Les augmentations des tarifs de l’eau gelées pour la deuxième année consécutive
12 janvier 2017
Imane Trari (350 articles)
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Les augmentations des tarifs de l’eau gelées pour la deuxième année consécutive

L’Exécutif a voulu dissocier les augmentations des tarifs de l’eau de ceux de l’électricité pour amortir l’impact de la hausse des factures. Les hausses pourraient être programmées à partir de 2018. Le maintien des tarifs actuels mettra en péril la pérennité financière de l’ONEE et perturbera son plan d’investissement.

Le gouvernement bloque pour la deuxième année consécutive les augmentations du tarif de distribution d’eau prévues dans le cadre du contrat programme Etat-ONEE. Par conséquent, «les tarifs des années 2015 et 2016 appliqués à l’eau potable restent inchangés, conformément à l’arrêté ministériel n° 3651.16 du 23 décembre 2016». Le gel de cette augmentation de 6% qui devait être appliquée à partir du 1er janvier a pour objectif d’éviter les tensions sociales que pourrait provoquer un tel réajustement. En revanche, les révisions tarifaires programmées pour les services d’électricité et d’assainissement sont maintenues. Pour le segment des clients particuliers, la hausse prévue est respectivement de 3% et 0,10 DH/m3. Ainsi à partir de ce mois de janvier, les factures des clients seront majorées d’une augmentation moyenne de 4% sur tout le Maroc.

Si Lydec a déjà publié la nouvelle tarification appliquée à Casablanca et Mohammédia, Veolia, société de gestion déléguée opérant dans les villes de Rabat, Tanger et Tétouan, est, selon une source proche de l’entreprise, toujours en négociation avec l’autorité délégante pour fixer la grille tarifaire pour l’année 2017. Car «les sociétés de gestion déléguée, en concertation avec les autorités délégantes, pourraient se contenter de répercuter les augmentations prévues dans le cadre du contrat programme ou prévoir, en plus de l’augmentation fixée, une marge supplémentaire due à une hausse plus importante du prix du gros (ndlr, prix de vente aux distributeurs) que celles prévues pour les usagers particuliers», explique une source proche du dossier. Et d’ajouter : «C’est en effet ce qui explique la différence entre les tarifications appliquées par les différents opérateurs du secteur dans le territoire national». Rappelons que les prix de l’eau, de l’assainissement et de l’électricité sont réglementés et fixés, dans les villes ayant opté pour la gestion déléguée, par le Comité de suivi de la gestion déléguée, qui est composé de l’autorité délégante (pour chaque ville concernée), du ministère de l’intérieur et de la société de gestion.

L’Etat verse sa contribution avec parcimonie

Certes, la décision prise par le gouvernement va éviter de nouvelles tensions sociales autour de ce dossier grand public, mais elle risque de brouiller l’avenir de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). Et pour cause, le projet de redressement de l’office (contrat programme) couvrant la période 2014-2017 contient une série d’actions et de mesures nécessaires pour la remise en forme de l’office, dont la situation financière est des plus critiques.

Le contrat programme est décliné en trois axes : les mesures internes de l’ONEE, les mesures d’accompagnement de l’Etat et la restructuration tarifaire. Ce dernier volet lui permettra de retrouver son équilibre financier, mais surtout de réaliser les investissements nécessaires pour le développement du réseau. Dans ce sens, il est important de souligner que l’office avait lancé, dans le cadre de ce contrat programme, plusieurs projets. Il avait prévu de réaliser, sur la période 2014-2017, un ambitieux programme d’investissement de plus de 20 milliards de DH dont 5,5 milliards en 2016 et 4,6 milliards en 2015. Valeur aujourd’hui et selon les résultats du 1er bilan du CP à fin 2015, les efforts fournis par l’office pour honorer ses engagements ont été confrontés à de nombreux obstacles.

Selon le comité de suivi, ces problèmes ne peuvent être résolus que par une forte implication de l’Etat, notamment par l’accélération du déblocage de ses contributions financières. En effet, l’Etat n’a versé à fin 2015 que 33% des subventions programmées dans le CP, soit à peine 1,7 milliard de DH sur les 5,22 milliards prévus. Toutefois, il a déjà versé 1,5 milliard pour la recapitalisation de l’office sur les 2 milliards programmés. L’Exécutif doit aussi procéder à l’augmentation de la TVA sur l’eau potable à 10%, puis à 14%. Il faut dire que c’est le seul moyen à même de rééquilibrer la situation financière de l’office qui affiche, à fin 2015, un déficit net de 1,5 milliard de DH et une trésorerie négative de 7,3 milliards. «Actuellement, le blocage des augmentations des tarifs de l’eau prévues pour les années 2016 et 2017 pourrait compliquer davantage la situation financière de l’office», explique une source non autorisée au sein de l’ONEE. Notre source confirme également que des promesses de reprogrammation des réajustements tarifaires de l’eau seront engagées pour les années 2018 et 2019. En d’autres termes, «l’Exécutif a voulu dissocier les augmentations des tarifs de l’eau de ceux de l’électricité pour amortir l’impact de la hausse des factures», développe notre source, qui confirme toutefois que la décision finale sera tranchée par le prochain gouvernement. Contacté par La Vie éco, Mohamed El Ouafa, ministre des affaires générales et de la gouvernance, a refusé de commenter cette question. Affaire à suivre.

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