Coup de frein à la baisse des prix des télécoms
31 mars 2017
Imane Trari (381 articles)
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Coup de frein à la baisse des prix des télécoms

L’objectif est de préserver les marges des opérateurs et de les encourager à investir dans la fibre optique. La qualité de service et l’adaptation des offres feront désormais la différence entre les opérateurs. Inwi et Orange insistent pour que le dégroupage des infrastructures soit effectif.

Fini la guerre des prix entre les opérateurs télécoms. A partir de cette année, les tarifs vont stagner sur le segment mobile pour les services voix et data. «La concurrence se jouera désormais sur le service et l’adaptation des offres aux besoins des consommateurs», déclare un opérateur. Et pour cause, l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) encadre de plus en plus les tarifs. A en croire un expert du secteur, «la dernière note envoyée aux opérateurs en 2016 fixe un seuil minimum de prix que les opérateurs devraient désormais prendre en considération dans le calcul de leurs offres, notamment pour le prépayé». A l’origine de cet encadrement, la volonté de l’ANRT de préserver les marges actuelles des opérateurs afin de les encourager à investir. La direction de la communication de l’agence n’a pas donné suite à notre demande d’information.

On sait toutefois que depuis 2010, le régulateur a clairement affiché, dans ses orientations stratégiques du secteur, sa volonté de démocratiser les télécoms, principalement la voix. Une stratégie qui a été adoptée par les trois opérateurs du secteur. De nouvelles offres ont donc été confectionnées. Ce sont entre autres la facturation à la seconde, les forfaits sans engagement, les forfaits illimités, les pass… Leur commercialisation a été caractérisée par une féroce concurrence dont le prix était l’argument déterminant. Cette agressivité a en effet engendré une baisse conséquente du prix de la voix, qui est passé de 1,12 DH HT en 2010 à 0,23 DH HT en 2016. Soit une chute de 80%. Résultat, les opérateurs ont réussi à attirer cinq millions d’abonnés supplémentaires, le parc mobile global étant passé de 36,5 millions à 41,5 millions ou un taux de pénétration de 122%. Le problème est que «le volume de minutes consommé par les clients n’a pas progressé autant. Cette baisse des prix n’a pas amplifié les usages et laisse peu de place à des innovations majeures sur la voix», commente un opérateur.
Pour préserver leurs revenus, les opérateurs se sont attaqués au segment de la data mobile qui constituait un réel relais de croissance.

Le marché de la fibre optique est encore étroit
Ainsi, des offres très généreuses ont été mises sur le marché. Mais comme la data mobile est souvent liée à la voix puisque la grande partie des offres proposées (les abonnements et les pass) inclut souvent des heures de communication et des gigas internet, le même scénario s’est reproduit.
Aujourd’hui, l’ANRT veut atténuer cette concurrence fondée sur les prix pour préserver les revenus des opérateurs et encourager les investissements. La preuve, dans sa note d’orientation publiée en avril 2015, qui trace les grandes lignes de la stratégie du secteur à l’horizon 2018, le régulateur souligne que «l’accès à internet haut débit et très haut débit, aussi bien mobile que fixe, notamment pour les besoins des administrations et entreprises, devient de plus en plus une commodité essentielle.
De la sorte, le secteur des télécommunications se doit de déployer tous les efforts pour répondre à des besoins sans cesse diversifiés et en perpétuelle croissance». Pour ce faire, le régulateur explique dans ce document que «les acteurs devront déployer de nouvelles infrastructures, principalement fixes à base de fibres optiques. La tendance vers les nouvelles technologies devra s’accompagner, au vu de la lourdeur des investissements requis, par la monétisation des services de données».
Cependant, si le régulateur encourage les opérateurs à investir dans les infrastructures haut débit, en l’occurrence la fibre optique, il ne prend pas en considération la spécificité du secteur. Aujourd’hui, le secteur au Maroc est constitué de trois opérateurs, Maroc Telecom, Orange et Inwi. Si le premier est actuellement un acteur global, cela n’est pas encore le cas pour ses deux concurrents. Inwi et Orange se battent uniquement sur le mobile, le fixe n’étant pas encore accessible puisque le processus de dégroupage n’a pas encore abouti (sur le terrain). Pour débloquer la situation, les deux opérateurs ont même déposé des plaintes respectivement en 2016 et 2017, mais «aucune réponse n’a été donnée», confirme l’un d’eux.

A ce problème s’ajoute le potentiel même de la fibre optique au Maroc. Orange a déployé près de 6 000 km de fibre optique. Inwi fournit également des efforts considérables sur ce segment. Mais le marché est restreint. D’abord, parce que la fibre demeure une offre «élitiste» surtout demandée dans les nouveaux quartiers huppés des grandes villes et dans les zones d’activités économiques. Par conséquent, le marché reste peu rentable pour les deux opérateurs et ne peut constituer une alternative à l’infrastructure fixe classique. Dès lors, «le développement du secteur comme il est imaginé par l’ANRT doit passer obligatoirement par une activation du processus de partage des infrastructures», déclare un opérateur. Selon lui, ce processus ne peut qu’être bénéfique pour les opérateurs, mais surtout pour les clients.
Sur ce volet, il est important de souligner que le segment fixe n’a pas arrêté de chuter au cours des six dernières années. Le nombre d’abonnements est passé de 3,749 millions en 2010 à 2,07 millions en 2016. Dans le même temps, le prix de la minute s’est contracté de 6,9% seulement, passant de 1,01 à 0,94 DH.
En attendant la résolution définitive du problème de partage des infrastructures, les deux opérateurs doivent s’adapter aux nouvelles conditions de l’ANRT à travers des offres innovantes qui leur permettront de gérer cette stagnation des prix dans les années à venir.

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