Les détails du méga-projet de dessalement de l’eau de mer d’Agadir
14 juillet 2017
Mehdi Jaouhari (51 articles)
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Les détails du méga-projet de dessalement de l’eau de mer d’Agadir

Située à 40 km au sud d’Agadir, la station de dessalement sera la plus grande dans le monde en matière de capacité mutualisée entre les besoins en eau d’irrigation et en eau potable. Mobilisant une enveloppe de 4 milliards de dirhams et nécessitant trois ans de travaux, elle utilisera la technologie d’osmose inverse et sera dotée d’une capacité de production globale de 400 000m3/j à terme.

Ghislaine Rammaoui Directrice investissement à CDG Capital Infrastructures

Prévus initialement comme deux projets distincts dans la région de Souss-massa, les projets de construction d’une unité de dessalement pour l’irrigation et d’une autre unité pour l’alimentation en eau potable ont été fusionnés en un seul méga-projet. Basé sur un PPP, ce dernier compte des partenaires marocains dont le ministère des finances, le ministère de l’agriculture, l’ONEE et la CDG ainsi qu’un consortium mené par la société Abengoa, auxquels s’ajoute BMCE Bank en tant que partenaire financier. Dans cet entretien, Ghislaine Rammaoui, directrice investissement à CDG Capital Infrastructures, lève le voile sur plusieurs détails du projet.

Le projet a été redimensionné. Comment justifiez-vous ce changement et quelle est sa portée en comparaison avec la version initiale ?

L’ONEE avait envisagé de réaliser une unité de dessalement d’eau de mer pour couvrir les besoins en eau potable de la région du Grand Agadir jusqu’à l’horizon 2030. Le ministère de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts souhaitait, de son côté, réaliser un projet de dessalement d’eau de mer et d’irrigation dans la perspective d’accompagner le développement agricole de la plaine de Chtouka et de rationaliser et diversifier les sources d’approvisionnement en eau destinées à l’irrigation. Il est alors apparu que le regroupement des projets d’eau potable et d’irrigation au sein d’une même unité de dessalement d’eau de mer aurait des conséquences positives. Le ministère et l’ONEE ont alors convenu d’œuvrer pour la réalisation d’une unité de dessalement mutualisée, en vue de répondre aux besoins d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation de la région et tenant compte de l’accroissement des besoins en eau dans cette région à très fort potentiel humain, agricole et touristique.

Pouvez-vous nous donner plus de détails sur le projet, notamment le schéma d’exploitation, la technologie et le montage financier ?

Eu égard à l’importance de l’investissement, le projet de production d’eau par dessalement d’eau de mer sera réalisé selon la formule de partenariat dite «Public-Privé». Dans ce type de partenariats, une entreprise privée ou un groupement d’entreprises privées prend en charge la conception d’un actif, son financement, sa construction, son exploitation et sa maintenance à long terme. En contrepartie, le client (entité publique) s’engage, pendant la durée du contrat, à rémunérer le service qui lui est rendu à un tarif qui permet de couvrir notamment le fonctionnement de l’actif ainsi que l’amortissement de l’investissement. Ainsi, outre le fait que l’investissement initial, souvent important, est pris en charge par l’entité privée, une véritable relation de partenariat gagnant-gagnant est mise en place entre la partie publique et la partie privée dans la mesure où cette dernière est intéressée au bon fonctionnement et à la performance de l’actif dans la durée. Dans le cas de ce projet, la société d’eau dessalée d’Agadir (détenue par le Fonds InfraMaroc et la société Abengoa Water à hauteur respectivement de 49% et 51% du capital) est chargée par l’ONEE de la conception, du financement, de la construction, de l’exploitation et de la maintenance de la composante eau potable de la station de dessalement. Cette station de dessalement sera la plus grande dans le monde en matière de capacité mutualisée entre les besoins en eau d’irrigation et en eau potable. Elle sera située à environ 40 km au sud d’Agadir, dans la commune rurale d’Inechaden et utilisera la technologie d’osmose inverse. L’installation sera conçue et développée pour une capacité de production de 400 000m3/j à terme. Dans un premier temps, elle sera équipée d’une capacité installée de 150 000m3/j pour l’eau potable alimentant la région de Souss Massa et de 125 000m3/j pour l’irrigation de près de 15 000 ha de la plaine de Chtouka. Après une période de développement et de construction d’environ 3 ans, l’usine devrait être opérationnelle dès 2020.

Le montant d’investissement du projet est estimé à 4 milliards de dirhams dont plus de 2 milliards pour la composante eau potable. A noter que 1,5 milliard de dirhams seront apportés par les prêteurs et 500 millions par les actionnaires de la société de projet.

Quel sera votre apport et les domaines de votre intervention ?

En tant qu’investisseur financier, le Fonds InfraMaroc contribue au financement en fonds propres et en quasi-fonds propres de projets d’infrastructures urbaines, énergétiques et de transport au Maroc. Néanmoins, au-delà de l’apport de fonds, InfraMaroc a pour objectif de s’associer avec des opérateurs de renom dans une perspective de partenariat actif et durable. Ainsi, InfraMaroc avait démarré les discussions avec le groupe espagnol Abengoa, l’un des leaders mondiaux du dessalement d’eau de mer par osmose inverse, dès 2011. Les deux partenaires ont ensuite travaillé ensemble pour le développement du projet.

La contribution d’InfraMaroc auprès de ses partenaires s’appuie sur une connaissance approfondie de l’environnement marocain, du fait de son positionnement comme acteur de l’investissement en infrastructures au Maroc. Une fois l’investissement réalisé, InfraMaroc continue à jouer son rôle d’investisseur financier «actif» en participant à la gestion du projet et des actifs sous-jacents et en les accompagnant dans leur développement.

Comment comptez-vous capitaliser sur ce projet pour partir à la conquête d’autres marchés ?

InfraMaroc, à travers sa société de gestion CDG Capital Infrastructures, s’appuie sur une équipe de gestion dédiée à l’analyse et à la structuration des opportunités d’investissement en infrastructures au Maroc, expérimentée et complémentaire. A travers ce projet, InfraMaroc et CDG Capital Infrastructures ont démontré leurs capacités à prendre part à des projets de grande envergure, innovants et structurants pour l’économie marocaine. L’approche à long terme d’InfraMaroc et le positionnement en partenaire financier actif de l’investissement responsable représente un positionnement de choix pour les partenaires publics et industriels. Sur cette base, le fonds poursuivra son objectif d’investissement, à savoir la construction d’un portefeuille diversifié d’investissements dans des actifs d’infrastructure, de façon à délivrer une rentabilité pour ses investisseurs tout en renforçant le développement durable. InfraMaroc cible des investissements dans les infrastructures énergétiques (production d’électricité d’origine éolienne et solaire, stockage et transport d’hydrocarbures…), urbaines (fourniture et dessalement d’eau, collecte et traitement des eaux usées et déchets…) et de transport (transport public, ports, aéroports…), soit trois secteurs clés avec un important potentiel de développement au Maroc.

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