Les nouveaux métiers mondiaux du Maroc ont signé une belle année 2017
22 janvier 2018
Naoufel Darif (831 articles)
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Les nouveaux métiers mondiaux du Maroc ont signé une belle année 2017

L’activité est portée par l’automobile, l’aéronautique, l’électronique et l’offshoring. L’arrivée de PSA permettra à l’automobile de franchir un nouveau palier. L’outsourcing appelé à innover pour surmonter la concurrence étrangère sur les centres d’appel.

L’année 2017 aura été un bon cru pour tous les métiers mondiaux du Maroc (MMM). Le volume des exportations des secteurs de l’automobile, l’aéronautique, l’électronique et l’offshoring (dits les nouveaux métiers) a progressé de 7 à 18,5% par rapport à 2016. Selon les chiffres provisoires de l’Office des changes et les estimations des fédérations sectorielles, ces quatre métiers totalisent près de 88 milliards de DH à fin 2017, soit près de 36% du total des exportations. D’ailleurs, c’est en grande partie grâce à leur contribution que le chiffre d’affaires réalisé à l’étranger par toute l’économie est en hausse de 9,3%, à 245 milliards de DH. A en croire les responsables au département du commerce extérieur et des fédérations sectorielles concernées, le bon cru de 2017 s’explique par le redressement relatif de la demande émanant des gros donneurs d’ordre mondiaux, la dynamique enclenchée par les écosystèmes, l’arrivée à maturité de plusieurs filières et l’intégration en marche qui s’opère dans les tissus industriels. Pour voir ces dynamiques de plus près, focus sur chacun de ces métiers.

Montée en puissance de l’automobile

Passée en 2015 en tant que premier secteur exportateur du pays avant les phosphates (pour la première fois), l’industrie automobile fait preuve d’un aplomb exceptionnel. D’après les responsables de l’Association marocaine de l’industrie et du commerce automobile (Amica), les exportations ont atteint les 60 milliards de DH. L’Office des changes annonce à peu près le même chiffre (provisoire): 58,5 milliards de DH, en hausse de 7,1% par rapport à 2016, dont 31,2 milliards pour la filière construction (ou assemblage) ; les phosphates et dérivés sont à 44 milliards de DH, en hausse de 11%.

Le secteur automobile est celui qui a le plus profité de la dynamique des écosystèmes constitués depuis 2015. Aujourd’hui, le management de l’Amica affirme que les objectifs arrêtés dans le cadre des contrats de performance seront dépassés avant l’horizon 2020, et ce au niveau de tous les écosystèmes du secteur : «câblage automobile», «intérieur véhicule & sièges», «métal, emboutissage et batteries automobiles», et «moteurs et transmission». Ces écosystèmes contribueront d’ici 2020 à la création de 56 000 nouveaux emplois, à la multiplication par 2,5 du chiffre d’affaires à l’export et à l’augmentation du taux d’intégration locale de 20 points.

L’arrivée de PSA, dont l’usine à Kénitra devra être opérationnelle à la fin de l’année (voir page 42), devrait permettre au secteur de franchir un nouveau palier de croissance. Le taux d’intégration, aujourd’hui de 50% selon les derniers chiffres du ministère du commerce et de l’industrie, approchera 65% dans un premier temps. L’objectif de 1 million de véhicules (construction et assemblage) d’ici 2022 semble plus que jamais réalisable ainsi que les 100 milliards de DH à l’export et 80% de taux d’intégration.

L’aéronautique est devenu très attractif pour les investisseurs

Le secteur est plus que jamais visible sur la carte de l’aéronautique mondial. Preuve en est, le flux continu d’investissements étrangers. Rejoignant le rang d’opérateurs de renom tels que Safran, UTC ou Le Piston français, Stelia, Latécoère, Figeac Aero ou Daher qui ont, en moins de quatre ans, pris d’assaut la zone Midparc, Bombardier a donné le la de cette rafale d’arrivées avec son usine d’aérostructure ouverte au début de 2015 (200 millions de dollars à investir d’ici à 2020). Récemment, la liste s’est allongée avec l’arrivée de Thales, STTS, et Hexcel.

D’une vingtaine dans les années 2000, le nombre d’opérateurs est passé à plus de 120. Implantations d’usines en série, préparation de l’écosystème Boeing, entrée dans les technologies 4.0 du futur comme l’impression 3D, l’industrie est très bien orientée. En 2017, les exportations ont bondi de 18,4%, à 10,9 milliards de DH. Un record. Les commandes record d’Airbus et de Boeing et la montée en cadence des programmes A320neo, A350 et B777X sont considérés comme le moteur de cette accélération. D’après les industriels du Gimas, le Maroc est dans une approche best cost. Avec les dispositifs de soutien du PAI, les coûts complets sont très compétitifs. A cela s’ajoute la dynamique de rassemblement entre industriels de différents rangs créée par les écosystèmes qui encouragent les nouveaux arrivants. L’objectif du Gimas est de doubler les exportations et atteindre 33 000 emplois d’ici à 2020. Si en matière de profondeur de la filière, des progrès sont encore à faire par exemple dans l’approvisionnement en matières premières ou encore dans les outillages ou les bureaux d’études, d’autres métiers «support» sont en bonne posture. L’écosystème de Boeing annoncé en 2016 (un réseau de sous-traitants de l’avionneur seront implantés localement) va permettre au secteur de changer drastiquement de visage. L’impact global sur les emplois induits et sur l’activité est estimé à 10 milliards de DH par an. Un bémol toutefois, le capital national est quasi absent de l’industrie à de très rares exceptions, notamment dans la chaudronnerie et le traitement de surface ou l’usinage.

Le secteur de l’offshoring consolide ses bonnes performances. A fin 2017, les professionnels affirment que les exportations ont dépassé les 9,5 milliards de DH, en croissance de 6 à 8% par rapport à 2016. Le secteur avait clôturé cette année sur une croissance de 8% et un chiffre d’affaires à l’export de 8,8 milliards de DH contre 8,2 milliards en 2015. Les professionnels, notamment ceux de la Fédération marocaine d’outsourcing, expliquent que ces réalisations interviennent malgré un contexte difficile. En effet, l’étiolement de la demande des donneurs d’ordre français et la montée des destinations d’Afrique subsaharienne, notamment sur le principal segment, les centres d’appels, n’aide pas le secteur.

L’offshoring en phase de consolidation

Quoi qu’il en soit, avec de telles performances, les professionnels estiment que le secteur est arrivé à maturité. Il emploie autant de salariés que l’automobile et génère autant de revenus que l’aéronautique. Pour sauvegarder cette bonne orientation à l’export, le secteur s’est structuré en mai 2016 en cinq écosystèmes visant à permettre la montée en gamme du secteur et le ciblage de nouvelles filières à haute valeur ajoutée. Aujourd’hui, les segments matures sont la relation client (centres d’appel) et l’oustourcing informatique. Le segment de la relation client – 60% du chiffre d’affaires et 75% des emplois- affiche une croissance plus faible que la moyenne mais enregistre des évolutions notables vers le digital et le multicanal.

L’oustourcing informatique (ITO) réalise aussi de fortes croissances. Dans ce contexte favorable, le secteur vise un nouveau cap grâce aux segments porteurs. Trois segments sont identifiés comme «à fort potentiel», en l’occurrence le BPO, qui correspond à l’externalisation des métiers de back-office; le KPO (knowledge process outsourcing) qui a trait à l’économie du savoir tels que les travaux de recherche de données pour les cabinets d’études ; et le dernier segment est celui de l’ESO ou l’ingénierie oustourcée (exemple des prestataires de travaux d’ingénierie pour les constructeurs automobiles ou aéronautiques).

L’électronique évolue en dents de scie

A la différence des autres MMM, l’électronique affiche des évolutions en dents de scie sur les dernières années. En 2017, l’industrie a vu ses exportations augmenter de 8,5% pour atteindre 9,1 milliards de DH (dont 4,4 milliards de composants). Les professionnels rapportent que la croissance du secteur est dans l’ensemble bien orientée, à la faveur de la légère reprise de la demande des clients européens qui absorbent plus de 70% des exportations du secteur (France, Italie et Espagne). A les en croire, la demande reste soutenue, surtout pour l’électronique statique destiné aux industries des télécoms, pharmaceutique et ferroviaire et dans une moindre mesure à l’électronique embarquée qui concerne l’automobile et l’aéronautique. Toutefois, le secteur demeure fragile en raison de la concentration d’une grande partie du chiffre d’affaires sur les gros opérateurs, en l’occurrence ST Microelectronics et Lear, et de sa dépendance des donneurs d’ordre européens dont les commandes sont irrégulières sur les dernières années. D’ailleurs, c’est pour ces deux raisons que les exportations alternent les hausses et les baisses depuis quelques années.

Le secteur de l’électronique compte environ 65 petites et moyennes entreprises, dont cinq ou six spécialisées dans les composants électroniques. Le reste exerce dans l’électronique de spécialité qui comprend les produits complets et semi-complets et les pièces électroniques.

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