«Nous voulons créer de la valeur tout en assurant un développement équilibré»
6 mars 2017
Imane Trari (364 articles)
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«Nous voulons créer de la valeur tout en assurant un développement équilibré»

La vision de la région est déclinée en trois axes stratégiques -social, économique et territorial, 9 chantiers et 27 programmes n Le budget reste faible, mais permet d’investir et de mobiliser les partenaires du fait que les charges de fonctionnement sont limitées.

Elu il y a dix-huit mois à la tête du Conseil de la Région de Rabat-Salé-Kénitra, Abdassamad Sekkal dévoile le Plan de développement de la région et fait le bilan des réalisations de l’année 2016. Il livre également son évaluation de l’état d’avancement du processus de la régionalisation avancée et du renforcement des prérogatives des Conseils régionaux.

Comment appréciez-vous le chantier de la Régionalisation avancée ?

Le chantier de la régionalisation est une action forte visant une réforme profonde du fonctionnement de l’Etat marocain. Ce projet repose sur le renforcement de la décentralisation et la mise en place de régions fortes, capables d’assumer un rôle principal dans le développement économique et territorial. Ceci suppose le passage à un nouveau découpage des territoires, mais aussi un partage des services et des prérogatives de l’Etat central qui, à son tour, doit se concentrer sur ses missions régaliennes et les stratégies à l’échelle nationale. L’élaboration et la mise en œuvre des politiques et des programmes de développement régionaux doivent se faire désormais dans les régions par les Conseils des régions. Et le choix et les orientations des programmes de développement doivent être pris en compte par tous les autres acteurs. Il faut être clair, on est en phase de construction d’une régionalisation avancée. Dans ce sens, rappelons que la commission consultative qui a travaillé sur ce projet a bien précisé dans son livrable que l’aboutissement du processus de la régionalisation avancée nécessite au minimum deux mandats de Conseils régionaux. Aujourd’hui, on est à peine à la deuxième année du premier mandat. Cependant, il est important de souligner qu’un énorme travail de transition a été fait jusqu’à présent.

Pouvez-vous nous donner plus de détails sur cette transition ?

En somme, la transition a été faites à plusieurs niveaux. D’abord dans la vision du rôle de la région grâce à la nouvelle loi. Nous avons donc changé notre manière de faire pour s’inscrire dans cette nouvelle logique. A cet effet, un travail pédagogique a été fait avec les élus des régions, mais aussi avec tous les autres acteurs. A titre d’exemple, les Conseils régionaux étaient composés principalement des élus représentant les communes rurales. Faute de vision globale, chacun cherchait à réaliser des petits projets dans sa commune, ce qui donnait lieu à un éparpillement des ressources. Et pour cause, ils considéraient la région comme étant une source additionnelle de financement et non comme un acteur du développement local. Dès lors, la première transition a concerné la vision de la région et la manière de concevoir son rôle. La deuxième étape, pour sa part, concerne le découpage territorial. Le Conseil de la région Rabat-Salé-Kénitra a hérité de deux régions, en l’occurrence le Gharb-Chrarda-Benihssen et Rabat-Salé-Zemmour-Zaër. Par conséquent, il nous a fallu du temps pour maîtriser les contours de notre territoire puisque tous les acteurs administratifs n’arrivaient pas à s’adapter au nouveau découpage. Durant la première année, nous avons travaillé sur la production de statistiques intégrées sur la région. A cela s’ajoute le chantier de la réorganisation administrative qui avait pour but de regrouper tout le personnel de la région dans un même bâtiment.

La troisième étape, elle, a concerné la manière de gérer la région. Auparavant, c’était le wali qui était l’ordonnateur du budget de la région. Concrètement, il n’y avait pas les services de marchés, comptabilité, budget… Toutes ces missions se faisaient au niveau de la wilaya. Au début du mandat, nous avons récupéré toutes ces fonctions. Pour pouvoir les assurer nous avons créé des services dédiés. En somme, il y avait un travail de recomposition de la structure. En parallèle, il fallait mettre en œuvre les grandes obligations du nouveau texte de loi, autrement dit mettre en place les nouvelles structures de la région et nommer les hauts responsables. Il fallait aussi lancer le programme de développement régional et le schéma régional de développement du territoire et préparer les programmes et les budgets pour les années 2016 et 2017.

Peut-on dire qu’aujourd’hui le Conseil de la région joue pleinement son rôle et jouit de toutes ses prérogatives ?

On est encore en phase de transition. L’arsenal juridique renforçant les pouvoirs des régions n’est pas encore totalement en place puisqu’il y a des textes de loi qui sont en cours d’adoption. Ce retard entrave le travail du Conseil de la région. C’est le cas d’ailleurs pour toutes les autres régions.

En somme, il est aujourd’hui difficile de parler de la capacité des régions à jouer pleinement leur rôle tant qu’on n’a pas achevé le processus de la déconcentration des services de l’Etat. D’ailleurs, certains rôles que jouaient les walis et qui relèvent aussi des prérogatives des présidents des régions sont toujours à cheval entre les deux. C’est le cas d’ailleurs des CRI. Sur le terrain, nous assistons à toutes les réunions et les prises de décision, mais sur le plans administratif ils relèvent toujours des walis.

Quelle est votre vision pour le développement de la région?

En 2016, nous avons arrêté «la vision de développement de la région». Elle sera déclinée en trois axes stratégiques -social, économique et territorial-, 9 chantiers et 27 programmes qui visent à affirmer la région comme catalyseur des actions de tous les acteurs régionaux. La réalisation des programmes prévus par cette vision de développement sera confiée à l’Agence régionale d’exécution des projets. Créée l’année dernière par le conseil, cette agence est actuellement opérationnelle, bien qu’il y ait encore des textes qu’il faut promulguer, principalement celui sur le statut du personnel et celui concernant le contrôle financier qui doit être clarifié entre le ministère des finances et celui de l’intérieur.

Le diagnostic que nous avons réalisé a révélé que la région est très complète avec un potentiel agricole, industriel, touristique et tertiaire très important. Nous avons également le 2e plus important PIB après celui de Casablanca et un revenu moyen assez élevé par rapport à la moyenne nationale. Paradoxalement, les indicateurs de développement humain s’avèrent très alarmants, notamment dans la zone du Gharb, Zemmour et Zaër. Par conséquent, nous avons essayé de concevoir un programme de développement qui répond aux spécificités de chaque zone sur les plans économique et social et qui permettra de créer de la valeur ajoutée, tout en assurant un développement équilibré.

Quels sont les programmes prévus sur le plan social ?

Sur le plan social, plusieurs programmes sont prévus. Il s’agit d’abord de la généralisation des écoles communautaires et de l’amélioration des constructions scolaires, notamment en équipement sanitaire. Ce programme qui bénéficiera à 300 écoles est déjà lancé. Une enveloppe de 9 MDH a été investie dans la première tranche. Le deuxième programme nécessitera un investissement de 12 MDH. A ce projet, s’ajoute la généralisation du préscolaire. Le Conseil de la région a signé des conventions avec deux associations pour la mise en place de 90 classes. La généralisation du transport scolaire est également prévue. Pour améliorer l’employabilité des jeunes, une convention a été signée avec l’OFPPT pour la mise en place des établissements de formation dans toutes les régions. Ces instituts devraient offrir des formations sur les métiers de l’agriculture, de l’économie rurale, de la pêche et de l’artisanat.

Toujours dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie des habitants du monde rural, nous sommes en phase de création de quatre centres pour la mise en valeur et la commercialisation des produits du terroir à Khémisset, Sidi Kacem, Gharb et Sidi Slimane. Le choix des sites est déjà fait et la convention est déjà signée avec le ministère de l’agriculture.

L’amélioration des services aux citoyens fait aussi partie des priorités du PDR. Ainsi, pour un meilleur accès aux services publics, un programme pour la réhabilitation des centres de santé dans les communes rurales est lancé avec une première enveloppe de 17 MDH. La convention sera signée la semaine prochaine avec le ministère de la santé. A cela s’ajoute le programme d’équipement des pistes rurales pour un montant de 1,430 milliard de DH sur sept ans. Les deux premières phases du projet ont été lancées en 2016 et 2017, pour respectivement un budget de 100 et 120 MDH.

Concernant la généralisation de l’accès à l’eau potable et l’électricité au monde rural, nous avons prévu une enveloppe de 170 MDH, dans le cadre d’une convention avec l’ONEE qui sera mise en œuvre après l’identification des zones les plus prioritaires .

Et sur le plan du développement territorial ?

Sur ce volet, nous allons commencer par le renforcement de la qualité du transport public. Concrètement, nous allons procéder à la mise en place d’un réseau RER pour compléter le réseau du tramway qui se limite à l’axe Rabat-Salé-Témara. Nous travaillons également avec l’ONCF pour la mise en place d’un réseau de trains régionaux qui permettront de créer des lignes directes. A titre d’exemple, une ligne directe pour Meknès ou une autre de Khémisset vers Kénitra… Il s’agit de projets déjà prévus dans le cadre du programme de développement. Nous sommes en phase de réalisation des montages financiers.

Que faites-vous d’autre pour le développement économique de la Région ?

Concernant le développement économique et l’animation commerciale, le PDR mettra l’accent sur l’équipement et la création des zones d’activité. Dans ce sens, nous allons signer cette semaine une convention avec le Conseil de la ville de Salé et l’Association des industriels de la zone de Hay Rahma pour la mise à niveau de cette plateforme. Nous avons également renforcé les équipements de la zone Ain Johra en intégrant un accès direct à l’autoroute de Fès et en élargissant la route qui relie directement la zone à l’Atlantic free zone. Il faut dire qu’on est dans une logique de facilitation de l’investissement pour attirer les investisseurs à travers le renforcement ou la création des équipements et infrastructures nécessaires. Nous sommes également en train d’examiner la possibilité de création d’un fonds de garantie régional pour les petites entreprises. Nous préparons aussi avec la CGEM une mission pour trois pays africains pour présenter les entreprises de la région dans des salons et les aider à chercher des opportunités d’investissement.

Qu’en est-il du budget ?

Le budget de la région reste très modeste puisqu’il était de 450 MDH en 2016 et de 600 MDH en 2017. Sauf qu’à la différence des Conseils des villes, les Régions ont des budgets de fonctionnement faibles. Ce budget nous permettra donc d’investir et de mobiliser le financement des partenaires. Cependant, il est important de noter que nous travaillons pour développer les sources de financement de la région grâce aux partenariats à l’international.

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