20 juillet 2007
Salah Agueniou (1268 articles)
0 Commentaire
Partager

Le débat sur l’avenir énergétique du Maroc bat son plein

Le ministère de l’énergie et des mines table sur le lancement de gros projets et sur l’économie d’énergie.
L’association des centraliens préconise de libéraliser dès 2013 la production et la distribution d’électricité.
Consensus sur le recours au gaz naturel et à l’énergie nucléraire.

L’énergie – électrique tout particulièrement – occupe une grande place dans l’actualité ces jours-ci. Et pour cause, l’explosion de l’immobilier, l’achèvement du Programme d’électrification rurale généralisée (PERG) à la fin de l’année et, plus généralement, l’ouverture de nombreux chantiers d’infrastructures exercent une pression forte sur l’offre. La progression de la demande nationale est en effet de l’ordre de 9% – elle atteint 15% à Marrakech.

Assurer l’approvisionnement énergétique du pays dans des conditions satisfaisantes nécessite des investissements lourds, d’autant plus lourds que le Maroc dépend de l’extérieur pour plus de 95% de ses besoins en énergie primaire. C’est autour de cette problématique que se sont articulées pratiquement toutes les actions qui ont eu lieu ces dernières semaines.

Certaines de ces actions ont mis l’accent sur la nécessaire gestion de la demande, afin de soulager et le consommateur et le producteur. C’est le cas de la caravane dédiée à la maîtrise de l’énergie en milieu professionnel qui, entre le 19 mars et le 20 juin, a sillonné les principales villes du pays. Parrainé par l’ONE, le ministère de l’énergie et des mines, le ministère de l’intérieur et des opérateurs publics et privés, ce «road show», mené par le cabinet Citech-ingénierie et destiné aux professionnels, s’est prolongé depuis le 16 juillet par le lancement d’une campagne de sensibilisation à l’économie d’énergie destinée cette fois aux clients domestiques. L’ONE souhaite à travers cette campagne, qui va durer quinze jours, écrêter sa courbe de charge en encourageant les ménages à réduire leur consommation entre 19 h et 23 h (soit la période de pointe en été).

9 milliards de DH pour un terminal gazier
Les autres actions, en revanche, ont porté sur des réflexions sur le long terme afin d’offrir aux décideurs des choix en matière de politique énergétique. Les dernières dans le genre sont celles du ministère de l’énergie et des mines (MEM) et de l’Association des centraliens marocains, livrées le même jour, jeudi 12 juillet.

Du côté du ministère, d’abord, deux hypothèses de travail sont posées : la première table sur une population de 40 millions d’habitants et un taux d’urbanisation de 65% en 2030 ; la deuxième est un jeu de scénarios de croissance économique, l’un dit «haut» (5 % en moyenne) et l’autre «bas» (4% en moyenne). Sur cette base, la consommation de l’énergie primaire serait de 52 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) et la demande d’électricité finale de 66 000 Gwh, selon le scénario haut (41 millions de TEP et 54 000 Gwh, selon le scénario bas).

Comment satisfaire cette demande ? Mohamed Boutaleb, lors de sa conférence de presse du jeudi 12 juillet, a décliné toute une panoplie de projets, plus ou moins connus pour la plupart, dont la réalisation devrait permettre de répondre, en partie, à la demande prévue. L’autre partie doit être satisfaite grâce, en particulier, aux économies d’énergie dont le potentiel est évalué à environ 20% à l’horizon 2030, et aux résultats, probables, de la recherche et de l’exploration pétrolière engagées et à venir.

47 milliards de DH pour un plan d’équipement électrique entre 2007 et 2012
Le premier de ces projets concerne la construction d’un terminal gazier (à Jorf Lasfar ou à Tanger-Med, le choix n’est pas encore arrêté) d’une capacité initiale de 5 milliards de m3 pour un investissement de 9 milliards de DH. Le délai de réalisation, selon le MEM, est de 5 à 6 ans. Autrement dit, le terminal devrait être opérationnel vers 2013. Entre cette date et 2020, la capacité de ce terminal sera doublée pour atteindre 10 milliards de m3, soit le besoin estimé de tous les opérateurs industriels en gaz naturel. Le code gazier, encore en projet, viendra, une fois adopté, fixer les règles de fonctionnement du marché gazier.

L’autre grand projet qui devrait voir le jour autour de 2015-2016 est relatif à la construction d’une nouvelle raffinerie, d’une capacité de 10 millions de tonnes par an, pour un coût estimé à 3 milliards de dollars. Cette raffinerie, qui sera localisée à Jorf Lasfar, permettra non seulement de renforcer l’offre en produits pétroliers, mais aussi d’exporter le surplus. Selon le ministre de l’énergie et des mines, des négociations sont en cours avec plusieurs compagnies pétrolières (espagnoles, émiraties, koweitiennes…) pour la réalisation de cette raffinerie. A cela, il faut bien sûr ajouter le plan d’équipement électrique programmé pour la période 2007-2012, totalisant une puissance additionnelle de 3 800 MW pour un investissement de plus de 47 milliards de dirhams (voir encadré).

Pour leur part, les centraliens, ce même 12 juillet, à Casablanca, ont livré le produit de leur réflexion sur la manière de transformer en opportunités les contraintes qui pèsent actuellement sur le secteur énergétique. Plusieurs idées ont été avancées. Sur le volet électricité, l’Association des centraliens suggère que le secteur soit libéralisé, au moins sur les parties production et distribution ; le transport restant «le monopole naturel» de l’opérateur historique, l’ONE. La mise en place d’une autorité de régulation est évidemment nécessaire pour le bon fonctionnement du marché libre et l’accès au réseau de transport (un peu à l’image de l’agence de réglementation dans les télécommunications).

Le projet de texte sur la libéralisation au SGG
Il faut dire que l’idée n’est pas nouvelle puisque le projet de libéralisation est à l’étude depuis 2001 déjà. Le ministre de l’énergie et des mines l’a d’ailleurs évoqué lors de sa conférence du jeudi 12 juillet ; il a même donné des détails sur ledit projet, comme la filialisation des activités de l’ONE et la création d’une agence de régulation. Le document, actuellement au Secrétariat général du gouvernement, sera soumis prochainement à l’approbation du conseil de gouvernement. Mais si les centraliens fixent comme horizon de cette réforme l’année 2013, l’ONE, lui, estime qu’il est prématuré de se lancer dans un tel chantier. Pour l’office, en effet, il existe des pré-requis indispensables à la réussite de la réforme : d’une part, le renforcement de la capacité de production et de réseau, et, d’autre part, la contractualisation des échanges entre partenaires.

L’autre point que les centraliens ont abordé a trait aux combustibles à utiliser dans la production. Clairement, leur choix est allé au gaz naturel ; et ceci pour des raisons à la fois de préservation de l’environnement et de compétitivité des installations. Mais il ne s’agit pas d’un choix exclusif, puisque, parmi les sources d’énergie qu’ils proposent, le nucléaire trouve toute sa place, moyennant certaines conditions à réunir.

Focus
Les projets lancés ou en cours de lancement

Pour faire face à une demande en croissance continue, un plan d’équipement électrique est programmé sur la période 2007-2015.

Les projets engagés pour satisfaire la demande sur la période 2007-2011 portent sur :

– Le redimensionnement de la centrale thermo-solaire de Aïn Beni Mathar en portant sa capacité de 230 MW à 472 MW. Coût total du projet : 450 millions d’euros. Date de mise en service : avril 2009.
– Le développement d’un parc de 400 MW en moyens de production de pointe afin d’atténuer les risques de pénurie en électricité, notamment pendant la période 2009-2011, et de réduire le taux de dépendance vis-à-vis des importations. Ce parc comprend un projet à Tan Tan de 100 MW en groupes diesel (pour 75 millions d’euros), et des projets de turbines à gaz à Mohammédia de 3×100 MW (135 millions d’euros). Ces projets devraient être mis en service au premier trimestre de 2009.
– Le parc éolien de Tarfaya (300 MW) pour fin 2010.
– Le parc éolien de Tanger de 140 MW (mise en service en avril 2009).
– Le complexe hydroélectrique de Tanafnit-El Borj de 40 MW (mise en exploitation en juin 2008).

Concernant la période qui va de 2012 à 2015, les projets approuvés lors du conseil interministériel de juillet 2006 sont les suivants : construction d’une centrale à charbon et d’un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL), extension de la centrale de Jorf Lasfar par la construction des unités V et VI, construction d’une centrale hydroélectrique à Tillougguit et de la station Abdelmoumen de transfert d’énergie par pompage, à Agadir, d’une puissance de 420 MW pour 200 millions d’euros.

Commentaires

0 Commentaire Soyez le premier à donner votre avis

Commentez cet article

Your data will be safe! Your e-mail address will not be published. Also other data will not be shared with third person. Required fields marked as *