energie et des Mines ajoute un autre : le comité des approvisionnements, mis en place au lendemain de l’incendie de la Samir, a déjà  réalisé les achats non seulement pour le premier trimestre 2004 mais également pour le deuxième trimestre. Cela signifie que les dernières évolutions du prix du pétrole ne vont pas impacter sensiblement les achats effectués par le Maroc. Pour le reste de l’année, il faut espérer que le cours du brut arrête sa course folle, laquelle, il faut le rappeler, a commencé depuis l’année dernière. Dans tous les cas, une tension trop forte sur les prix n’arrange personne, car elle provoquerait une récession mondiale et, in fine, une correction à  la baisse, préjudiciable pour les pays producteurs. Cela étant, même à  30 ou 32 dollars le baril, comme le prévoient certains experts, on est loin des 25 dollars retenus comme hypothèse de travail pour bâtir le budget 2004. Et ce gap, n’importe comment, est de nature à  générer des conséquences négatives sur la croissance économique. Selon une simulation réalisée par la Direction de la politique économique générale (DPEG), sur la base d’une hausse des cours du pétrole de 25 % par rapport au scénario de référence de 25 dollars le baril en 2004, les conséquences sur l’économie marocaine seraient les suivantes : l’augmentation de la facture énergétique occasionnerait une contraction des avoirs extérieurs, estimée à  8,4 % en 2004, et 9,5 % en 2005 ; une progression du taux d’inflation de 0,2 % en 2004 et de 0,9 % en 2005 (dans le cas d’une répercussion de la hausse des cours du pétrole sur les prix intérieurs) ; un accroissement de 0,1 % des dépenses publiques. Mais, comme le précise la DPEG, ces effets négatifs doivent être relativisés. D’une part, les recettes de la TVA et des droits de douane sur les importations devraient s’inscrire à  la hausse, ce qui augmenterait les recettes ordinaires de 0,7 et de 0,9 point respectivement en 2004 et 2005 et donc améliorerait le solde budgétaire de 0,1 point. D’autre part, l’impact sur l’activité économique ne serait ressenti qu’à  partir de 2005 o๠l’on prévoit en effet un recul du PIB de 0,3 % et une légère augmentation du chômage de 0,1 %. Les prix d’achat du pétrole au Maroc sont liés à  ceux du brent de la mer du Nord et non pas à  ceux de New York.

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