ASI : la RAM propose un plan de sauvetage, mais que cherche le Sénégal ?
16 mars 2009
Lavieeco (25115 articles)
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ASI : la RAM propose un plan de sauvetage, mais que cherche le Sénégal ?

Il permettra à  la compagnie sénégalaise d’avoir un bilan sain et de continuer son activité.
L’Etat sénégalais veut reprendre les 51% détenus par la RAM dans ASI mais ne se décide pas à  agir.

Le conseil d’administration d’Air Senegal International (ASI), prévu jeudi 12 mars, a-t-il eu lieu ? Les représentants de l’Etat sénégalais se sont-ils enfin décidés à sortir la compagnie aérienne du blocage dans lequel elle se débat depuis l’été dernier ? Au moment où nous mettions sous presse, mercredi 11 mars, c’était toujours l’incertitude. Pourtant, l’heure est à l’urgence. ASI, cette compagnie née en 2001, d’une volonté politique avant tout et qui a rapidement été le fleuron du transport aérien de l’Afrique de l’Ouest, risque tout simplement de se retrouver en cessation de paiement d’ici fin mars. Pire, Royal Air Maroc détentrice de 51% du capital, jusqu’à présent, menace de se retirer unilatéralement de la gestion d’ASI… faute de répondant de la part du Sénégal.

Un malaise qui dure depuis juillet 2008
Comment en est-on arrivé-là ? En fait, l’attitude de la RAM n’est que l’expression d’un malaise qui persiste depuis bientôt neuf mois. Depuis juillet 2008, en effet, le conseil d’administration d’Air Senegal ne s’est pas tenu, faute de présence des administrateurs représentant l’Etat sénégalais. Ce dernier, et dans la perspective d’une reprise de l’intégralité du capital de la compagnie, annoncée maintes fois et jamais mise à exécution jusque-là, avait conditionné la reprise par la tenue d’un audit des comptes. Or, ce que l’Etat sénégalais reproche à la RAM, c’est le manque de coopération d’ASI dans la réalisation dudit audit. Une affirmation que, bien entendu du côté de la RAM, on récuse. «Air Sénégal a fourni toutes les informations requises et quand bien même on nous accuserait, à tort, j’insiste, de rétention d’information, cette dernière est disponible. Hormis deux cadres, l’intégralité du personnel et du management de la compagnie est constitué de citoyens sénégalais qui ne sauraient refuser une demande provenant de leur Etat», assène Driss Benhima, PDG de la RAM, joint par La Vie éco. Ce n’est pas le seul reproche qui est fait à la RAM. Cette dernière est également accusée d’avoir favorisé ses propres intérêts au détriment de ceux d’ASI, notamment dans le choix de certaines dessertes aériennes et, enfin, la rend responsable de la dégradation de la situation financière de la compagnie. Côté marocain, les arguments ne manquent pas également. Il est rappelé que la RAM n’a pas ménagé d’efforts pour soutenir l’activité de la compagnie, notamment en  y injectant 10 millions d’euros en 2006 pour éviter à ASI d’être en cessation de paiement, en apurant son endettement –limité aujourd’hui à ses engagements envers la RAM- et en affrétant deux de ses propres avions pour éviter l’arrêt d’activité, depuis juillet dernier. Sur le plan des choix stratégiques, on explique que le maintien de lignes non rentables pour des raisons de politique sénégalaise a grandement participé à la dégradation des finances de la compagnie. A cela s’ajoute, enfin, le fait qu’ASI a été, par décision de l’Etat sénégalais, écarté de l’opération pèlerinage, ce qui a fragilisé sa situation financière. La goutte d’eau a sans doute été l’absence, encore une fois, lors du conseil d’administration du 26 février dernier, des représentants de l’Etat sénégalais.

Veut-on faire porter le chapeau de l’échec à la RAM seule ?
Que veut faire le Sénégal d’ASI ? Compte-t-il effectivement reprendre les 51% du capital ? La question se pose avec  d’autant plus d’acuité que la compagnie qui doit être recapitalisée risque de se retrouver en cessation de paiement d’ici fin mars. Or, depuis la première annonce de cette reprise faite en octobre 2007 par l’ancien ministre des transports et la mise en place d’une commission à cet effets -qui n’a jamais fonctionné- les effets d’annonces se sont succédé, sans que l’Etat sénégalais, qui a réaffirmé, en 2008, son intention d’acquérir les parts de la RAM au 31 décembre de la même année, ne passe à l’acte. En fait, tout porte à croire que l’actuel gouvernement refuse d’endosser la responsabilité de la gestion de la compagnie et d’un échec éventuel et entend laisser la compagnie aérienne marocaine porter le chapeau. Sur ce point, la RAM se dit disposée à accompagner un processus de transfert mais à condition que le Sénégal fixe une feuille de route, un plan de sortie qui s’étendrait d’ici le 30 juin prochain.
La RAM va même plus loin. Elle entend proposer un plan de sauvetage d’ASI pour peu que les représentants sénégalais veuillent s’asseoir à la table des négociations. Ce plan s’articule autour de cinq points. Primo, la cession des 51% à un franc symbolique ; secundo, l’abandon de l’apport en compte courant de 10  millions d’euros effectué en septembre 2006 ; tertio, l’échelonnement des dettes d’ASI auprès de la RAM sur une durée suffisamment longue ; quarto, la mise à disposition d’ASI de deux avions en location à moins de 50% du prix du marché afin de lui permettre de continuer son activité ; et, enfin, quinto, le maintien de l’assistance technique et commerciale. «Avec ce plan, ASI verra sa situation nette comptable passer au vert et pourra continuer à tourner, tout en bénéficiant de l’assistance RAM», explique M. Benhima.
Avec un plan pareil, dans lequel il ne débourse aucun sou, l’Etat sénégalais se décidera-t-il enfin à sortir ASI de sa crise ? Son silence inquiète, et la RAM, qui soutient mordicus son intention de se désengager de la gestion de la compagnie dans quelques jours, tire encore une fois la sonnette d’alarme. A moins que l’on espère implicitement, côté sénégalais, que le Maroc, en vertu des liens étroits l’unissant au Sénégal, n’oserait pas lâcher cette ASI que l’on n’a pas la volonté d’assumer… La patience a des limites.

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