Les autorités de Casablanca ouvrent une enquête sur Uber Maroc
28 décembre 2015
Younes Tantaoui (435 articles)
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Les autorités de Casablanca ouvrent une enquête sur Uber Maroc

La wilaya de Casablanca a saisi le procureur général de Casablanca pour avis. Uber se limite à une activité d’intermédiation, celle des transporteurs qui travaillent avec l’application est sujette à caution.

L’étau semble se resserrer autour de Uber Maroc. Il y a quelques jours, un nouveau sit-in a été organisé par des chauffeurs de taxis devant le siège de la wilaya de Casablanca pour exiger l’arrêt immédiat des activités de cette société. De leur côté, les autorités commencent sérieusement à bouger. Une enquête sur les transporteurs touristiques s’appuyant sur l’application Uber vient même d’être lancée par le ministère de l’intérieur et celui en charge du transport.

Face aux accusations, Uber, qui suscite la polémique partout où elle s’incruste (violentes manifestations et série de procès en France), faisait valoir son rôle de simple intermédiaire entre ces transporteurs et les clients. Cet argument censé justifier la légalité de son activité semble embarrasser les autorités. Pour preuve, bien qu’elle se soit déjà prononcée contre la société l’été dernier à travers un communiqué, la wilaya de Casablanca n’a jusque-là jamais pu prononcer une quelconque interdiction en s’abritant derrière le formalisme juridique. Auprès de cette institution, on annonce «qu’aucune demande d’autorisation» n’a été formulée par la société. La même source ajoute que «le contrôle est du ressort des services de police et non de la wilaya». Comme d’autres connaisseurs du secteur des transports, elle fait le parallèle avec l’activité des «khattafa» (taxis informels) qui sont effectivement contrôlés par les services de la Sûreté nationale et non de la wilaya.

La société continue de fonctionner normalement

Dans le cas d’Uber, le problème semble être bien plus complexe et l’intervention des services de police nécessite des éclaircissements préalables. Faut-il réellement interdire Uber, sachant qu’elle n’exerce pas une activité de taxi et n’a donc pas besoin d’autorisation ? Ou bien faut-il sévir contre les transporteurs touristiques qui passent par l’application pour recruter des clients, sachant qu’ils ne les prennent pas dans la rue comme le font généralement les taxis ? Ces questions taraudent aujourd’hui les esprits au sein de la wilaya. Selon des sources bien informées, celle-ci a même saisi le procureur général de Casablanca pour avis.

En attendant, l’objectif des pouvoirs publics dans le cadre de l’enquête ouverte est d’abord d’identifier et de lister les transporteurs touristiques qui opèrent avec Uber. «Il est clair que la loi réserve le transport à l’intérieur des villes aux taxis et autres modes de transport urbain. Le transport touristique n’en est pas un», reconnaît Rachid Bouaamara, président de l’Association régionale des transporteurs touristiques de Casablanca. D’ailleurs, il s’interroge même sur ces «soi-disant transporteurs touristiques» qui offrent des prestations de transport entre la ville et l’aéroport Mohammed V au même tarif qu’un grand taxi. Selon lui, la prestation est généralement facturée à 250 DH, dont 20% reviennent d’office à Uber. Entre le coût du gasoil et le péage de l’autoroute, c’est à peine s’il reste 140 DH à 150 DH. «Est-ce suffisant pour couvrir le salaire du chauffeur, l’assurance, le coût du véhicule et les autres charges que peut supporter un transporteur touristique structuré ?», s’interroge M. Bouaamara.

Selon Meryem Belqziz, general manager de Uber Maroc, l’entreprise n’a été notifiée d’aucune requête, ni de la part de la wilaya ni du procureur. Une seule «réunion» avait eu lieu il y a plusieurs mois avec les services de la wilaya pour leur expliquer en quoi consiste concrètement son activité. A la question de savoir si tout ce remue-ménage va impacter Uber, notamment dans son projet d’expansion dans d’autres villes du Royaume, Mme Belqziz indique que l’entreprise continue à fonctionner normalement tant qu’elle n’est pas notifiée d’une décision formelle d’interdiction. «Quand cela sera le cas, nous déciderons des mesures à prendre».

L’histoire d’Uber rappelle celle des opérateurs touristiques qui, après avoir dû faire face à la concurrence des sites de deals, sont aujourd’hui confrontés à la concurrence d’applications telles que Airbnb. Au-delà de savoir qui a raison ou qui a tort dans ces histoires, il faut surtout souligner que si ces applications font autant de bruit, c’est qu’elles marchent. Il serait donc temps pour les opérateurs traditionnels de s’y mettre. L’association des transporteurs touristiques le reconnaît d’ailleurs, tout en précisant néanmoins que «cela doit se faire dans un cadre réglementaire et qu’il y ait des investissements et une création de valeur ajoutée». Ce qui semble déranger aujourd’hui dans les domaines touchés par cette «invasion» d’applications, c’est qu’elles émanent souvent de tiers à la profession qui n’investissent pas autant que les opérateurs classiques mais qui génèrent des bénéfices importants.

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