Gestion des déchets médicaux : situation préoccupante dans les régions enclavées
14 février 2018
Mehdi Jaouhari (162 articles)
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Gestion des déchets médicaux : situation préoccupante dans les régions enclavées

Le Maroc produit 22 600 tonnes de déchets médicaux par an, dont le tiers est considéré comme dangereux. Le ministère de la santé indique que tous les hôpitaux publics sont en conformité avec la loi, hormis sept petites structures. Ce constat est loin de faire l’unanimité dans la communauté médicale.

Les déchets médicaux et pharmaceutiques (DMP) produits par les hôpitaux publics sont-ils correctement gérés ? A cette question brûlante, les réponses des différentes sources consultées par LaVieéco sont contradictoires. Au sein du ministère de la santé, on indique que «tous les hôpitaux gèrent leurs déchets conformément à la réglementation en vigueur, mis à part sept structures sanitaires de petite taille». Un responsable au sein de la Direction des hôpitaux et des soins ambulatoires abonde dans ce sens : «Cette problématique se ressent de moins en moins grâce aux efforts consentis par les hôpitaux mais aussi par les sociétés privées de gestion des DMP. Des hôpitaux comme les CHP de Tan-Tan ou de Assa-Zag sous-traitent actuellement la gestion de leurs déchets à des sociétés agréées».

Des appels d’offres prévus en 2018

Ce constat ne fait pas l’unanimité dans la communauté médicale. «Bien que la gestion des déchets médicaux ait beaucoup évolué depuis l’adoption d’un cadre légal relatif aux déchets dangereux en 2006 (loi 28-00 et ses décrets d’application, NDLR), grâce notamment à l’externalisation de ce service ou l’acquisition de broyeurs-stérilisateurs et incinérateurs par le ministère, plusieurs hôpitaux situés dans les régions enclavées continuent de déverser leurs déchets dans les décharges publiques», explique, sous le sceau de l’anonymat, le gérant d’une des quatre sociétés privées autorisées à opérer sur le marché de la gestion des DMP. Cet avis est plus ou moins partagé par deux professionnels de la santé exerçant à l’hôpital régional de Dakhla. A les en croire, «les déchets hospitaliers ne sont pas traités dans les normes». En clair, l’hôpital en question n’externalise pas ce service auprès du privé, comme c’est le cas pour l’écrasante majorité des 160 hôpitaux publics du Royaume, et ne dispose pas, non plus, de broyeurs-stérilisateurs. En cause, l’éloignement de la région des centres de traitement ainsi que le faible volume produit, deux facteurs qui n’assureraient pas la rentabilité pour les sociétés. «Il est vrai que certains hôpitaux continuent d’éliminer leurs déchets à l’ancienne, mais ils se comptent sur le bout des doigts et leur volume n’est pas significatif. La majorité d’entre eux prévoient le lancement des appels d’offres en 2018», informe un professionnel du secteur.

Prochain entrant sur le marché, la filiale du groupe Veolia, Veos DD, dont l’offre est en cours d’élaboration, estime de son côté que 60% du gisement de DMP est non traité. «Le marché marocain des déchets médicaux commence à se structurer suite aux différentes lois et décrets parus durant les années 2000. C’est un marché porteur qui devrait connaître une croissance constante dans les dix prochaines années par effet de rattrapage dans un premier temps, mais également de développement du secteur de la santé dans le Royaume», détaille Sébastien Chauvin, directeur développement chez Veolia Maroc.

Sur les 22 600 tonnes générées par an, 7 642 tonnes sont considérées comme dangereuses. Ce sont les chiffres les plus récents du ministère de la santé et du Secrétariat d’État chargé du développement durable. Les régions Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra produisent respectivement 28% et 15% du volume global. Dans les hôpitaux publics, le mode de gestion le plus en vogue est celui de la gestion déléguée. Toutefois, certains hôpitaux publics gèrent partiellement ou totalement leur déchets en utilisant les 21 broyeurs installés dans les quatre coins du Royaume.

Manque de transparence dans le secteur privé

Mais si le marché des DMP sur le segment du public est estimé à environ 44 MDH, aucune information ne filtre sur le privé. Pourtant, «le segment du privé est important. Il s’agit de clients de plus en plus nombreux, à l’instar des cliniques, des centres d’hémodialyse et des laboratoires», indique un opérateur. Contactée par La Vie éco, l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) n’a pas donné suite à notre sollicitation.

Pour ce qui est des coûts de traitement, les prix au kg varient dans une fourchette de 5 à 15 DH selon les quantités traitées et la distance par rapport aux sites de traitement, à en croire les statistiques officielles.

De manière générale, les professionnels de la santé se montrent très circonspects sur le dossier des déchets médicaux, compte tenu de sa sensibilité. Cette retenue peut laisser croire qu’il y a des entorses à la loi ou que certaines failles sont exploitées par les moins scrupuleux. Le ministère de tutelle assure que le seul texte d’application qui n’a pas encore été publié concerne l’organisation interne chez les prestataires privés. «L’arrêté sera publié incessamment», confie notre source au sein du ministère. Et pour mieux contrôler et traiter les résidus, le plan national des DMP sera décliné au niveau régional au cours de cette année.

La filiale marocaine du groupe espagnol Athisa, qui revendique la première place sur le marché domestique, a réalisé un chiffre d’affaires de 22 MDH en 2016. Cette société installée au Maroc depuis 2003 gère annuellement un peu plus de 3 000 tonnes de DMP. Comme ses trois concurrentes, elle assure la collecte, le transport, le traitement et l’élimination. Désinfection chimique, thermique, biologique ou par irradiation ; procédés mécaniques d’encapsulation et d’enfouissement, tels sont les procédés utilisés pour la gestion des DMP. Il y en a bien d’autres. Par exemple, l’entreprise espagnole se vante d’avoir introduit un nouveau procédé (MIMO) par oxydation avancée. Quant à Veos, filiale de Veolia dédiée la gestion des DMP, elle promet le lancement d’une offre digitale. «Veos se fixe comme ambition de devenir le leader du marché marocain des déchets médicaux d’ici à trois ans. Pour ce faire, nous allons offrir une solution 100% digitale de traçabilité des déchets médicaux, de leur collecte jusqu’à leur traitement définitif», promet le directeur de développement de Veolia Maroc. Le démarrage effectif de Veos DD est prévu pour le troisième trimestre de 2018. Les autres acteurs sont Tozone, Saiss environnement et Alliance FZE.

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