Opération «Zéro Mika» : un bilan encourageant en attendant l’éradication définitive
8 janvier 2018
Wiam Markhouss (328 articles)
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Opération «Zéro Mika» : un bilan encourageant en attendant l’éradication définitive

Même s’il y a un retour du sac en plastique sur les marchés, les pouvoirs publics assurent poursuivre les contrôles et les sanction. Entre le 1er juillet 2016 et le 20 décembre 2017, 607 tonnes de sacs en plastique et 71,3 tonnes de sacs de contrebande ont été saisies. Le ministère de l’industrie s’attaque aujourd’hui au contrôle de l’importation de la matière première, le polyéthylène.

Tout le monde aura remarqué le retour en force des sacs en plastique dans les souks, chez certains épiciers et chez les vendeurs ambulants de fruits et de légumes. Et ceci malgré la multiplication par deux de leur prix de vente au kilo, de 20 à 40 DH, depuis l’entrée en vigueur, le 1er juillet 2016, de la loi 75-15 interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation, la commercialisation et l’utilisation des sacs en plastique (sauf le sac de congélation, les sacs poubelle, isotherme, agricole et industriel). Outre les ateliers de fabrication clandestins toujours en activité, des sacs en plastique de contrebande provenant d’Espagne entrent sur le marché. «Après l’interdiction de la fabrication, des unités industrielles espagnoles en faillite ont saisi l’occasion et ainsi redémarré leur activité pour servir le marché marocain», déplore un industriel. Au même moment, des producteurs informels marocains ont émergé. Ils ont même trouvé le moyen de redevenir plus ou moins compétitifs en produisant des sachets avec un grammage réduit. «Ils fabriquent plus de sacs qu’auparavant avec la même quantité de plastique. Bien qu’ils soient plus fins que les anciens, ces sacs font l’affaire. Les vendeurs ambulants sont approvisionnés par des triporteurs», témoigne un vendeur de fruits au quartier Derb Omar. Ces fabricants et importateurs clandestins risquent gros. Le montant de l’amende est de 200 000 à 1MDH pour les premiers. Pour ceux qui détiennent des stocks de cette marchandise devenue prohibée, il faut compter entre 10 000 et 500000 DH d’amende. Il faut savoir que depuis l’interdiction, une commission mixte composée de membres du ministère de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique (qui contrôle la fabrication de sacs en plastique) et du ministère de l’intérieur (qui contrôle le marché) se réunit chaque semaine pour faire le bilan des infractions.

4,7 MDH d’amendes collectées

En somme, 29 délégations du ministère de l’industrie sont mobilisées pour le contrôle des industriels. Depuis le 1er juillet 2016 et jusqu’au 20 décembre 2017, le montant des amendes collecté a atteint 4,7 MDH.
«En deux semaines, nous avons fermé deux ateliers clandestins à Oujda et à Fès (7 tonnes de plastique saisies). Chaque semaine amène son lot de fermetures», précise Abderrahim Chakour, ingénieur général au ministère de l’industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique. Au niveau des frontières, les services des douanes ont saisi 71,3 tonnes de sacs en plastique de contrebande. Toujours entre juillet 2016 et décembre 2017, 545 108 points de vente ont été visités, un total de 3 235 opérations de contrôle de fabrication a été effectué, sans compter une saisie de 607 tonnes de sacs interdits. En outre, 2503 PV contentieux ont été portés devant le procureur du Roi et 652 jugements ont été prononcés. Malgré tous ces résultats, les sacs en plastique circulent toujours sur le marché. Pour limiter leur présence, le ministère de tutelle s’attelle dorénavant à contrôler l’importation de la matière première, le polyéthylène. «Depuis 2016, nous avons mis en place une licence pour importation de polyéthylène. Aujourd’hui, nous disposons d’une base de données de 2 ans sur chacun des 190 importateurs. Par catégorie, ils sont 18 importateurs distributeurs et 172 opérateurs qui importent le polyéthylène pour leurs propres besoins de consommation, à savoir les producteurs de produits injectés (caisses), de soufflés (bidons) ou encore de produits extrudés (câbles électriques)», explique M. Chakour. Cette méthode permettra au ministère non seulement de réduire et canaliser la consommation destinée aux productions non interdites mais aussi de faire face aux utilisations prohibées.

Les fabricants de papier déçus

Outre l’éradication du sac en plastique, le ministère a aussi réfléchi aux produits de substitution. Dans ce cadre, un fonds de 200 millions de DH a été mis en place pour favoriser la reconversion des industriels du plastique. 24 entreprises ont bénéficié du tiers de la somme. Au même moment, les industriels du papier et carton ont investi dans l’acquisition de nouvelles machines pour la production de produits alternatifs. Or, aujourd’hui, ils sont déçus. «Pendant 6 mois, nous avons incité les membres de la Fifage (Fédération des industries forestières, des arts graphiques et de l’emballage) à investir dans des machines de sacs à papier. Nous avons très bien travaillé durant les 4 à 5 mois qui ont suivi l’interdiction de juillet 2016. Mais, depuis, la demande a baissé à cause du retour du sac en plastique. La filière a beaucoup souffert à cause notamment des stocks d’emballage en papier invendus jusqu’à ce jour», déplore Mounir El Bari, président de la Fifage. Ce dernier a récemment rencontré les représentants du ministère de l’industrie qui lui ont promis une répression plus sévère, soulignant que l’opération «Zéro Mika» n’est pas conjoncturelle. «C’est une politique de l’Etat qu’on est déterminé à réussir», aurait promis Moulay Hafid El Alamy, ministre de l’industrie. Cela dit, l’éradication des sacs en plastique passe aussi par la disponibilité de produits de substitution pour les consommateurs. «Si on ne supprime pas les sacs en plastique, les produits de substitution ne trouveront pas leur place. Avec la traçabilité de l’importation de la matière première, la production de sacs en plastique sera plus difficile et plus coûteuse. Par conséquent, le prix du produit augmentera et poussera les commerçants, y compris les vendeurs ambulants, à recourir au produit de substitution», résume avec optimisme M. Chakour.

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