Driss Cherrak : une baisse du prix du ciment est difficilement envisageable
5 septembre 2008
Saad Benmansour (1059 articles)
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Driss Cherrak : une baisse du prix du ciment est difficilement envisageable

Il n’y a pas de pénurie de ciment et les hausses de prix étaient justifiées par le coût des facteurs de production. Le tiers, à  peine, du surcoût de production enregistré a été répercuté à  la vente. Préoccupation quant à  l’alignement des nouveaux opérateurs sur les normes en vigueur chez les grands cimentiers.

 La Vie éco : Depuis quelque temps, les professionnels du BTP parlent de problèmes de pénurie et/ou de hausses importantes des prix du ciment. Qu’en est-il exactement ?
Driss Cherrak : Pour répondre à votre question, il faut d’abord revenir un peu en arrière pour expliquer le contexte. En 2007, la demande était égale à l’offre. Nous étions dans une situation de flux tendus certes, mais il n’y avait pas de pénurie. Au mois d’avril, il y eut une première grève des transporteurs qui a vidé les stocks des distributeurs et à la fin de laquelle les transporteurs ont annoncé qu’ils comptaient en organiser une deuxième.

C’est à ce moment-là, effectivement, que les distributeurs ont anticipé cette grève et ont subitement commencé à passer des commandes en volumes plus élevés que la normale pour, justement, ne pas tomber en rupture de stock. On s’est donc retrouvé avec une demande largement supérieure à l’offre. Et c’est ce qui a créé une tension sur la demande. La psychose d’une deuxième grève et donc la crainte de manque de ciment, nous en avons subi les effets durant deux à trois mois.

Ce n’est qu’au mois de juillet, avec la mise en service de la nouvelle cimenterie à Settat, d’une capacité de 1,7 million de tonnes, que la tension est retombée. Et depuis, il n’y avait plus aucune raison pour qu’il y ait de nouvelle crise. Si pénurie il y a eu, ce sont vraisemblablement des distributeurs isolés qui ont essayé de tirer profit d’une pénurie qu’ils ont eux-mêmes organisée.

Et les prix ? Ces opérateurs ne subissent-ils pas la loi des négociants en matériaux de construction ?

Les grands opérateurs achètent en général directement chez les cimentiers. Je ne comprends donc pas (en dehors de la période de tension réelle que j’ai évoquée) qu’ils aient recours à des sources qui les font payer plus cher. Je rappelle que le ciment a subi une seule hausse en 2008 qui était de l’ordre de 3% à 3,5% entre le mois de mai et celui de juin suivant les régions.

N’y a-t-il pas moyen de réguler les prix pratiqués par les négociants de manière à éviter les hausses de circonstance ?
Ce n’est malheureusement pas possible car les prix sont libres. Mais il y a ce qu’on appelle les pratiques en matière de marges. Il faut savoir que les marges des revendeurs ne sont pas énormes, elles se situent entre 5 et 10%, pas plus. La majorité des revendeurs n’a fait que répercuter les hausses tarifaires que les cimentiers ont opérées, à savoir une hausse en 2007 et une autre en 2008, ni plus, ni moins. Ceci n’empêche pas que vous pouvez trouver, comme dans tous les métiers, des intermédiaires qui essaient de tirer profit d’une situation, voire l’entretenir.

Par quoi justifiez-vous ces hausses ?
Essentiellement par celle des coûts des intrants et des facteurs de production que subissent les cimentiers qui, je le rappelle, ont tous la même structure des coûts. C’est à peine si une partie des surcoûts enregistrés, dans l’énergie notamment, à cause de la flambée des cours mondiaux du coke de pétrole a été répercutée. Il y a aussi la hausse du sac d’emballage en papier, la hausse des prix du carburant, la revalorisation annuelle des salaires etc.

Si bien que le prix du ciment pourrait augmenter d’ici la fin de l’année…
Je ne peux rien affirmer. Tout dépendra de la conjoncture mondiale.

Et si le cours de certains de vos intrants revenait à des niveaux plus raisonnables, le prix du ciment devrait, en toute logique, baisser…
Tout dépend des proportions de cette baisse. Ça a déjà été fait une fois. Mais ce sera difficile pour l’avenir car, avec les augmentations enregistrées, seule une faible partie a été rattrapée.

Autre dossier d’actualité, l’arrivée dans le secteur d’acteurs indépendants comme les groupes Chaâbi et Sefrioui. N’avez-vous pas d’appréhensions par rapport à cette concurrence d’un genre nouveau ?
Si, bien sûr. L’arrivée de nouveaux concurrents suscite des inquiétudes. L’arrivée de nouveaux acteurs aura forcément des répercussions sur les volumes, qui vont se traduire par une baisse relative pour les opérateurs historiques, et cette baisse aura un impact sur les résultats. J’espère seulement, pour la pérennité du secteur, que ces nouveaux concurrents seront alignés sur les mêmes standards, les mêmes normes et les mêmes exigences.

Vous semblez penser que ce ne sera pas le cas…
Je ne sais pas, car je ne les connais pas tous (ils sont 5, valeur d’aujourd’hui). Mais ce qui est sûr, et sans vouloir faire de procès d’intention à personne, c’est qu’ils sont issus pour la plupart de secteurs qui n’ont pas forcément les mêmes contraintes que celles de l’industrie du ciment, sans oublier le fait que les opérateurs adossés à des multinationales ont des obligations de transparence d’abord avec les maisons mères et avec la Bourse puisque 3 sur 4 sont cotés.

Vous avez été élu président de l’APC en juillet 2008. Quelles sont aujourd’hui les grandes lignes de votre feuille de route pour le secteur ?
Nos principales préoccupations au niveau du secteur sont au nombre de quatre. La protection de l’environnement, la promotion de la qualité, la sécurité et l’hygiène dans nos usines y compris pour nos sous-traitans, et la contribution à la sécurité sur les routes par le respect de la PTAC pour les transporteurs qui travaillent pour nous. Ce sont là les axes de nos actions futures.
J’appelle, bien entendu, de mes vœux au renforcement d’un environnement économique favorable qui puisse permettre à notre pays d’accélérer son développement .

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