Fraude sur les notes du contrôle continu :  jusqu’où va aller l’Education nationale
23 octobre 2017
Wiam Markhouss (328 articles)
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Fraude sur les notes du contrôle continu : jusqu’où va aller l’Education nationale

La décision du ministère a eu un écho favorable n Des lycées sanctionnés commencent déjà à réfléchir aux moyens d’améliorer leur système d’enseignement et de notation. La réforme du contrôle continu figure dans la vision stratégique 2015-2030 du secteur.

On en parlait beaucoup, mais personne n’avait des preuves matérielles formelles. Maintenant tout est clair : des lycées privés marocains de type bilingue gonflent bel et bien les notes du contrôle continue pour réaliser de bons scores au baccalauréat. Le ministère de l’éducation nationale a fini par taper du poing sur la table en publiant une liste de 32 lycées qui n’ont plus le droit de saisir les notes du contrôle continu dans le système «Massar» instantanément jusqu’à ce que les inspecteurs vérifient les copies des contrôles. Selon le ministère de tutelle, l’écart entre la moyenne des contrôles continus et les résultats de l’examen national et régional dépasserait 10 points, et ce pour la majorité des élèves des établissements mis en cause (environ 90%). «Ces écoles n’ont pas d’autre choix. Elles vont se conformer à nos dispositions visant des contrôles plus rigoureux des pratiques», assure une source au sein du département.

En face, c’est l’incompréhension ; du moins, on feint d’être injustement désigné du doigt. «Nous n’avons reçu aucun document officiel de la part de l’Académie régionale du ministère de l’éducation nationale. La liste des établissements incriminés a été relayée par la presse», s’exclame le directeur pédagogique d’un lycée privé à Casablanca. «Un comité du ministère de l’éducation nationale nous a rendu visite au début du mois d’octobre avant que la sentence ne soit rendue publique. L’objectif était de connaître la raison des écarts entre les notes», confie pour sa part un cadre du lycée Omar Khalifa. La direction dit avoir été surprise de voir le nom du lycée figurer quelques jours plus tard sur la liste des lycées incriminés. «Pendant l’examen national, l’élève est souvent mal à l’aise à cause des conditions d’examen ou encore de sa situation psychologique. Pendant les contrôles continus, il a moins d’appréhensions et de craintes», argumente ce cadre. C’est peut-être vrai. Reste cependant à savoir pourquoi un grand nombre d’élèves d’un même établissement perdent tous ensemble leurs moyens au même moment.

Tolérance zéro

Le ministère de l’éducation nationale assure en tout cas qu’il réalise cette opération chaque année. Cette démarche a été mise en place par Mohamed El Ouafa, ministre de l’éducation nationale, entre 2012 et 2013, qui avait même menacé de supprimer les contrôles continus. Elle a été remise au goût du jour par Mohamed Hassad, actuel patron de ce département, qui semble opter pour la «tolérance zéro».

«C’est une décision courageuse qu’on attendait depuis longtemps. Le contrôle des écoles privées est bénéfique pour l’ensemble du secteur et pas seulement pour les lycées figurant dans la liste du ministère. Cela permettra d’instaurer l’égalité des chances et d’améliorer la qualité», déclare la directrice pédagogique d’un lycée sanctionné à Agadir. «Par contre, la publication de la liste sur internet et à travers les organes de presse est diffamatoire vis-à-vis des lycées sanctionnés et porte atteinte à leur réputation», clame-t-elle.

La méthode ne fait pas l’unanimité certes, mais elle a le mérite de sortir les écoles de leur léthargie. Dès la réception de la notification, le lycée gadiri a organisé une rencontre avec les parents d’élèves. L’objectif est de rassurer, mais aussi d’éviter les départs d’élèves vers d’autres lycées. Un autre établissement dans la région de Rabat-Salé-Kénitra a dépêché un nouveau directeur pédagogique qui dit avoir entamé une réelle réforme des méthodes d’enseignement et de contrôle pour la rentrée en cours depuis quelques mois déjà. «Nous avons entamé des chantiers pour la rentrée 2017-2018 afin d’éviter de réitérer les erreurs commises dans les examens et dans les cahiers de texte qui doivent dorénavant être remplis minutieusement et munis de modèles d’examens de contrôle continu et de leur correction. De plus, on a instauré l’obligation de respecter les horaires des examens qui doivent couvrir tous les cours dispensés aux élèves», déclare ce directeur. Dans cet établissement, les élèves auront aussi droit à des cours de soutien. L’institution privée s’est aussi attaquée au risque de fraude. «Dorénavant, les feuilles d’examen sont différenciées chez l’imprimeur par rapport aux autres. Corrigées, elles seront cachetées par l’administration et signées par le professeur», ajoute-t-il.

Désacraliser le baccalauréat

Pour les observateurs, le ministère doit maintenir la pression pour installer la peur chez ceux qui seraient tentés de frauder du fait qu’il est difficile, sinon impossible, d’éradiquer totalement le mal. Sur 672 établissements, «il y en a beaucoup qui sont passés entre les mailles du filet», commente un directeur qui pense que le ministère ne va pas se contenter «d’un coup de com’».

«Dans la vision stratégique 2015-2030, il existe une réflexion sur le système de contrôle continu. Son abandon n’est pas à l’ordre du jour pour le moment car le système permet de faire en sorte que les élèves soient à jour dans leurs révisions», explique une source du ministère de tutelle. Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique veut en effet revoir le système d’évaluation et des examens dans le cadre d’une réforme globale «fondée sur l’égalité des chances et l’encouragement de l’excellence», lit-on dans un document du CSEFRS qui aspire également à introduire dans le curricula l’évaluation formative basée sur les compétences et le degré d’assimilation des connaissances pour le passage à un niveau supérieur.

Autre projet : l’organisation d’un examen spécial d’accès aux études supérieures pour ceux qui n’auraient pas réussi à obtenir leur baccalauréat. L’objectif serait-il de désacraliser ce diplôme qui est la seule porte d’entrée à l’enseignement supérieur? En tout cas, de par la réforme de l’éducation, l’Etat veut redorer le blason de l’école publique et donner au secteur privé la place de partenaire complémentaire à l’école publique. Ce sont les intentions affichées…

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