Le Dirham est quasi stable depuis l’entame du processus de flexibilisation des changes
16 avril 2018
Ibtissam Benchanna (757 articles)
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Le Dirham est quasi stable depuis l’entame du processus de flexibilisation des changes

Depuis le 15 Janvier, Bank Al-Maghrib n’est pas intervenu durant plus de la moitié des séances. Une flexibilisation plus prononcée du taux de change permettrait de limiter la pression sur les réserves de change, selon BMCE Capital research.

La décision de rendre la monnaie nationale flexible dans une fourchette de 2,5% à la hausse comme à la baisse, contre 0,3%, a fait jazzer plus d’un. Trois mois plus tard, aucun impact négatif n’est constaté, que ce soit sur la valeur du Dirham ou sur les réserves de change. Dans sa dernière note «Flexibilité du dirham : bilan de lancement», Attijari Global research avance que l’évolution de l’euro/dollar avec celle de l’euro/dirham reflète une corrélation significative des deux parités. Depuis la flexibilisation du Dirham, la parité de la monnaie nationale face à l’Euro suit parfaitement la tendance de l’Euro, avec une moindre volatilité, conformément au poids important de l’Euro (60%) comparativement au Dollar (40%). En clair, l’Euro s’est apprécié de 1,3% face au Dollar et de 0,6% face au MAD. Globalement, le niveau de corrélation des deux parités EUR/USD et EUR/MAD est de 0,986. Suivant cette même logique, la corrélation entre EUR/USD et USD/MAD est parfaitement négative à – 0,993.

De même, les adjudications n’ont pas affiché d’évolutions notables. Depuis le 15 janvier, Bank Al-Maghrib n’est pas intervenu durant plus de la moitié des séances (53%). Sa moyenne quotidienne d’intervention est de 5,6 millions de dollars, ce qui représente, selon nos estimations, près de 27,3% des échanges interbancaires sur le marché domestique.

Sur le plan économique, BMCE Capital Research rapporte dans sa note «Impact de la flexibilisation du Dirham sur l’économie marocaine», que selon Abdellatif Jouahri, gouverneur de BAM, l’impact sur le taux de croissance serait de 0,2 pt et de 0,4 pt sur l’inflation en 2018, et ce, dans l’hypothèse d’une dépréciation maximale de 2,5%. Ce qui contiendrait l’inflation à 1,9% la même année. Pour certains produits, comme le gasoil, le tarif pourrait connaître une légère hausse de 0,15 DH par litre.

Un défi, l’augmentation des taux d’intégration locale pour capter plus de valeur ajoutée

Cependant, à des étapes plus avancées, une flexibilisation plus marquée du taux de change pourrait avoir plusieurs impacts sur l’économie marocaine. «Il est difficile d’avoir une certitude sur l’implication d’une plus grande flexibilité de change sur la valeur du Dirham. Néanmoins, une dépréciation serait plus envisageable», affirment les rédacteurs de la note de BMCE Capital Research.

Pour rappel, la réforme a pour but d’améliorer la compétitivité de l’économie marocaine et donc la dépréciation reste un outil fondamental à la poursuite de cet objectif. De plus, une flexibilisation plus prononcée du taux de change permettrait de limiter la pression sur les réserves de change car celles-ci ne seront plus utilisées pour maintenir un régime de fixité. Elles pourraient ainsi être utilisées dans l’éventualité de crises de liquidités, dans le cas où l’endettement à court terme devait dépasser les réserves de change.

Selon BMCE Capital research, la dépréciation du Dirham augmenterait la compétitivité-prix des exportations à travers la baisse du prix des produits exportés. Ce qui induirait une hausse des exportations marocaines et une meilleure intégration au sein de l’économie mondiale. Néanmoins, la dépréciation serait également accompagnée d’une hausse du prix des produits importés. Plusieurs effets sont escomptés dans ce cas, à savoir une redirection de la consommation interne vers le marché local pour des produits substituables, d’où une baisse du volume des importations ; ou, à défaut, un alourdissement de la facture, notamment pour les importateurs des produits énergétiques. Du coup, l’économie marocaine ferait face à une inflation importée menant à un affaiblissement du pouvoir d’achat et de la consommation des ménages. Et cela sans oublier la hausse du coût de production de certaines entreprises, qui, par là, induirait une baisse des exportations.

La diversification des exportations -phosphates, agroalimentaire, textiles et surtout automobiles, aéronautique et services offshoring- devrait donc permettre au pays de réussir la transformation de l’économie. Reste un défi à relever, celui d’augmenter les taux d’intégration locale par activité afin de capter encore plus de valeur ajoutée et réduire les importations correspondantes.

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