Mise en fourrière : grand bazar dans le remorquage des véhicules
21 mai 2013
Naoufel Darif (793 articles)
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Mise en fourrière : grand bazar dans le remorquage des véhicules

Le choix des sociétés pour les mises en fourrière ne répond pas à  des critères concurrentiels. Aucun barème des prix n’est fixé. Des opérateurs proposent que l’activité soit gérée par la commune pour gagner en transparence.

Le constat est pour le moins étonnant : alors qu’elle draine une manne d’argent considérable et touche le quotidien du citoyen, un flou total entoure l’activité du dépannage automobile, plus particulièrement le segment des mises en fourrière décidées par les services de police. «C’est un secteur informel qui brasse des montants colossaux mais qui évolue dans l’anarchie au détriment du citoyen», affirme un observateur qui maîtrise le dossier. Rien que pour Casablanca où l’on achemine chaque jour des centaines de véhicules aux fourrières, l’on n’aura pas de difficultés à estimer tout l’argent que cela rapporte, si l’on sait que les prix commencent à 250 DH pour tout enlèvement de véhicule.

Les tarifications appliquées par les sociétés qui travaillent avec les services de police ne sont régis par aucun code. «Cela obéit au pouvoir discrétionnaire des sociétés de dépannage qui fixent souvent des prix défiant toute logique, alors que, parfois, la distance parcourue ne dépasse pas quelques kilomètres», explique notre source. Selon le directeur d’une société de dépannage dont le siège est à Aïn Chock, Casablanca compte une vingtaine d’opérateurs de dépannage automobile et d’assistance dont une partie compte un portefeuille clients composé de particuliers et d’entreprises alors qu’une poignée travaille exclusivement avec les services de police. «Ces dernières ne disposent d’aucun référentiel de tarifs, qui sont normalement fonction de la distance parcourue, du poids du véhicule et de sa consistance», poursuit-il.

Un manque à gagner pour le fisc et les collectivités locales

La transparence sur les prix n’est pas la seule tare dont pâtissent ces sociétés de dépannage. Déjà le choix d’une société ou d’une autre ne répond à aucun critère de concurrence, «il s’agit de quasi-marchés (parce que de longue durée), dont la passation obéit à des considérations purement clientélistes», s’alarme une source très bien placée dans le secteur. De plus, l’activité de dépannage manque de cadrages techniques censés être contenus dans la réglementation, vu qu’elle requiert une attention particulière sur le plan de la sécurité, notamment pour ce qui est des convois routiers. «Les impératifs de sécurité sont relégués au second plan puisque le parc des ces sociétés est essentiellement constitué de véhicules vétustes de plus de dix ans mis au rebut par des administrations publiques, achetés puis réaménagés localement pour servir d’engins de dépannage», explique notre source.

Ceci étant, le citoyen, con-sommateur final, n’est pas le seul à supporter les aberrations d’une activité anarchique, le fisc aussi concède un manque à gagner. Selon un opérateur, les sociétés exerçant dans le dépannage doivent supporter une taxe spéciale, et la manne d’argent en question pourrait servir à renflouer les caisses de la collectivité, surtout dans un contexte de tassement des ressources et où l’on parle de plus en plus d’optimisation des finances locales. «Bien qu’il soit connu pour l’importance des montants qu’il draine, le sujet a  toujours été évité parce que profitant à des cercles de pouvoir bien définis, ce qui va à l’encontre du principe de l’équité fiscale», concède une source au Conseil de la région du Grand Casablanca.

Pour couper court à ces pratiques, des opérateurs considèrent que la poignée de sociétés offrant des prestations de dépannage aux services de police doit être gérée par les communes dont dépendent les fourrières, sur la base d’appels d’offres transparents et de cahiers des charges draconiens prenant en compte le caractère spécial de cette activité.

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