Pour une «professionnalisation»
1 août 2003
Jaidi Larabi (560 articles)
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Pour une «professionnalisation»

On ne réclame pas au politique de se métamorphoser en «élu
chef de service». On lui demande par contre de se préoccuper davantage
de gestion, d’avoir le souci de la performance organisationnelle.
Question : mais qui paiera pour la formation des élus ?

C’est parti ! Pour une course d’étapes qui ne sera bouclée qu’en septembre. Aujourd’hui, c’est le tour des chambres professionnelles. Demain, ce sera le rendez-vous des élections locales puis régionales. Des échéances qui devraient tenir le pays en haleine. Et pour cause ! C’est du renouvellement d’une composante des élites locales qu’il s’agit. Des enjeux qui vont empoisonner les vacances des militants, des candidats, des fonctionnaires locaux. La fièvre s’empare des assemblées et comités de quartiers. Les sièges des partis bourdonnent comme des ruches. On ne sait si elles vont engendrer du fiel ou du miel. L’enjeu? Des listes à constituer, des têtes de liste à trancher, des tactiques à définir, des alliances à former, des personnes à mobiliser, des circuits à emprunter… Une débauche d’énergie toute concentrée – pour l’instant- sur le classement des candidats. Le débat sur l’évaluation de l’expérience, les thèmes de mobilisation, les propositions d’actions? C’est pour plus tard. Le profil des candidats? On le discute peu. La démocratie n’exige-t-elle pas l’accès égalitaire à la fonction d’élu local ?
Pourtant, les (heureux ?) élus se trouveront confrontés à des situations difficiles sur leur territoire tant en ce qui concerne l’économie que l’emploi. La question est de savoir de quelle capacité d’action ils disposent. Comment favoriser l’implantation des entreprises, créer des niches à partir des ressources locales ? Que faire pour soutenir les entrepreneurs, aider au montage des dossiers. Le rôle des élus est capital car les textes seuls, si pertinents soient-ils, se révèlent inopérants, surtout dans un domaine aussi complexe. La façon dont sont mises en œuvre sur le terrain les prérogatives juridiques est déterminante. La décentralisation a, pour partie, généré une certaine «professionnalisation» de la fonction élective. D’une manière générale, elle a rendu nécessaire, pour tous les élus, l’acquisition de compétences accrues. Or, le regard de l’administration sur les élus locaux n’a pas encore changé de nature : ils sont plus considérés comme des notables que comme des professionnels.
On ne réclame pas au politique de se métamorphoser en «élu chef de service». On lui demande par contre de s’enthousiasmer un peu plus pour des préoccupations de gestion, d’avoir le souci de la performance organisationnelle. Mais comment conduire les élus locaux à se passionner pour le management ? Que faire pour qu’ils consolident leur légitimité politique par une compétence managériale ? Au-delà de la reconnaissance d’un véritable droit à l’information et à la formation des élus, l’Etat devrait être invité à mettre en place des centres de ressources. Ces derniers permettraient aux élus et aux fonctionnaires locaux de disposer d’une assistance juridique, économique et financière. L’accès à ces centres de ressources serait élargi aux acteurs de terrain (syndicats, associations…). Les élus et les fonctionnaires devraient pouvoir bénéficier d’une formation spéciale, régulière et renouvelée. Le conseil, pour les élus, en particulier en ce qui concerne l’interprétation des textes, doit constituer une mission de service public. On peut espérer d’une meilleure formation des élus qu’elle conduise à la diminution du nombre de décisions illégales.
Par ailleurs, l’adoption d’un statut de l’élu devrait inciter des profils de gestionnaires à s’intéresser à la représentation politique. Cela est particulièrement vrai pour les acteurs du secteur privé qui sont confrontés à la difficulté de concilier les exigences liées à la fonction d’élu local et celles liées à l’exercice de la profession. Le monde économique doit être présent dans la vie publique. Des pistes doivent être proposées pour qu’il y tienne sa place. La vie politique y gagnerait, l’entreprise aussi. D’une manière générale, la réalisation de ce statut aura un coût. Qui le paiera ? Ce ne peuvent être exclusivement les collectivités locales. Ne pourrait-on réserver une dotation à cet effet ? La démocratie a un coût, il faut avoir le courage de l’affirmer face à tous ceux qui voudraient l’affaiblir.

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