9 janvier 2009
Salah Agueniou (1228 articles)
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La hausse du prix de l’électricité industrielle suspendue

L’ONE lance des investissements de 6 milliards de DH pour renforcer la production.
En 2007, 15,1 % des besoins en électricité ont été satisfaits par les importations, et beaucoup plus en 2008.
L’efficacité énergétique pour maîtriser la consommation. Objectif : réduire la consommation de 15% d’ici 2020.

La hausse du tarif de l’électricité industrielle, qui devait entrer en vigueur début janvier 2009, n’a pas encore été appliquée. Aura-t-elle finalement lieu ? Certainement, mais personne ne sait quand. Pour une fois, ce ne sont pas les industriels eux-mêmes qui ont refusé un tel ajustement du tarif de l’électricité. Des sources concordantes expliquent que le renvoi sine die de cette mesure est plutôt à mettre sur le compte de considérations d’ordre politique ou partisan. «La hausse aurait dû avoir lieu l’été dernier, elle était d’ailleurs programmée pour le mois de juillet. La mesure serait passée comme une lettre à la poste car le baril de pétrole à ce moment-là avait atteint un pic historique de 147,5 dollars. Maintenant, avec la dégringolade du prix du pétrole, beaucoup ne comprendraient pas, à tort d’ailleurs, que l’on réajuste les prix à la hausse», analyse un connaisseur du dossier.
Selon plusieurs sources ministérielles, la source du blocage ne se trouve pas au sein du gouvernement mais plutôt des partis de la majorité qui, craignant l’impact de l’annonce à l’approche des communales, ont fait pression sur l’exécutif.
Ce report de mesure n’est pas pour arranger les affaires de l’Office national de l’électricité (ONE). Sa situation financière est des plus mauvaises, alors qu’il est appelé à renforcer son parc de production et son réseau de transport, afin de satisfaire les énormes besoins du pays en énergie électrique. Plus clairement, il n’y pas d’alternative à l’augmentation du tarif pour les industriels, sauf si l’Etat décide de renflouer lui-même les caisses de l’ONE. Ce qu’il ne fait pas pour l’instant, alors qu’il y a urgence : l’office est asphyxié et la solution passe soit par une hausse des tarifs, ou plutôt un rattrapage de ses coûts de production, soit par une intervention financière des pouvoirs publics.
En attendant, des investissements doivent être lancés parce que la demande croît à un rythme élevé (8 % en moyenne). Ainsi, par exemple, la Commission interministérielle des investissements a examiné et avalisé, en début de semaine, des projets d’investissement dans le domaine de l’électricité qui lui ont été présentés pour bénéficier en particulier des exonérations de droits de douane sur l’importation des matériels nécessaires à la réalisation de ces projets.
Le coût global de ces projets, devant être mené par l’office, est d’environ 6 milliards de DH. Ils concernent la construction de la station de turbinage et de pompage (STEP) de Abdelmoumen, d’une capacité de 400 MW, pour un montant de 2,5 milliards de DH ; la réalisation de turbines à gaz à Kénitra pour 2,5 milliards (300 MW) ; l’installation d’un groupe diesel à Agadir (80 MW) pour 600 millions, et la réhabilitation d’un centre de télégestion de centrales hydroélectriques pour 339 millions de DH. Tous ces projets devraient être réalisés avant 2012 ; certains pourraient même l’être en 2009, comme le groupe diesel à Agadir. L’urgence est en fait dictée par la situation extrêmement tendue de l’offre, car d’énormes retards ont été accusés en termes d’investissements, dans la production, entre autres. La sonnette d’alarme avait d’ailleurs été tirée en 2006, déjà, puis en 2007.
Il est significatif à cet égard que, dans la Loi de finances 2009, qui vient tout juste d’être approuvée au Parlement, le gouvernement a prévu un abaissement des droits de douane sur l’importation de l’électricité, une manière d’anticiper les difficultés qu’il y aurait à satisfaire les besoins par la seule production nationale. En 2007, par exemple, 15,1 % des besoins en électricité ont été satisfaits grâce aux importations auprès des pays voisins (Espagne et Algérie). En 2008, la part des importations a sans doute dépassé ce niveau. Selon les estimations de l’ONE lui-même, l’adéquation entre l’offre et la demande ne se remettra à des niveaux pérennes qu’après la mise en service de la centrale à charbon de Safi, prévue pour 2011.

Le choix de l’efficacité énergétique
C’est pour cette raison que les actions d’efficacité énergétique s’avèrent indispensables. D’ailleurs, dans la stratégie énergétique du ministère de l’énergie et des mines (MEM), présentée au Souverain l’été dernier, il est prévu un programme combinant deux axes : le renforcement des équipements de production et la mise en place d’actions d’efficacité énergétique. En d’autres termes, il s’agira, pour répondre convenablement aux besoins en énergie du pays, d’agir à la fois sur l’offre, à travers le renforcement des moyens de production, et sur la demande, par la rationalisation de la consommation de l’énergie, à la fois électrique et thermique. De nombreuses conventions ont été signées par le MEM dans ce sens avec des organismes publics et privés. On peut citer celles conclues avec le ministère de l’habitat pour l’intégration de l’efficacité énergétique dans la conception architecturale et la construction de bâtiments, et avec le ministère de l’industrie pour la généralisation des audits énergétiques, la labellisation, la normalisation et l’étiquetage des appareillages.
Et c’est pour sensibiliser davantage à l’importance de l’efficacité énergétique, pas seulement en vue d’écrêter la courbe de charge de l’ONE mais aussi pour améliorer la compétitivité des entreprises, que des journées techniques en milieu professionnel seront organisées du 13 janvier au 25 mars dans les principales villes du pays (voir encadré).

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