Comment les exportateurs marocains appréhendent le marché canadien
18 octobre 2017
Mehdi Jaouhari (86 articles)
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Comment les exportateurs marocains appréhendent le marché canadien

30 entreprises issues de différents secteurs tournés vers l’export ont pris part aux rencontres B to B organisées en marge de la 8e édition du Forum Afrique Expansion. Elles ont fait d’une pierre deux coups, en renforçant l’ancrage du Made in Morocco en Afrique et en découvrant le marché canadien jusque-là inconnu.

Comme à chaque édition, les rendez-vous B2B sont prévus en marge des panels et des meetings de réseautage durant les deux jours que dure le Forum Afrique Expansion (FAE). Pays à l’honneur de cette 8e édition, le Made in Morocco est parti donc à la conquête du marché canadien sous la houlette de Maroc Export.

Textile, industrie pharmaceutique, IT, produits cosmétiques, conseil…, la majorité des secteurs tournés vers l’export -hors agroalimentaire, artisanat et tourisme dont la promotion à l’international est assurée par d’autres organismes- ont été représentés. Au total, 30 entreprises -dont l’écrasante majorité sont des PME- ont rencontré les opérateurs privés et publics aussi bien canadiens qu’africains. Fait important à signaler : aucune d’entre-elles n’exporte au Canada et très peu ont déjà approché ce grand marché de 36 millions de personnes aux revenus élevés, le PIB par habitant étant de 40 000 dollars.

Une double cible

Si certaines entreprises parmi la délégation marocaine ont déjà fait leur preuve sur des marchés développés en Europe, d’autres ont une activité naissante à l’export. Exemple parmi la première catégorie : Pharma 5, le groupe pharmaceutique dont les produits -au nombre de 400- sont exportés dans pas moins de 40 pays en Afrique, en Europe et au Moyen-orient. Sa participation au FAE est une occasion pour approcher le marché nord-américain, mais pas que. «Après nos expériences concluantes sur les marchés africains et du Moyen-Orient, nous songeons à approcher le marché nord-américain. Pour ce faire, nous travaillons en ce moment pour décrocher la certification de la FDA (l’Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments), nécessaire pour pénétrer l’Amérique du nord», a fait savoir Tarik Mhaimer, export manager chez Pharma5. Selon lui, bien qu’il soit difficile d’accès, le marché nord-américain est très intéressant, vu sa taille et le niveau élevé des revenus de ses consommateurs.

La particularité du FAE, qui est un événement d’affaires dédié à l’Afrique en Amérique du nord, aux yeux des opérateurs marocains et de Maroc Export, est qu’il présente une double opportunité. Il s’agit, comme le relèvent plusieurs participants, de faire d’une pierre deux coups. En clair, il s’agit, d’une part, de fidéliser les partenaires africains et développer davantage l’ancrage du Made in Morocco en Afrique, et, d’autre part, de construire un réseau d’affaires au Canada, ce qui est indispensable pour songer à un projet d’exportation dans ce marché.

Autre exemple : le cabinet Arsen consulting opérant au Maroc et en Afrique subsaharienne et qui a dans le viseur d’autres opportunités d’affaires en Afrique ou au Canada, notamment avec des opérateurs canadiens intéressés par les marchés africains. «La participation marocaine a permis de relever la méconnaissance des participants canadiens de l’environnement et des opportunités d’affaires tant au Maroc que sur les marchés en croissance du continent», indique son président Choukry Maghnouj. Et de poursuivre : «Sur les services et certaines industries, il y a des sujets à explorer et qui nécessitent une continuité dans ce processus promotionnel. D’ailleurs, Afrique Expansion est une rencontre bi-annuelle ce qui implique d’autres actions plus régulières. De même, nous avons constaté le souhait des autorités du Québec de poursuivre l’ouverture d’antennes commerciales au Maroc et dans d’autres pays africains».

Du textile aux nouvelles technologies, les opportunités sont variées

Par ailleurs, les PME tournées à l’international mais qui sont au stade de démarrage ont également trouvé leur compte au FAE. C’est le cas de l’entreprise JHM active dans le secteur de la cosmétique sur la niche du bio. Avec sa marque Belara, cette PME cible essentiellement le marché international avec une gamme élargie d’extraits d’argane, de fleur d’oranger, de cures d’hydratation, de gel douche et de soins capillaires pour hommes et femmes. «Tous nos produits sont 100% Made in Morocco et certifiés par la FDA. Nous avons commencé à distribuer en Espagne et prochainement au Cap Vert, et je suis là au FAE pour promouvoir mes produits en Amérique du nord, en prospectant des distributeurs potentiels», explique Jihane H’midouche, la gérante de JHM.

Pareil pour GTEL, une PME opérant dans l’ingénierie des réseaux télécoms au Maroc et en Cote d’Ivoire. «De par les spécificités du marché mondial de l’IT, à savoir l’intangibilité du produit ou service exportable, l’universalité des process et des technologies informatiques, ainsi que les compétences marocaines dans ce domaine, on peut mettre un pied sur le marché canadien», soutient le DG de GTEL Ahmed El Azraq. «En plus des entreprises et des investisseurs, la présence des institutions bancaires -africaines à l’instar d’Afreximbank ou canadiennes comme la Banque nationale- qui sont orientés vers le financement des exportations ainsi que celles des entités gouvernementales canadiennes -comme Québec Export ou EDC- fait que le FAE soit propice à la création de synergies dans des projets communs», poursuit-il. Exemple propre au secteur de l’IT : une entreprise canadienne et une entreprise marocaine dont les savoir-faire sont complémentaires peuvent développer une offre commune sur le marché à l’international. «J’ai rencontré plusieurs opérateurs canadiens qui sont intéressés par des partenariats dans le sens de l’offre commune dont un semble être un partenaire potentiel», témoigne le patron de GTEL. Le créneau de la délocalisation intéresse les Canadiens dans ce secteur, à l’instar d’autres opérateurs internationaux implantés au Maroc.

Pour sa part, le textile -métier phare du Maroc- était également de la partie. Rodée à l’export sur le marché anglais avec 100 000 unités écoulées chaque semaine, IB Maroc -une plateforme logistique dotée d’un grand réseau de sous-traitants- a été représenté par Khalid Tissafi Idrissi, un membre de son top management. «Le marché nord-américain nous intéresse puisque nos partenaires anglais aimerait bien y exporter notre production. Notre participation sert à découvrir le terrain canadien, le mindset des hommes d’affaires canadiens parce c’est très important de connaître la culture managériale et de négociation de nos pays cibles. De même, le FAE nous permet de réseauter avec des partenaires potentiels sur le continent africain», explique notre interlocuteur.

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