Concurrencés par les importations, les fabricants de médicaments misent davantage sur l’export
2 mars 2017
Wiam Markhouss (151 articles)
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Concurrencés par les importations, les fabricants de médicaments misent davantage sur l’export

Les importations de médicaments ont augmenté de 7,3% et les exportations de 5% en 2016. L’industrie locale est de plus en plus concurrencée sur le marché intérieur du générique par des laboratoires indiens et égyptiens. Les industriels réclament un soutien plus ferme de l’Etat.

Les industriels du secteur pharmaceutique ont réalisé de bonnes performances à l’export en 2016, notamment vers le marché d’Afrique francophone. Selon les chiffres de l’Office des changes, les exportations de médicaments en 2016 avoisinent 970 MDH, en hausse de 5% par rapport à 2015. Mais dans le même temps, les importations ont progressé de 7,3%, à 5,87 milliards de DH.

Le Maroc est certes obligé d’importer des médicaments princeps innovants, issus de technologies non encore disponibles dans le pays (biotechnologie, vaccins, oncologie chimique injectable, hormones contraceptives, aérosols contre l’asthme, capsules molles…) venant de l’Union Européenne, de la Suisse et des Etats-Unis, mais son marché se retrouve aussi inondé de médicaments génériques importés même s’ils sont fabriqués localement. «Des Indiens et des Egyptiens s’installent au Maroc et obtiennent des AMM (autorisations de mise sur le marché) temporaires. Ils importent des produits similaires à ceux déjà fabriqués au Maroc, notamment des formes sèches basiques. L’AMM temporaire devient la norme alors que la loi exige des importateurs d’investir au Maroc», déclare Myriam Lahlou Filali, directrice générale du laboratoire Pharma 5. D’après l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP), ce type d’importations inquiète sérieusement les industriels marocains. «Il n’est pas imaginable de vouloir accroître nos exportations et de suivre la stratégie de développement international en Afrique de S.M. Mohammed VI sans une consolidation des acquis industriels locaux et leur renforcement de manière significative. Nous comptons clairement sur notre ministère de tutelle pour nous accompagner dans cette voie», déclare l’AMIP.

Les conséquences de ces importations massives et incontrôlées sont déjà ressenties. D’après Mme Lahlou Filali, le taux de couverture des besoins par l’industrie locale est passé en quelques années de 70% à 57% aujourd’hui. Autre conséquence plus grave, la balance commerciale pharmaceutique est déficitaire de 4,9 milliards de DH en 2016 contre 3 milliards de dirhams il y a 7 ans.

Les industriels ressentent une croissance très faible sur le marché local quand l’export progresse à deux chiffres pour certains laboratoires marocains. «Nous avons réalisé 35% de croissance à l’export. Nos marchés traditionnels d’Afrique francophone se sont bien comportés. Il y a également une reprise lente des marchés d’Irak et de Libye, sans compter nos marchés aux Emirats, en Arabie Saoudite et au Qatar», se félicite la DG de Pharma 5 qui réalise 20% de son milliard de dirhams de chiffre d’affaires à l’export et espère atteindre 50% dans les cinq prochaines années.

Le marché africain évolue favorablement

Au-delà des produits exportés en 2016, en l’occurrence les antibiotiques (formes solides), les médicaments de l’appareil digestif, les minéraux et les vitamines, l’insuline et des solutés massifs, le Maroc se dirige vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Selon l’AMIP, le Royaume exporte déjà des formes sophistiquées stériles tels que les injectables stériles, les collyres et les insulines. «A court terme, la part des formes sophistiquées ou des médicaments de niches va croître dans le total des exportations avec les produits des nouvelles usines marocaines opérationnelles ou en préparation. Ces usines fabriquent entre autres l’oncologie orale, l’hormonologie contraceptive les inhaler/aérosols, les bio similaires, les médicaments contre les hépatites ou encore contre la malaria», se réjouit l’AMIP.

Au final, seule une sophistication des médicaments fabriqués au Maroc et une interdiction d’importer les médicaments déjà produits dans le pays -difficilement réalisable du fait des accords commerciaux internationaux- pourrait améliorer la balance des paiements pharmaceutique. Du moins, on l’espère.

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