Chaussure : le Maroc moins compétitif sur le plan local comme à l’international
12 février 2018
Wiam Markhouss (328 articles)
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Chaussure : le Maroc moins compétitif sur le plan local comme à l’international

Les industriels sont obligés d’importer l’essentiel du cuir, faute d’une offre locale suffisante et de qualité. Les exportations font du surplace et les importations massives de produits d’entrée de gamme dérangent les opérateurs sur le marché local. La Fédic optimiste grâce aux contrats de performance signés début 2016.

L’année qui vient de s’écouler ne restera pas dans les annales du secteur de la chaussure, qui réalise la plus importante part de l’activité de transformation du cuir. En valeur, les exportations n’ont progressé que de 0,3%, à 3 milliards de DH. Cette quasi-stagnation ne reflète pas pour autant une bonne tenue de la filière. Les 230 unités industrielles qui assurent 75% de la production totale et 72% des exportations du secteur pâtissent encore de la concurrence sur les marchés traditionnels. «Les entreprises européennes arrivent à atteindre des tailles critiques leur permettant de produire des quantités très élevées de chaussures, gagnant ainsi en économies d’échelle. Elles profitent de la disponibilité de la matière première dans le continent et d’une main-d’œuvre intra-européenne de moins en moins chère, notamment au Portugal où le salaire moyen avoisine 500 euros», explique Mohammed Benammour, DG de Benson Shoes, marque marocaine de chaussures haut de gamme qui vise dorénavant les marchés de Scandinavie.

Selon la Fédération des industries du cuir (Fédic), l’insuffisance de la matière première locale résulte de la défaillance des unités de tannage en termes de délai et de qualité. Selon Hicham Azmi, chef de projet dans la cellule des écosystèmes Cuir-Fedic, la restructuration des unités de tannerie est lente. Entre autres raisons invoquées, «l’absence d’une zone industrielle spécifique répondant aux normes environnementales internationales et dédiée aux tanneurs», souligne-t-il.

Dans ces conditions, les principaux industriels marocains importent en moyenne 70% du cuir qu’ils traitent et qui représente 50% à 70% de la matière utilisée dans la chaussure. Les frais d’approche tels que les frais de transit, d’entreposage, d’emballage et de messagerie liée à la préparation des collections alourdissent les charges. Il s’en suit une baisse de la compétitivité prix malgré les bas salaires.

La tannerie d’Ain Cheggag sera opérationnelle dans deux à trois ans

«La présence de fournisseurs de cuir marocains permet de contrôler la production au fur et à mesure pour obtenir le cuir souhaité. L’autre avantage est de pouvoir bénéficier de délais de paiement plus longs. Je crois que la seule solution pour ressusciter les tanneries marocaines de qualité est de recourir aux investisseurs étrangers», commente M. Benammour. «Même lors des salons internationaux dédiés au cuir, nous ne retrouvons plus d’exposants marocains dans la tannerie. De nouvelles nationalités émergent dans le secteur tels que les Ethiopiens, les Pakistanais…», clame-t-il.

En dépit de toutes les contraintes, la Fédic espère que la situation va évoluer favorablement. Suite aux contrats de performance signés avec l’Etat en février 2016 avec pour objectif de porter le chiffre d’affaires du secteur à 7,5 milliards de dirhams en 2020, le projet d’Ain Cheggag (Province de Sefrou/Région Fès-Meknès) est aujourd’hui réellement lancé. Le cabinet d’architecte et l’entreprise en charge des plans de voirie, de réseaux, d’impacts environnementaux, ainsi que du pilotage et suivi de l’aménagement ont été désignés. «Nous agissons en étroite collaboration avec nos partenaires pour que cette zone soit opérationnelle d’ici 2 à trois ans au maximum», promet M.Azmi.

En attendant, les professionnels, sous l’égide de la fédération, en collaboration avec l’Agence marocaine de promotion et de développement des investissements (AMDIE), ont mené plusieurs actions de promotion dans les marchés traditionnels espagnol, allemand, français et italien et en direction de marchés potentiels tels que les Etats-Unis, les pays de l’Europe du Nord et le Royaume-Uni. «Durant 2017, tous nos marchés (traditionnels et nouveaux) ont évolué. Nous tablons sur une nette progression des nouveaux marchés au courant de 2018», déclare le chef de projet dans la cellule des écosystèmes Cuir-Fedic.

Les professionnels et la tutelle veulent freiner les importations informelles

Sur le marché local, estimé par la Fédic à 3,5 milliards de DH, les opérateurs marocains sont en difficulté à cause de la concurrence des pays asiatiques. «Ces pays sont très agressifs sur les produits d’entrée de gamme dont une partie provient d’importations informelles. Un travail est en cours de réalisation avec le ministère de l’industrie et les services de la douane en vue de remédier à cette situation», déclare M. Azmi.

Les entreprises opérant dans le moyen et haut de gamme ressentent moins les effets de cette concurrence internationale. Il reste que les plus grands employeurs demeurent les unités industrielles informelles/semi-informelles opérant dans les chaussures «bon prix», les plus demandées sur le marché. Dans le cadre de la vision intégrative de la Fédic, ces entreprises seront intégrées graduellement dans le système formel pour bénéficier de l’ensemble du dispositif et des incitations mises en place par l’Etat.

Il apparaît donc que la volonté de remettre de l’ordre dans le secteur est réelle, mais depuis plus d’une décennie, le Maroc est beaucoup plus dans une logique de préservation de ses parts de marché à l’international que de conquête.

La branche maroquinerie et vêtement en cuir réalise un chiffre d’affaires de près de 560 MDH à l’export. Parmi les entreprises opérant dans cet écosystème, certaines collaborent avec de grandes marques internationales. A l’instar de la chaussure, les exportations de la maroquinerie sont sur une courbe ascendante depuis quelques années. Mais le secteur connaît les mêmes difficultés que celles de l’écosystème de la chaussure.

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