Les marinas du Maroc : plus de 2000 anneaux à la recherche de clients européens
9 janvier 2018
Wiam Markhouss (268 articles)
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Les marinas du Maroc : plus de 2000 anneaux à la recherche de clients européens

L’Association des ports de plaisance du Maroc a été créée pour développer le secteur. Le pays dispose de cinq grandes marinas en attendant l’inauguration de celles de Tanger, d’Al Hoceima et l’achèvement de celle de Casablanca. Des efforts de la Douane sont réclamés pour améliorer l’image du Maroc.

La création récente de l’Association des ports de plaisance du Maroc, présidée par Mohamed Ounaya, PDG de la société de gestion du port de Tanger Ville (SGPTV), dénote de l’importance que revêt le secteur. Alors que les marinas européennes sont saturées, le Maroc, avec ses cinq ports de plaisance opérationnels, veut capter une partie de la demande provenant des plaisanciers du Vieux Continent. «Les marinas européennes sont surbookées. Il n’y a plus de place pour des projets d’extension, que ce soit en France, en Espagne ou en Italie, encore moins pour la création de nouvelles marinas à cause notamment des pressions des organisations environnementales. D’où l’opportunité offerte au Maroc pour accueillir les plaisanciers du Vieux Continent», assure Najib Cherfaoui, expert maritime.

L’Association des ports de plaisance du Maroc espère en effet fédérer toutes les marinas du Maroc pour permettre un développement soutenu du secteur. L’objectif est de mutualiser les efforts pour pouvoir participer aux salons nautiques et spécialisés dans le domaine maritime (à l’instar de Paris, La Grande Motte, Cannes, Monaco ou encore Dubaï…) et attirer un maximum de clients. «Nous comptons déjà quatre marinas membres de l’association, Saïdia (804 anneaux et 1350 à terme), Marchica Med (dont une partie est opérationnelle), Tanger (800 anneaux et 1 400 à terme) et Bouregreg de Salé (240 anneaux et 340 à terme). Nous attendons que les marinas d’Agadir et de Casablanca (après achèvement) rejoignent notre association», se réjouit M. Ounaya. En outre, un port de plaisance prévu à Al Hoceima (300 anneaux) entrera en activité prochainement. La marina de Tanger sera, elle, opérationnelle dans les prochaines semaines. Avec son ouverture sur la ville, son infrastructure composée du chantier naval, ses cafés, restaurants et hôtels ainsi que sa position de dernière marina avant l’Atlantique, ses promoteurs sont certains d’attirer un trafic dense.

Les prix des anneaux sont 30 à 50% moins élevés que dans le reste de la Méditerranée

«Sur 550 anneaux équipés, nous avons déjà affecté la moitié à des prix très compétitifs. 160 anneaux sont destinés à d’anciens bateaux amarrés à Tanger. De plus, une centaine de places ont été louées pour une période de 20 ans. Enfin, une vingtaine de contrats similaires seront conclus dans les prochaines semaines. Le reste est dédié au transit (location de courte durée), le tout à des prix très attractifs», dévoile M. Ounaya.

Au Maroc, en général, les prix fixés par les sociétés gestionnaires des ports de plaisance sont très compétitifs part rapport au reste de la Méditerranée, mais aussi dans la Mer Adriatique, au Montenegro et en Croatie. A titre d’exemple, les tarifs d’accostage dans le port de plaisance de Saïdia sont entre 30 et 50% moins élevés que les prix moyens de la Costa Del Sol. En dehors des critères financiers, la recette du succès des marinas repose sur des ingrédients de base que sont une ouverture sur un arrière-pays et une ville dynamique disposant des équipements indispensables tels que les hôpitaux et les pharmacies, le ravitaillement en carburant et en produits alimentaires, la présence d’artisans, en plus de l’infrastructure de loisirs et d’animation dont dispose la marina elle-même. Tanger est dotée de manière intrinsèque de tous ces avantages qui lui permettront d’attirer un nombre important de plaisanciers. Casablanca, qui disposera d’une marina d’environ 1 000 anneaux prochainement (après le déplacement du port de pêche à l’extérieur), devrait avoir un avenir prometteur. Par contre, la marina de Saïdia (dotée d’une grande capacité de 804 anneaux actuellement et 1 350 à terme) attend encore une réussite qui tarde à se manifester.

La marina de Saïdia affiche un taux d’occupation de 30% en haute saison

D’après Nabil Doubi Kadmiri, directeur général de la Société de développement de Saïdia (SDS), actionnaire dans Saïdia Marina Management, société de gestion du projet, le pic d’occupation se situe en plein été avec plus ou moins 250 bateaux, y compris les jet-skis. En d’autres termes, le taux d’occupation avoisine 30% en été. Il est de ce fait jugé faible. «En basse saison, nous sommes plutôt aux alentours de 120 bateaux dont 40% dans la zone de maintenance technique (soit 15%). En outre, le port de plaisance de la marina a reçu, au cours de l’année dernière, 339 bateaux visiteurs provenant principalement d’Europe, des Etats-Unis, du Canada et de Russie. Ces visites se concentrent essentiellement entre le printemps et l’été», ajoute M. Doubi Kadmiri. Sur les bateaux basés en permanence dans la marina, environ 50% reviennent à des clients marocains et 50% étrangers. Parmi les clients «étrangers» se trouve un nombre important de MRE. Et pour cause, la station balnéaire de Saïdia est très animée en été mais demeure déserte en hiver.

La SDS s’attelle aujourd’hui à l’amélioration de l’offre bien que la marina dispose déjà des infrastructures nécessaires. «Pour nous, l’augmentation de la capacité d’accostage n’est pas une priorité. Nous nous concentrons sur l’amélioration du niveau de service tout en restant compétitifs. Et ce, pour réussir à attirer davantage de plaisanciers», note le DG de SDS. La société gestionnaire reste pourtant optimiste pour l’avenir. «Nous croyons profondément que la marina de Saïdia sera dans les prochaines années le centre d’attraction de la station et de toute la zone pour les vacanciers, mais aussi un hotspot pour l’hivernage des bateaux européens profitant des bonnes conditions de navigation dans la région», déclare avec optimisme la même source.

Pour sa part, le petit port de plaisance de la Marina d’Agadir (291 anneaux) a pu atteindre de bonnes performances. Sa présence dans un ensemble intégré avec un complexe hôtelier et résidentiel doté d’une activité commerciale, d’animation et de loisirs a joué en faveur du succès de la marina, mais aussi et surtout son ouverture sur le centre de la capitale du Souss. Par conséquent, il est considéré comme l’un des plus prospères du Maroc et arrive à capter une clientèle composée à 80% de Marocains et 20% d’étrangers, avec une majorité écrasante de voiliers de moins de 10m. «Le taux d’occupation contractuel du port de plaisance d’Agadir en 2017 est de 59% (dont 33% en location annuelle et 22% en amodiation). Quant au taux d’occupation réel, il est de 40% pendant la même année», déclare une source d’Akwa Immo Développement.

Bâtie sur le modèle des marinas de la Côte d’Azur et de la Costa Del Sol, les activités commerciales que génèrent cette marina sont jugées satisfaisantes, surtout en été mais le management aspire à développer d’autres activités tels que les sports nautiques et espère continuer à attirer une clientèle haut de gamme.

Un plaisancier crée 10 emplois pour la ville

La présence d’une marina est aussi génératrice d’emplois pour la ville. «En général, la présence d’un plaisancier dans une marina permet de créer 10 emplois pour la ville hors exploitation portuaire. Il s’agit par exemple de l’artisan, du forgeron, du peintre, du menuisier, du vendeur de conserves, du coiffeur… C’est tout ce dont le plaisancier a besoin en plus du contact humain dont il est privé en mer et qu’il retrouve avec bonheur sur le sol», résume M. Cherfaoui.

L’avenir des ports de plaisance marocains semble tout tracé, à condition que les douanes y contribuent à leur tour. Les fouilles effectuées à chaque fois qu’un navire accoste font fuir un nombre de plaisanciers. «Quand ces fouilles sont systématiques, les plaisanciers préfèrent aller à Madère, Mellilia, Sebta ou encore aux Iles Canaries. Si le Maroc veut développer la plaisance, les services de douane doivent lâcher du lest», clame M. Cherfaoui. A l’opposé, si les plaisanciers sont satisfaits, ils le font savoir à travers leur club (les plaisanciers sont connus pour être très solidaires). L’information fait souvent le tour du monde. D’où l’importance de cultiver une bonne image des marinas marocaines. En réalité, l’idéal est de chercher à garantir la sécurité du pays et de parer aux activités illicites, tout en rassurant les plaisanciers. Cela passe nécessairement par la pédagogie et la communication.

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