Les importateurs de voitures asiatiques lésés par l’iniquité tarifaire
16 mai 2008
Lavieeco (25143 articles)
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Les importateurs de voitures asiatiques lésés par l’iniquité tarifaire

Les droits de douane sur les voitures en provenance de l’UE sont en baisse constante alors que ceux appliqués aux autres véhicules restent élevés Les importateurs craignent une éviction pure et simple du marché d’ici 2012 Naissance d’un groupement d’importateurs pour l’équité tarifaire.

«A terme, c’est tout un ensemble de marques automobiles qui disparaà®tra du marché marocain». C’est ainsi qu’on pourrait résumer la réaction des importateurs d’automobiles de marques autres qu’européennes qui ont récemment constitué un groupement des importateurs de véhicules pour l’équité tarifaire (Givet).

Ce qui, de prime abord, avait semblé être une scission de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (Aivam) s’avère être une simple initiative visant à  défendre les intérêts des importateurs qui s’estiment lésés par la baisse exclusive des droits de douane pour les voitures européennes. «Il est incohérent que le Maroc protège des marques européennes plus qu’elles ne le sont sur leur propre terrain», explique Adil Bennani, DG de Toyota et désigné à  la tête du Givet.

Il souligne que, si les véhicules non européens paient encore des droits de douane de 32,5% à  40%, selon qu’il s’agisse de voitures particulières ou de véhicules utilitaires, les voitures européennes ne sont aujourd’hui taxées qu’à  13%. Cette baisse, selon des responsables de la Smeia, importateur de BMW mais aussi de la japonaise Mazda, est répercutée sur le prix de vente final. Une manière d’être encore plus compétitif, somme toute !

«Lorsqu’on est positionné sur un marché, le différentiel dû au droit d’entrée met des produits en concurrence avec d’autres, alors qu’ils n’ont rien à  voir les uns avec les autres !», commente un professionnel du secteur. Certains importateurs n’hésitent pas à  parler carrément de protectionnisme.

Adil Bennani, pour sa part, met en exergue les avantages que les clients pourraient tirer d’un rééquilibrage des taux. «Si une voiture QQ de la marque Cherry payait un droit de douane de 10%, son prix passerait de 80 000 à  65 000 DH. Ce qui permettrait l’accès de toute une frange de la population à  l’automobile», fait-il remarquer. Il en va de même pour la Maruti Suzuki commercialisée 65 000 DH et qui serait 15% moins chère avec des droits de douane alignés sur ceux accordés aux pays de l’UE.

L’UE applique des droits de douane de 10%
Globalement, le Givet compte bien se faire entendre par le gouvernement pour se voire appliquer des droits de douane équivalents à  ceux pratiqués par les pays de l’Union européenne. Or, ces derniers taxent les automobiles à  hauteur de 10% seulement. Selon Mohammed Ezzahaoui, directeur de la facilitation et de l’informatique à  l’administration des douanes, cette dernière est en train d’étudier la question.

Les droits de douane devraient être ramenés à  20 voire 25% pour tous les produits non européens. «C’est une question de concessions, explique M. Ezzahaoui. Les Européens nous concèdent des avantages et nous leur ouvrons notre marché». En 2012, les véhicules importés de pays de l’Union européenne seront à  0% de droits de douane. C’est le résultat du démantèlement tarifaire découlant de l’accord de libre-échange signé avec l’UE.

Depuis janvier 2008, les droits de douane sont de 13%. Ils seront de 9,5% en 2009, de 6,5% l’année suivante, pour plafonner à  3,2% avant de devenir nuls en 2012.

L’OMC à  la rescousse ?
Du point de vue du droit international, le Givet dispose d’une arme non négligeable : la clause de la nation la plus favorisée. Cette dernière clause, présente dans les accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), stipule que tout avantage accordé à  une nation doit l’être aux autres sans discrimination.

Ces avantages peuvent donc être accordés à  d’autres pays non européens si ces derniers décident de saisir l’OMC. Si le scénario n’est pas encore d’actualité, il ne fait aucun doute que c’est là  un recours pour les pays d’origine des marques non européennes si rien n’est fait pour atténuer les écarts !

«Le Maroc a développé ses relations commerciales avec les pays asiatiques, il lui faut les sauvegarder», explique M. Bennani. Cependant, les membres du Givet ne réclament pas pour autant «l’équité absolue». Dans une démarche pragmatique, il entendent sensibiliser les acteurs à  un état de fait qui les défavorisera à  terme et risque de les éjecter du circuit par la logique de marché. D’autant plus que les véhicules de marques asiatiques représentent, en 2008, 43% de parts de marché sur le segment des véhicules importés montés (CBU).

Du côté des importateurs de véhicules européens, ces arguments sont loin d’être partagés. Selon une source proche du dossier, les importateurs asiatiques auraient profité ces dernières années de la baisse du dollar par rapport à  l’euro. Chose que certains membres du Givet ne contestent pas.

Un responsable de Hyundai ajoute toutefois que la tendance s’inversera certainement dès que l’économie américaine retrouvera son dynamisme et le billet vert avec. «De toutes les manières, le fossé sera trop important si la situation perdure et cela signifiera la disparition programmée dans le temps des marques non européennes», prévient-il. Mais, vu l’évolution du marché, il est certain qu’on n’ira pas jusque-là .

Compte tenu du pouvoir d’achat local, certains modèles asiatiques, pour ne parler que de ceux-là , bénéficient d’un marché que l’on peut qualifier de captif .

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