La CDG s’apprête à  entrer dans le capital de l’ONE
15 février 2008
Salah Agueniou (1228 articles)
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La CDG s’apprête à  entrer dans le capital de l’ONE

Rothschild, Booz & Hamilton et Naciri planchent sur la restructuration
de l’office
La transformation en société anonyme devrait être bouclée cette année

Ouverture du capital, un palliatif au refus de l’Etat de mettre la main à  la poche.

La Banque mondiale accompagne la mise à  niveau de l’office.

Le processus de restructuration de l’Office national de l’électricité (ONE) est lancé. Depuis janvier 2008, l’opérateur historique de l’électricité est assisté dans cette restructuration par la banque d’affaires Rothschild, pour le volet financier, et par les cabinets Booz & Hamilton et Naciri pour la partie juridique et économique.
Une première évaluation globale de la situation financière et des options de restructuration avait déjà été réalisée par le cabinet Masnaoui Mazars & Associés et avalisée par le conseil d’administration qui s’est tenu le 3 octobre dernier. Il s’agit maintenant pour Rothschild, Booz & Hamilton et Naciri d’affiner le travail et de présenter à l’office, parmi les schémas de restructuration possibles, celui qui présente le plus d’avantages : faut-il aller vers une simple privatisation, ou se limiter à l’ouverture du capital, à quelle hauteur et avec quel partenaire stratégie ? Se transformer en société anonyme à conseil d’administration ou à conseil de surveillance et directoire, etc. ? Une chose est sûre : la transformation du statut juridique de l’ONE devrait intervenir cette année. C’est tout aussi sûr, l’office ne sera pas privatisé, mais son capital sera ouvert.
C’est un secret de Polichinelle, l’ONE a besoin d’argent, compte tenu de la situation financière dans laquelle il se trouve, et il ne peut recevoir un apport extérieur en l’état actuel de son statut juridique, sauf de la part de l’Etat. Mais celui-ci ne veut pas (ou n’a pas les moyens) de mettre la main à la poche, alors même que c’est lui qui dicte la politique de l’office : électrification rurale, baisse des tarifs industriels, toutes choses qui, dans un contexte de flambée des cours internationaux des combustibles, créent d’énormes difficultés financières à l’ONE.

Toutefois, si l’Etat refuse de s’engager directement à travers une recapitalisation de l’opérateur historique, comme il l’avait fait pour le CIH par exemple, il semble qu’il le ferait indirectement, en encourageant l’établissement public qu’est la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) à apporter son soutien en échange de participations dans le capital. Le schéma qui est sur toutes les langues dans le milieu énergétique est en effet celui-là : la caisse entrerait dans le capital de l’ONE, une fois achevée la migration de ce dernier vers le statut de société anonyme. Quelle part détiendrait-elle dans le capital de l’office ? «Ce n’est pas encore arrêté», confie une source. Plus qu’une hypothèse, il s’agit là d’une quasi-certitude. La CDG, rappelons-le, est déjà impliquée, à travers sa filiale, le Régime collectif d’allocations de retraites (RCAR), dans l’externalisation de la caisse interne de retraite de l’ONE, dont le ticket d’entrée est de 14 milliards de DH.

L’autre volet de la restructuration juridique de l’opérateur électrique concerne la filialisation. Selon une source interne, l’office sera transformé en holding avec quatre filiales – et non plus trois, comme il était prévu il y a peu. Ces filiales seront complémentaires selon la chaîne de valeur de l’opérateur d’électricité : la production, le transport, la distribution et – nouveauté – la commercialisation. En décidant de créer cette filiale commercialisation, l’office affiche sa volonté de se positionner en opérateur soucieux de sa rentabilité, à l’image des électriciens de par le monde.
Il faut le dire tout de suite, cette restructuration de l’ONE n’aura de sens que si les relations avec les partenaires sont clarifiées. Par partenaires, il faut évidemment entendre les régies, publiques et privées, et, bien sûr, les producteurs concessionnels. On peut le tenir pour acquis, l’office n’offrira plus les mêmes garanties, notamment sur les fluctuations des prix des combustibles, aux futurs producteurs concessionnels, comme il l’avait fait par le passé. Cela lui a coûté tellement cher. De la même manière, les relations avec les régies, dont les assises juridiques sont ou inexistantes ou floues, feront l’objet de contractualisation, et cela fait d’ailleurs partie du chantier de mise à niveau de l’office auquel la Banque mondiale apporte son concours.
Mais de l’avis de certains experts, cette mise à niveau, pour donner ses fruits, devrait être accompagnée par l’adoption de règles transparentes pour la tarification de l’électricité. En creux, est posé le problème de la création d’une autorité de régulation, dans le cadre d’un marché à moitié privatisé et qui est appelé à être libéralisé. Dans son dernier rapport (voir La Vie éco du 18 janvier 2008), la Banque mondiale estime que le processus de création d’une agence de régulation de l’électricité devrait démarrer au début de cette année et aboutir en fin d’année. Parallèlement, poursuit la Banque mondiale, il faudrait que le code de l’électricité soit approuvé par le gouvernement et adopté par le Parlement «vers le milieu de l’année 2008».

10 milliards de DH d’investissement par an
C’est que l’enjeu est énorme : les investissements requis dans le secteur de l’électricité pour satisfaire une demande qui augmente au rythme de 8 à 9% par an sont évalués par la Banque mondiale à plus de 1,2 milliard de dollars ; ce montant devant servir à renforcer les capacités de production (500 MW an), plus les investissements liés au transport et à la distribution. Or, il n’y a pas suffisamment de cash flow pour répondre à ces besoins en croissance. Un des handicaps majeurs qui limitent la capacité d’investissement de l’opérateur national tient au fait que les ressources dégagées ont été affectées prioritairement à l’action sociale, celle d’améliorer l’accès à l’électricité à travers le Programme d’électrification rurale global (PERG). Et pendant que la demande augmentait par le fait même de ce PERG (entre autres), ni la production ni la distribution n’ont suivi. Pour une raison bien simple, c’est que les investissements dans l’accès à l’énergie électrique ne sont pas, ne peuvent pas être rentabilisés : les foyers ruraux, dans leur écrasante majorité, consomment peu (moins de 100 KWH), ils sont donc dans la tranche sociale dont le tarif est le plus faible. Bien plus, ce tarif ne couvre même pas le coût de fourniture de l’électricité. Et l’ONE, évidemment, ne peut pas changer les tarifs, c’est l’affaire du gouvernement. De ce point de vue, on peut le dire pour la première fois, si le PERG est une réussite sur le plan social, financièrement, c’est un boulet énorme. En tout cas pour celui qui le traîne, c’est-à-dire l’ONE. D’autant qu’à ce PERG, il faut ajouter les multiples baisses de tarifs concédées aux industriels (quelque 35% depuis 1998/99).

C’est pourquoi la problématique de la tarification se pose avec acuité. Elle se pose d’ailleurs avec d’autant plus d’acuité que, d’une ville à l’autre, d’un distributeur à un autre, les tarifs ne sont pas les mêmes. Marges trop élevées de certaines régies ou faiblesse de la productivité des autres? Il y a sans doute de tout. A quoi s’ajoute un retard chronique dans les investissements de la distribution, notamment dans certaines grandes villes. Mais un constat : là où les frais de distribution sont les plus bas, les tarifs appliqués sont les plus élevés, et inversement. Ce constat est celui de la Banque mondiale, mais il est loisible à chacun de le vérifier.

Au total, le secteur, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, manque de visibilité, de règles du jeu claires. La mise en place de mesures institutionnelles (encore à l’état de projet, certes), parallèlement à la restructuration de l’ONE, devraient contribuer à viabiliser ce secteur, si nécessaire à la promotion de l’activité économique.

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