L’économie circulaire fait des émules chez les gros industriels
13 décembre 2017
Mehdi Jaouhari (177 articles)
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L’économie circulaire fait des émules chez les gros industriels

Plusieurs projets énergétiques et environnementaux ont été concrétisés ces dernières années. Ils sont en phase avec le développement durable et permettent de lustrer l’image de l’entreprise. LafargeHolcim Maroc, Renault Tanger et Cosumar sont parmi les grands groupes qui montrent la voie.

Plusieurs projets inspirés de l’économie circulaire ont vu le jour au Maroc. Dotés de stratégies RSE bien ficelées, les groupes industriels mettent les bouchées doubles pour s’inscrire dans ce nouveau paradigme économique. Investir dans les procédés en phase avec le développement durable revient, d’une part, à miser sur l’image de l’entreprise, et, d’autre part -et c’est le point le plus important- , à optimiser la gestion des ressources. La Vie éco a ciblé trois groupes opérant dans des différentes industries, LafargeHolcim Maroc, Renault Tanger et Cosumar. Parc éolien, chaudières biomasse et valorisation des déchets…, le recours aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique et à la valorisation des déchets chez ces mastodontes s’avère concluant.

Zéro rejet et zéro émission à l’usine de Renault

L’usine tangéroise de Renault, pensée pour être un modèle mondial, a été conçue selon deux principes pour le moins inédits au Maroc. Le premier, la conception zéro Co2, est fondé sur deux piliers : le recours à la biomasse pour couvrir 90% des besoins en énergie et l’efficacité énergétique pour économiser 45% d’énergie au sein du département peinture. D’une puissance totale de 18 MW, la chaufferie biomasse de l’usine est composée de trois chaudières. Elle porte l’eau des différents circuits du site à des niveaux de température appropriés. Elle fournit l’eau surchauffée sous haute pression qui fait fonctionner les étuves de peinture, de même que l’eau chaude nécessaire pour les bains et les conditionneurs de cabines de peinture et pour la ventilation de l’air des bâtiments. Selon le groupe français, 60% du biocombustible utilisé dans la chaufferie est issu du grignon d’olives, un déchet agricole disponible en abondance. Le reste provient du bois local broyé issu des palettes utilisées pour les besoins de l’usine elle-même. Tout aussi important, 600 tonnes de cendres issues de la combustion sont valorisées comme biofertilisants par un partenaire.

Pour ce qui est du deuxième pilier, le recours à l’efficacité énergétique via l’installation de roues thermiques en cabine de peinture et des échangeurs thermiques au niveau des incinérateurs permet de consommer 45% d’énergie en moins que la moyenne des usines de carrosserie-montage de Renault dans le monde.

De l’éolien chez LafargeHolcim

Le second principe est celui de zéro effluent industriel. Il permet de recycler à 100% les eaux usées industrielles et une économie conséquente d’eau industrielle. En effet, l’usine est dotée d’une station d’épuration en boucle fermée qui purifie quotidiennement 900 m3 et recourt systématiquement au recyclage des effluents à l’aide de procédés optimisés.

Ayant pris en compte le concept de développement durable dès 1977 et décroché le label RSE au Maroc dès 2007, LafargeHolcim Maroc a inauguré son propre parc éolien de Tétouan de 10 MW en 2005. Deux extensions ont porté sa capacité à 32 MW, soit 70% des besoins. De plus, des contrats de fourniture d’énergie éolienne avec Nareva Holding signés en 2011 et 2014 permettent l’approvisionnement des usines de Bouskoura et de Meknès. Durant les mois les plus ventés, ces trois usines peuvent être alimentées à 100% par de l’énergie éolienne. En moyenne 85% de leurs besoins annuels en électricité sont couverts par cette énergie.

Faisant partie des sept piliers de l’économie circulaire, l’écologie industrielle est considérée chez LafarageHolcim comme une activité à part entière. En effet, une direction dédiée a pour mission l’identification et la mise en œuvre des projets de valorisation des déchets utilisés comme combustibles ou matières premières de substitution. Déchets textiles, caoutchouc et bois issus de l’industrie… sont valorisés par des installations dimensionnées pour traiter 20 000 tonnes. Selon le groupe, 15% des investissements concernent la préservation de l’environnement. Mieux, la vision 2020 dédiée au développement durable vise la réduction de 33% des émissions de Co2 par tonne de ciment par rapport à 1990 à l’échelle mondiale.

Cosumar valorise les déchets de la canne à sucre

Vu les spécificités de son industrie, l’énergie renouvelable utilisée par le groupe sucrier est la biomasse. «Dans le cadre de son programme de développement et de mise à niveau industrielle, Cosumar a réalisé un programme d’investissement de plus de 7,5 milliards DH. Des investissements conséquents ont été déployés sur l’ensemble des unités de production pour l’économie d’énergie thermique et électrique ainsi que pour la reconversion de certaines installations pour l’utilisation de la biomasse en substitution de l’énergie fossile», explique Samira Abaragh, la directrice communication.
Concrètement, ce groupe fait de la bagasse (résidu fibreux de la canne à sucre) un biocombustible pour faire fonctionner une chaufferie. «Ce projet reconnu par les Nations Unies comme étant un Projet de développement propre (MDP) permet une économie récurrente de plus de 30 000 tonnes de CO2 par an», se félicite notre source.

Cosumar a également installé une chaufferie biomasse alimentée par le grignon d’olives dans son usine de Zaio dans l’Oriental, dont 50% des besoins sont satisfaits par cette énergie (voir page 35). D’après Mme Abaragh, le groupe mène actuellement des études techniques sur l’énergie solaire. L’objectif est de couvrir les besoins en période d’inter campagne pour le fonctionnement des lignes de conditionnement de sucre et installations annexe.

«Dans le même registre, il y a lieu de souligner les retombées bénéfiques de la reconversion d’une partie de plus en plus grandissante de pulpes séchées utilisées comme aliment de bétail en pulpes ensilées. L’offre de la pulpe de betterave sous forme ensilée a des bénéfices aussi bien sur l’aspect nutritionnel du cheptel que pour la préservation de la planète. En effet, la pulpe ensilée évite le recours au séchage par consommation d’énergie fossile avec émission de CO2 et de poussières ; ainsi près de 100 000 t de pulpes produites à Cosumar évitent la combustion de plus de 3 500 t de fioul lourd chaque année», conclut notre source.

A ce jour, le groupe se félicite d’une réduction sensible de la consommation d’énergie d’environ 25% et de la réduction de l’empreinte carbone de la filière sucrière de plus de 44% sur la dernière décennie.

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