Industrie automobile : les objectifs arrêtés pour 2020 seront atteints bien avant
10 août 2015
Naoufel Darif (776 articles)
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Industrie automobile : les objectifs arrêtés pour 2020 seront atteints bien avant

Un chiffre d’affaires à  l’export de 120 milliards de DH, un taux d’intégration de 80% et 11 milliards de DH de sourcing annuellement, les prévisions sont optimistes. De nouveaux métiers concernant l’intérieur de la voiture, la carrosserie, la mécanique, le chà¢ssis et l’éclairage, entre autres, vont émerger.

Le ton est réaliste mais ne cache nullement de grosses ambitions. «Nous sommes aujourd’hui en mesure d’atteindre tous les objectifs arrêtés pour 2020 bien avant», affirme Hakim Abdelmoumen, président de l’Association marocaine de l’industrie et du commerce automobile (Amica), lors d’un point de presse tenu à la suite de l’annonce de l’installation de Peugeot PSA au Maroc. Le management de l’association considère le site futur de Kénitra comme un projet structurant non pas seulement pour le secteur, mais pour tout le pays. «L’enjeu dépasse de loin les 200 000 véhicules et moteurs qui seront produits», souligne-t-il d’emblée. En effet, le projet PSA serait un accélérateur de la dynamique déjà amorcée avec le Plan d’accélération industrielle (PAI), il y a un an. 

Pour en juger, M. Abdelmoumen énumère plusieurs faits, chiffres à l’appui. Déjà, ce sont quelque 1500 ingénieurs concepteurs développeurs qui sont en cours d’être recrutés par le constructeur. Ce qui veut dire qu’il ne s’agit pas d’un projet d’assemblage, mais d’un vrai investissement industriel. «Ceci suppose des métiers compétitifs, denses et producteurs de valeur ajoutée, en plus d’une intégration rang 2 et rang 3 très décisive pour la pérennisation des acquis de l’industrie automobile», explique le président. A ce titre, le taux d’intégration de 60% et 80% à terme (avec le moteur et la mécanique) seront atteints à coup sûr, assure-t-il. Il s’agit d’un scénario chiffré sur lequel Peugeot PSA s’est engagé après s’être assuré du travail de fond entrepris dans la filière. Cela signifie que plusieurs nouveaux métiers vont faire leur apparition au Maroc, attirant d’autres constructeurs qui sont d’ores et déjà acheteurs pour ce type de métiers.  De l’avis de M. Abdelmoumen, ces derniers finiront par venir du moment qu’ils cherchent principalement une filière bien intégrée qui va les décharger des tâches parcellaires et leur garantir des modules à assembler et à monter directement. Aussi, la tutelle a compris que les infrastructures ne sont pas suffisantes. Il fallait des efforts pour ne plus éparpiller les process de fabrication et d’homologation sur les pays. «Fabriquer dans un pays et homologuer dans un autre est décourageant pour le constructeur. Aujourd’hui, on va produire et homologuer au Maroc», affirme M. Abdelmoumen. 

Maintenant, l’administration et les industriels travaillent en partenariat

En conséquence, les exportations du secteur devront culminer à 120 milliards de DH à l’horizon 2020, l’objectif de 90 milliards étant révisé à la hausse. «C’est presque le déficit de la balance commerciale marocaine. Autant de richesses, de métiers nouveaux, et surtout d’emplois», se félicite le président de l’Amica. En effet, à en croire ses prévisions, 90% des emplois à créer sont au niveau des équipementiers. C’est un rapport de 1 à 10. Quand le constructeur recrute 10 profils, les équipementiers en prennent une centaine. Ces derniers représentent un des maillons les plus forts de toute la chaîne. Les contrats de sourcing de PSA (approvisionnement du constructeur en équipements depuis le Maroc) signés avec ces opérateurs portent sur 11 milliards de DH annuellement. 

L’ampleur de ces retombées sera décuplée en raison de l’effet d’entraînement que produit l’industrie automobile. Celle-ci attire dans son sillage plusieurs autres secteurs, notamment la métallurgie, la plasturgie, l’électronique embarquée et bien d’autres. C’est dire qu’une révolution industrielle par l’automobile se prépare. «D’ici 2022, le Maroc n’aura rien à envier aux pays européens connus pour leur expertise dans la construction automobile», se félicite le président de l’Amica. 

Il faut dire que le grand tournant opéré dans l’industrie automobile à la veille des années 80, et qui se poursuit aujourd’hui, a aidé dans cette montée en cadence de la filière nationale. Le centre de gravité se déplaçait de l’Europe de l’ouest vers l’Europe de l’est. Aujourd’hui, il s’oriente vers le sud de l’Europe. «Bientôt l’Espagne deviendra le premier pays constructeur automobile au monde. C’est une chance pour l’industrie nationale qu’il fallait saisir».  Pour ce faire, les industriels, en tandem avec les équipes du ministère, sont allés vers les constructeurs en promettant de garantir leur besoin, notamment en matière d’approvisionnement in site. «Nous les avons approchés en leur présentant un projet avec une vision très claire. Et tout de suite, les résultats étaient au rendez-vous», se félicite M. Abdelmoumen. «Une des clés incontournables du succès de nos démarches est que l’administration n’opère plus dans son petit coin en retrait des réalités des opérateurs. Elle est très impliquée dans la démarche des écosystèmes qui commence à payer», souligne le management de l’Amica. Par exemple, dans l’écosystème emboutissage, la démarche d’homologation de l’acier de Maghreb Steel est bien engagée. Les réunions avec l’opérateur en présence de constructeurs et emboutisseurs (fabricants de pièces en tôle) se succèdent. «Des essais sont en cours et cela va bientôt aboutir», informe le président de l’Amica.

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