Banques participatives : au moins 5 000 postes à créer dans les premières années
21 juillet 2016
Reda Harmak (1115 articles)
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Banques participatives : au moins 5 000 postes à créer dans les premières années

Les ressources humaines du secteur de plus en plus nombreuses à s’intéresser à ce nouveau créneau. Les recrutements se font actuellement en majorité en interne et ils ne portent que sur des fonctions opérationnelles pour mener les chantiers structurants des futurs établissements.

Avant de convaincre la clientèle, les futurs établissements participatifs semblent déjà faire des émules parmi les employés du secteur financier. Ceux-ci, débutants ou expérimentés, sont en effet de plus en plus nombreux à s’intéresser à ce créneau. «Il s’agit pour ces cadres de saisir la chance de développer leurs carrières», rapporte Rachid El Maataoui, directeur général de Financité Institute, un organisme qui revendique le leadership en matière de formation en finance islamique et qui a vu les rangs des participants à ses sessions grossir à vue d’œil sur les derniers mois, au point d’avoir du mal à faire face à la demande.

A priori, le futur secteur de la finance participative a largement de quoi absorber ces vocations naissantes. Un simple calcul permet de s’en convaincre rapidement. L’arrivée de ces nouveaux acteurs devrait se traduire par l’ouverture de 150 à 200 agences, selon les spécialistes. Sachant que jusqu’à 10 employés seront nécessaires pour faire tourner chaque point de service, le besoin s’élève à 2000 postes. Si l’on ajoute les sièges centraux des futures entités (10 établissements sont actuellement en lice pour l’obtention d’un agrément de banque participative dont 8 envisagent la création de filiales à part entière) qui devraient nécessiter chacun au bas mot une vingtaine d’employés, ce sont au moins 200 postes qui seront créés. Et ce ne sont là que les besoins estimés des banques. Avec elles, il y aura aussi les sociétés de leasing, les fonds d’investissement, les sociétés d’assurance, les sociétés de conseil, les cabinets d’avocats, les cabinets d’expertise comptable et d’audit, les bureaux d’études, les centres de formation ainsi que toute entreprise voulant bénéficier des produits financiers participatifs qui seront appelés inéluctablement à recruter des compétences en la matière, anticipe M. El Maataoui. Sans trop forcer sur les perspectives, les spécialistes estiment ainsi que 5 000 professionnels seront nécessaires pour lancer la finance participative au Maroc.

Le cc externe est pour l’instant très limité

Cependant, il faut bien comprendre que tout ce besoin est loin d’être immédiat. Aujourd’hui, il n’y a que les banques qui se sont réellement mises à recruter en avançant à pas comptés, selon les retours du marché. Au démarrage de leurs projets, il y a plus de deux ans pour certains, les groupes bancaires se sont contentés de constituer des équipes restreintes avec des profils pluridisciplinaires pour mener les premiers chantiers structurants (mise en place des process, du système d’information, la gestion des risques, le contrôle interne…), fait savoir le futur directeur d’un établissement participatif.

Le plus gros de ce besoin a été satisfait en interne, précise-t-il. Les banques ont redéployé des compétences existantes à même de prendre en charge les chantiers opérationnels du démarrage. Dans d’autres cas, les employés se manifestent d’eux-mêmes auprès de leur hiérarchie pour rejoindre les nouvelles filiales participatives, et ils sont nombreux dans ce cas, selon les constats du management des futures entités. Cette course s’explique par le fait que les équipes qui participent à la mise en place des nouvelles structures ont de solides chances d’occuper des postes d’encadrement par la suite, justifie un banquier.

Pour former ces compétences internes, les établissements leur font suivre des programmes ciblés. C’est d’ailleurs surtout cette demande qui dope aujourd’hui le marché de la formation à la finance islamique.

Le recrutement externe reste pour sa part très limité. Les banques ne devraient s’y mettre de façon visible qu’après l’obtention des agréments, selon les spécialistes. Certains établissements y recourent toutefois dès à présent notamment pour combler des besoins urgents. Et comme la ressource est rare, on ne néglige aucune piste. Certains établissements ont par exemple tenté de débaucher des cadres de Bank Al-Maghrib, apprend-on auprès des professionnels. La banque centrale de par son rôle de régulateur a dû se doter en ressources très tôt. Elle a ainsi débuté les recrutements des profils spécialisés en finance participative dès 2011.

Après la première vague de recrutements concernant les fonctions opérationnelles, les embauches à venir des banques spécialisées porteront de plus en plus sur le commercial. «Si ce volet ne représente actuellement que 20% des recrutements, il devrait monter à 50% dans les prochains mois et à 75% sur les prochaines années, une fois un certain degré de maturité atteint, conformément aux normes du secteur», fait savoir le directeur d’une future entité.

En y allant doucement, les futurs opérateurs de la finance participative ont pu éviter dans l’ensemble et jusqu’à présent une surenchère au niveau des salaires. La grille des rémunérations reste la même par rapport aux banques conventionnelles, selon les professionnels. Il faut aussi dire que s’agissant d’un nouveau marché dont le potentiel n’est pas parfaitement évalué, les établissements ont pour priorité de rationaliser leurs charges. Partant du fait qu’il n’y a pas de concurrence directe entre l’activité de banque classique et la finance participative, il est sûr qu’il y aura une création d’emplois dans le secteur financier et non pas seulement une migration de clients et de ressources humaines de la première vers la seconde.

Flairant le bon filon, les spécialistes de la formation ont mis en place depuis des mois des programmes adressés aux établissements ainsi qu’aux particuliers qui veulent s’initier. Si au départ l’offre s’est multipliée à foison avec des programmes de qualité variable, une sélection naturelle semble s’être opérée depuis. «Les établissements s’adressent aujourd’hui à une liste réduite d’institutions dont la fiabilité est avérée», observe un professionnel. Dans le lot, Al Maali Institute et Financité Institute se positionnent en leaders du marché. Pour un programme bien coté, il faut compter actuellement autour de 15 000 DH pour une formation certifiante de 5 jours et 60 000 DH pour une formation en master dispensée sur un an. Il est à préciser que les prix ont tendance à baisser avec l’augmentation de la demande.

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