Savoir raison garder quant à l’issue  d’un procès
4 juillet 2018
Fadel Boucetta (413 articles)
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Savoir raison garder quant à l’issue d’un procès

Le prévenu n’est pas le monstre que décrit le procureur… mais ce n’est pas non plus un enfant de chœur. C’est pour cela qu’il faut toujours raison garder, et éviter de se prononcer, tant qu’un jugement, dûment motivé, n’a pas été prononcé.

La presse rapporte ces derniers temps les péripéties entourant certains procès en matière pénale, qui passionnent l’opinion publique. On y retrouve le résumé des audiences, les déclarations des différentes parties, ainsi que les commentaires des journalistes spécialisés. Et si certains témoins se laissent aller en dévoilant leurs avis, l’on est encore plus étonné de voir les propos de certains avocats. (D’ailleurs rappelés à l’ordre…par justement l’Ordre des avocats). En réalité, il n’y a rien d’étonnant à cela, car un procès ne se déroule pas uniquement dans une salle d’audience. Le législateur a voulu que les audiences soient publiques; et ce, afin de permettre à l’opinion publique de suivre le déroulement des débats, et éviter que l’on ne dénonce un parti pris quelconque.

Ceci étant, il convient de préciser qu’en matière pénale, les méthodes utilisées par les avocats de la défense sont multiples et variées. Petit tour d’horizon. Il y a d’abord une technique de défense classique. Elle consiste à utiliser certains arguments afin d’orienter la future décision pénale vers une direction bien déterminée. Les pénalistes avertis se focaliseront d’abord (et surtout) sur le fond du dossier, tout en pointant les éventuelles carences formelles. Ici, on contestera la validité de tel procès-verbal ; là, on relèvera avec minutie les déclarations des témoins, en insistant sur les contradictions éventuelles. Autant de techniques bien rodées, qui réussissent parfois à inverser le cours d’un procès. Mais il y a aussi une méthode de défense, dite défense de rupture. Il s’agit alors d’un véritable combat oral entre les principaux protagonistes, que sont le parquet et la défense. On ne laisse rien passer, et on s’accroche alors à tous les détails: tel procès verbal ne comporte pas la signature de son rédacteur ; telle déclaration est contredite par telle ou telle pièce versée au dossier. Et quand tout cela ne suffit pas, rien de tel que d’invoquer une fumeuse théorie du complot, consistant à présenter les faits sous un angle tel que le public est conduit à s’interroger sur le bien-fondé des poursuites, voire leur légalité. Certains avocats sont passés maîtres dans l’utilisation de ce procédé. A les entendre, tout est faux, tout est tronqué, et leur client n’est que la malheureuse victime d’une abominable machination. Les observateurs de la chose juridique ne sont pas dupes…, les magistrats non plus, mais tous savent que c’est ainsi que se déroule un procès criminel. Puis, une fois les débats clos, on en arrive aux moments clés d’un procès, à savoir le réquisitoire du ministère public, (le parquet), suivi par les plaidoiries de la défense. On relèvera en passant que cet ordre de prise de parole a été sciemment planifié, de manière à ce que la dernière parole prononcée, soit celle de la défense, suivie de l’intervention du prévenu lui-même, afin de ne pas laisser un procès se terminer sur une note négative.

Dans les procès retenant l’attention du grand public, ce détail est important, car, inconsciemment, l’on a tendance à prendre parti pour la partie supposée la plus faible. Et le rôle d’un tribunal est alors de démontrer l’équité qui préside à un jugement. D’ailleurs, lorsque l’on entend, à la suite, réquisitoire et plaidoirie, un esprit logique ne peut que s’étonner du fossé qui sépare les deux discours. Le réquisitoire est en général implacable, et quand le procureur a terminé, le sentiment général qui prévaut alors, est que la personne que l’on juge est un monstre qui mérite toutes les peines les plus sévères que l’on puisse appliquer. Puis vient le tour de la défense, et lorsque les plaidoiries sont achevées, on se prend à considérer l’accusé comme un pauvre bougre, écrasé par la société, et dépassé par les événements ainsi que par les faits qui lui sont reprochés ! La vérité se situe bien souvent au milieu de ces deux extrêmes : non, le prévenu n’est pas le monstre que décrit le procureur… mais ce n’est pas non plus un enfant de chœur. C’est pour cela qu’il faut toujours savoir raison garder, et éviter de se prononcer, tant qu’un jugement, dûment motivé, n’a pas été prononcé.

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