«Il faut taxer les retraits d’espèces pour développer le paiement par carte»
14 février 2018
Wiam Markhouss (279 articles)
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«Il faut taxer les retraits d’espèces pour développer le paiement par carte»

A peine 2,5 millions de cartes bancaires sur un stock de 14,1 millions sont utilisées régulièrement pour le paiement. Le CMI, qui dit ne pas sentir le poids de la concurrence pour le moment, compte investir 190 MDH sur cinq ans. Il vise à terme un développement en Afrique subsaharienne.

Le paiement par carte représente toujours une part négligeable des opérations monétiques réalisées au Maroc. Pour le développer, le Centre Monétique Interbancaire continue d’agir sur plusieurs leviers : recruter plus de commerçants et eMarchands, réussir son entrée dans le mobile payment… L’ouverture du marché à la concurrence, avec l’arrivée de NAPS, peut également dynamiser le marché. Entretien avec Mikael Naciri, patron du CMI.

Les paiements par carte chez les commerçants et les eMarchands ont progressé de 32% en volume et de 22% en valeur à fin 2017. Et pourtant ils ne représentent toujours que 14% du nombre total d’opérations (retraits et paiements). Comment comptez-vous développer cette part ?

Il existe 14,1 millions de cartes bancaires en circulation au Maroc, dont 2,5 millions utilisées régulièrement pour le paiement. Rien que sur l’année dernière, nous avons gagné 400 000 nouveaux porteurs qui paient régulièrement avec leurs cartes. Nous souhaitons continuer sur des progressions annuelles de 20% pour le paiement par carte. Pour ce qui est du réseau de commerçants équipés de TPE, qui atteint aujourd’hui près de 40 000 dont 26 000 actifs, nous aspirons à l’élargir annuellement de 10 à 15%.

Par ailleurs, grâce à nos plateformes et nos services d’interconnexion, nous collectons pour le compte de la DGI et de la TGR une partie de plus en plus consistante d’impôts et taxes. Nous avons également lancé en 2017 des services online pour le compte de la Conservation foncière qui permettent de dématérialiser des procédures. De plus, depuis quelques semaines, il est possible pour les professionnels et professions libérales de gérer leur adhésion et leurs cotisations à la CIMR en utilisant leur carte bancaire. Grâce à tous ces canaux (y compris Fatourati qui prend en charge le règlement de factures, taxes et créances diverses sur internet, mobile, GAB et réseaux physiques), nous parviendrons à augmenter l’usage. Mais l’une des manières les plus efficaces pour dynamiser réellement le paiement est d’éloigner les porteurs de cartes du cash. Et ce, en taxant les retraits des GAB comme c’est le cas dans d’autres pays. 

Vous vous positionnez également sur le mobile payment. Quand sera-t-il opérationnel au Maroc ?

Le démarrage du mobile payment est imminent. De nombreux acteurs semblent s’y intéresser. Nous allons voir émerger des offres de la part des opérateurs de transfert d’argent, des banques et des établissements de paiement nouvellement agréés par Bank Al-Maghrib. Le CMI offrira pour sa part des solutions innovantes, notamment pour les petits commerces de proximité, et pourra également ouvrir son parc de TPE installés aux paiements par mobile. Nous avons un parc de plus de 40000 terminaux sur le terrain, qui pourront accepter ces paiements aussi bien en NFC (communication en champ proche) qu’en QR Code (code barres). Le mobile payment permettra d’atteindre une population non bancarisée qui pourra avoir un wallet sur téléphone, payer ses factures chez le commerçant ou encore envoyer de l’argent sur un autre téléphone. Dans ce cadre, la carte CMI (virtualisée) a été retenue comme support de transport des paiements par l’écosystème mobile au Maroc.

Restons sur votre carte bancaire CMI dont l’encours est de 4 millions. Quels projets en cours ou à venir pour la développer ?

La carte CMI est leader dans le segment des cartes prépayées avec près de 60% de part de marché. Elle est de plus en plus utilisée en paiement et sur internet. Nous avons une ambition très forte pour cet instrument dans le sens où les nouvelles cartes CMI permettront prochainement le paiement sans contact et seront acceptées à l’étranger. Elles offriront en plus des services intéressants pour les porteurs marocains (solutions de fidélité, avantages exclusifs chez les partenaires). Avec cette nouvelle offre de cartes bancaires, le Maroc se positionnera de manière très forte sur la région.

M2M a fait son entrée dans le secteur de la monétique à travers NAPS. Comment appréciez-vous la concurrence ?

Pour le moment, nous ne sentons pas la concurrence. Le métier de l’acquisition monétique nécessite de l’expertise technique, une qualité de service irréprochable et surtout de l’endurance. Depuis 20 ans, nous avons acquis une maîtrise des problématiques de lutte contre la fraude, de gestion des chargebacks (impayés des cartes bancaires), et surtout une proximité avec nos clients sur tout le Royaume, qui nécessitera du temps et beaucoup d’investissements pour les concurrents. Nos divers clients ont des besoins différents en termes de services, d’étendue des cartes acceptées -le CMI est le seul acquéreur au Maroc à accepter les cartes UPI, JCB, Amex, Diners, Discover…- dont le développement par d’éventuels concurrents prendra du temps.

Vous avez adopté une nouvelle stratégie en 2017. Quels en sont les principaux axes ?

Toutes les équipes du CMI sont aujourd’hui mobilisées pour déployer notre feuille de route stratégique validée en 2017. Elle est axée d’abord sur le renforcement et la professionnalisation de notre force commerciale auprès des grands comptes, des réseaux de commerçants structurés, mais aussi auprès des points de vente de proximité. Nous avons aujourd’hui 53 personnes présentes dans toutes les villes à travers 14 agences. Nous espérons porter cet effectif à 95 dans les quatre prochaines années.

Le deuxième axe porte, lui, sur l’amélioration de l’expérience clients porteurs de cartes, que ce soit sur TPE ou en paiement en ligne. Enfin, nous travaillons sur l’institutionnalisation d’une démarche d’innovation permanente à travers la création d’une Business Unit dédiée à l’accompagnement de la digitalisation des transactions. L’objectif ultime étant de consolider notre rôle d’acteur de référence régional dans les paiements électroniques et, en corollaire, accélérer la pénétration monétique dans un environnement nouvellement concurrentiel. A noter que notre plan d’investissement pour les cinq prochaines années est de 190 MDH.

Une bonne partie des neuf banques actionnaires du CMI est présente en Afrique subsaharienne. Le CMI compte-t-il les suivre ?

Le CMI apporte déjà son expertise et son conseil en Afrique subsaharienne. Mais nous souhaitons développer l’acquisition de nouveaux commerçants, le paiement de factures en ligne et le paiement par carte bancaire. Pour l’instant, nous sommes en pourparlers avec un partenaire en Afrique de l’Ouest.

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