L’inflation, implacablement rigide à la hausse
10 octobre 2017
Salah Agueniou (1219 articles)
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L’inflation, implacablement rigide à la hausse

Sur la première moitié de 2017, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,2%, tandis que le niveau général des prix a, lui, quasiment fait du surplace. La maîtrise de l’inflation à ce niveau est-elle bonne pour la croissance ?

Décidément, l’inflation au Maroc reste implacablement rigide à la hausse. Sur les huit premiers mois de 2017, l’indice des prix à la consommation (IPC) n’a en effet augmenté que de 0,6%, et sur les six premiers mois de 0,2% seulement. En considérant le niveau général des prix, et pas seulement l’IPC, on constate que l’inflation a même stagné au deuxième trimestre de 2017, après avoir légèrement frémi au premier. Selon l’arrêté des comptes nationaux du deuxième trimestre, que le HCP vient de publier, le niveau général des prix (soit le prix implicite du PIB) s’est en effet établi à -0,2%. Autrement dit, la croissance du PIB nominal (4%), contrairement à la tendance générale, a été légèrement inférieure à celle du PIB réel (4,2%). Au premier trimestre, pour rappel, l’arrêté des comptes nationaux avait fait ressortir une hausse du niveau général des prix de 0,3% ; autant dire une quasi-stagnation sur le premier semestre de l’année 2017.

Pour l’ensemble de l’exercice, l’inflation, cette fois appréhendée par l’IPC, ne devrait pas dépasser 0,6% selon les projections de Bank Al-Maghrib (BAM) publiées lors de son conseil du 26 septembre. En 2018, l’inflation s’accélérerait à 1,3%, indique encore BAM, mais ce niveau reste faible, en tout cas conforme à la tendance de long terme qui caractérise cette variable.

Assurément, sur ce plan, le Maroc fait «mieux» que l’Europe et les Etats-Unis, deux grandes économies qui produisent l’essentiel de la richesse mondiale. L’inflation dans la zone euro est estimée à 2% en 2017 et à 1,5% en 2018. Aux Etats-Unis, elle serait respectivement de 2,1% et de 2,3%. Deux questions viennent immédiatement à l’esprit. La première : pourquoi une si faible inflation au Maroc? La seconde : ce niveau de hausse des prix est-il «bon» pour l’économie ? La réponse à ces deux interrogations, on s’en doute bien, ne coule pas de source, tant il est vrai que la controverse à propos de l’inflation n’est jamais épuisée. En gros, selon que l’on soit monétariste ou keynésien, l’inflation sera tour à tour un sujet de préoccupation ou, au contraire, un levier de croissance.

La réforme du régime de change ne manquera pas de générer un surcroît d’inflation

Une chose paraît néanmoins faire consensus : l’inflation ne doit être ni trop élevée ni trop faible et surtout pas négative. Mais alors, que penser de la réussite économique qu’a connue la majorité des pays développés au cours des trente années d’après la fin de la Seconde Guerre mondiale (les trente glorieuses), alors que l’inflation était élevée et parfois atteignait des taux à deux chiffres dans certains pays? Où faut-il vraiment placer le curseur ? Quelle serait la cible d’inflation…idéale ? Et d’abord, est-ce possible de fixer une cible qui serait idéale ? Plus encore, l’inflation, au-delà de la cible retenue, est-elle bonne ou mauvaise pour tous les pays, quel que soit leur niveau de développement ?

Les responsables des Banques centrales, désormais arc-boutés sur les indicateurs de l’inflation, ont-ils des réponses précises à ces questions, toutes convictions personnelles mises à part ? On peut multiplier ces interrogations à l’infini; retenons simplement que dans le cas du Maroc, la maîtrise de l’inflation à un niveau très bas depuis près de vingt ans n’a pas donné lieu à une accélération du rythme de la croissance économique. Celle-ci a même ralenti depuis quelques années, et les déficits jumeaux, de 2009 à 2012, n’ont fait que se creuser. Les créations d’emplois ont également baissé, et le taux de chômage reste bloqué à près de 10% depuis une dizaine d’années. Avec une inflation légèrement plus élevée que celle enregistrée jusqu’ici, la situation aurait-elle été autre? A contrario, si l’inflation n’avait pas été maîtrisée, les indicateurs susmentionnés se seraient-ils plus amplement dégradés? Ce que l’on peut dire en tout cas, c’est que les pouvoirs publics ne paraissent plus vraiment redouter une remontée de l’inflation (mais jusqu’à quel point ?). L’indice qui permet cette constatation, c’est la réforme projetée du régime de change. Tout le monde est à peu près d’accord là-dessus : une fois mise en place, cette réforme ne manquera pas de générer un surcroît d’inflation.

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