Comment Crédit Agricole du Maroc a réussi son opération de titrisation de crédits à la consommation
11 avril 2017
Reda Harmak (1058 articles)
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Comment Crédit Agricole du Maroc a réussi son opération de titrisation de crédits à la consommation

Pour sécuriser l’opération, les actifs cédés se limitent aux crédits conso accordés aux fonctionnaires dont le taux d’impayés historique est contenu à 0,01%. C’est la troisième fois que le CAM a recours à la titrisation.

Le Crédit Agricole Maroc (CAM) a mené ces derniers jours une opération de titrisation qui a porté sur la cession de crédits à la consommation à des investisseurs. C’est la première fois au Maroc et même dans la région que ce type d’actifs fait l’objet de titrisation, cette technique n’ayant concerné jusqu’à présent que les crédits habitat, les créances commerciales et les actifs immobiliers, rappelle-t-on auprès de l’arrangeur de l’opération, Maghreb Titrisation, seul organisme agréé à ce jour par le ministère des finances en tant que société de gestion de Fonds de placements collectifs en titrisation (FPCT). Puisque ce montage, aujourd’hui bouclé et qui entame sa phase de gestion, a fait l’objet d’un placement privé auprès d’investisseurs autorisés (compagnies d’assurance, OPCVM…), ses détails n’ont pas été révélés au grand public. La Vie éco a néanmoins appris que le CAM a titrisé pour 584,7 MDH de prêts à la consommation (le portefeuille de financements à la consommation détenu par la banque totalise 3,3 milliards de DH à fin 2016). Aussi, le taux de rémunération des titres émis par le fonds de titrisation, FT Consovert, est établi à 2,9%. A titre de comparaison, Crédit du Maroc qui a levé au début de l’année un emprunt obligataire de 500 MDH d’une maturité de 10 ans a dû offrir un taux compris entre 3,13% et 3,93%.

Plusieurs garanties offertes aux investisseurs

Le challenge de l’opération a consisté à offrir les sécurités de mise pour rassurer les investisseurs, ce qui n’est pas évident avec le crédit à la consommation, dont les taux d’impayés sont réputés relativement élevés. CAM et Maghreb Titrisation ont néanmoins trouvé la parade en titrisant spécifiquement des crédits conso accordés à des fonctionnaires, une clientèle très peu risquée. En effet, «les financements contractés par cette catégorie d’emprunteurs sont remboursés par retenue à la source de l’Etat qui se charge de reverser les montants dus au recouvreur», rappellent les initiateurs de l’opération. «Dans les faits, un fonctionnaire ne peut pratiquement tomber en impayé que s’il est radié de la fonction publique, ce qui arrive rarement», assurent-ils. Cela fait que le taux d’impayés parmi les fonctionnaires est historiquement comprimé à 0,01% contre plus de 6% généralement sur le secteur bancaire, avance-t-on. En outre, et c’est là un autre fait marquant de l’opération, plusieurs mécanismes de rehaussement de crédit (intervention d’organismes qui apportent leurs garanties) ont été mis en place pour minimiser le risque pour les investisseurs. Une autre innovation s’ajoute au tout, consistant en l’acquisition par le fonds de titrisation des créances à leur valeur marché (584,7 MDH). Habituellement, celle-ci sont achetées à leur valeur nominale, en l’occurrence 561,7 MDH, et le cédant n’empoche la plus-value résultant du différentiel entre la valeur marché et la valeur nominale qu’au fur et à mesure à chaque date de paiement. CAM a donc empoché d’entrée de jeu sa plus-value de 23 MDH. Pour ne pas compromettre les remboursements des détenteurs de titres, «ce montant a été stressé en intégrant les frais de gestion du fonds, les impayés conformes à l’historique de la clientèle…», insistent les initiateurs de l’opération.

La marge de développement reste considérable sur ce marché

C’est la troisième fois que le CAM a recours à la titrisation après deux opérations qui ont concerné des actifs immobiliers. «Cette technique permet de recourir au marché des capitaux à des taux compétitifs tout en optimisant les ratios prudentiels et la gestion du bilan», estime le management de la banque. Rappelons à ce titre que l’un des grands intérêts de la titrisation est de permettre de déconsolider le risque du bilan, ce qui permet de libérer des fonds propres, tout en bénéficiant de financements. De manière spécifique, la banque informe que cette opération l’habilitera à renforcer sa base clientèle «à travers une gamme de produits dont le crédit à la consommation est une composante d’équipement et non un produit d’appel».

Par ailleurs, cette opération qui sort des sentiers battus renouvelle l’espoir pour Maghreb Titrisation que les émetteurs se mettent enfin à exploiter pleinement les possibilités offertes par la titrisation. En termes de volumes d’opérations, les réalisations sont certes appréciables. Depuis sa création il y a près de 15 ans, Maghreb Titrisation a arrangé et géré plus d’une quinzaine d’opérations pour un total de plus de 15 milliards de DH. Mais dans le lot, on ne compte qu’une seule entreprise privée non financière (le spécialiste de la grande distribution Labe’Vie) et un seul organisme public (ONEE) ce à quoi s’ajoutent quelques banques. Ceci alors que la réglementation ouvre le champ à l’Etat dans son ensemble et à tous les opérateurs du secteur privé. Aussi, alors que l’on se limite actuellement aux créances et aux biens immobiliers, la réglementation élargit le champ de la titrisation à tous les actifs incorporels (les droits de propriété intellectuelle…) et corporels (les biens mobiliers, les matières premières…). En somme, la marge de développement reste considérable sur ce marché.

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