Populisme et responsabilité
25 avril 2012
Jaidi Larabi (560 articles)
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Populisme et responsabilité

On assiste depuis la constitution du nouveau gouvernement à  une montée en puissance du discours populiste.

On assiste depuis la constitution du nouveau gouvernement à une montée en puissance du discours populiste. Les sorties médiatiques de quelques ministres PJD posent avec une acuité particulière la difficile question de la responsabilité politique. Un ministre de la communication qui annonce la suppression de la publicité sur les jeux de hasard et décide de tonifier les programmes religieux sur les chaînes nationales.

Un ministre de la justice qui s’aventure sur les chemins du tourisme déclarant dans la foulée que la ville de Marrakech est devenue un lupanar à ciel ouvert. Un ministre des relations avec le Parlement qui laisserait entendre que la société civile est inféodée à l’extérieur. On pourrait égrener d’autres perles de nos ministres islamistes qui donnent le tournis au premier d’entre eux, à force de vouloir atténuer leurs effets désastreux sur la solidarité gouvernementale.

Au-delà du caractère hautement médiatique et symbolique de ces sorties publiques, il est légitime de s’interroger sur leur signification. Pourquoi des ministres se mettent-ils dans la posture de citoyens ordinaires et perdent de leur prééminence dans ce qui justifie l’usage indiscuté de leurs missions : la maîtrise des dossiers, la rigueur des propos, la rationalité de la décision. Pourquoi confondent-ils compétence politique et posture morale ? Pourquoi cette préoccupation obsessive pour déployer un discours qui insiste sur le pathos de l’homme du commun. Comme si l’acte de légitimation du pouvoir est le résultat d’une activité discursive, déroulée sous le registre du populisme, sur des thèmes qui rappellent à l’opinion l’attachement au référentiel identitaire.

Ce discours politique populiste est difficile à comprendre sans remonter aux sources profondes de son émergence : la situation de crise sociétale, les dysfonctionnements de la démocratie représentative, l’influence perverse des médias, ainsi que les tensions idéologiques générées par la pression des mouvements islamistes radicaux. C’est dans ce contexte qu’émerge un discours «nouveau» exprimant cette croyance que la référence au peuple est le fondement de la représentation politique, que la conviction morale autorise de se passer des médiations institutionnelles, peut-être même de court-circuiter le système politique. Le plus poignant et insondable de cette réalité n’est pas le fond émotionnel qui l’anime, mais les risques de ses dérives démagogiques. Ce type de discours caresse l’opinion dans le sens du poil, peut même dégager une sympathie contagieuse ; il ne se substitue pas à l’action responsable ; il ne féconde pas pour autant le changement.
Ce genre de populisme devient provocant dans un contexte où ce sont les compétences qui sont attendues et qui doivent être prouvées. Mais, surtout, il est source de méprise concernant la responsabilité exigée par les citoyens de leurs représentants.

Certes, notre système institutionnel présente de nombreuses lacunes en termes de responsabilité politique. Les institutions législatives ont fonctionné sur une pratique vidée de contenu en matière de responsabilité politique, au même titre que la démocratie électorale en tant qu’instance de sélection des représentants repose sur une série de postulats de rationalité et de transparence dont rien n’assure la validité. Face à une logique de responsabilisation désincarnée, les citoyens exigent aujourd’hui de trouver des «responsables». L’enjeu est le passage d’un type de représentation traditionnelle-religieuse-charismatique à un type légal-rationnel au sens webérien du terme. Tout glissement de la responsabilité politique vers le populisme ne fera que conforter l’idée que ce gouvernement est en «déficit de compétence» et qu’il se complaît dans le brouillage des mécanismes d’imputation.

C’est que la responsabilité n’est pas une question d’exercice discursif. On attend de ce gouvernement une prise en main des grands dossiers de réformes en «stand by». Des dossiers déjà ouverts qu’il faudrait mettre dans le circuit de la décision législative ; certains souffrent déjà d’accuser du retard. Pour ne retenir que les plus urgents, il y a les lois déclinant la mise en œuvre de la Constitution en vue d’asseoir le système politique sur un mécanisme institutionnel démocratique. Il y a le dossier de la régionalisation censé modifier le visage administratif et institutionnel du pays. Il est en souffrance d’une initiative du gouvernement. Où en est la loi organique qui devrait donner corps à l’architecture proposée par la commission nationale ? Quel est le point de vue du gouvernement sur l’ensemble des dispositifs qui structurent le partage des responsabilités entre l’Administration centrale, les services déconcentrés des ministères et les collectivités territoriales ? Il y a le nouveau chantier de la réforme de la Justice, il y a les textes de refonte du Conseil de la concurrence et de l’Instance de prévention de la corruption…

Autant dire que l’agenda politique du court terme est surbooké. Le rendement et l’efficacité de l’Etat dépendront de la volonté du gouvernement à donner un contenu effectif à ses prérogatives constitutionnelles, de la capacité du Premier ministre à valoriser son rôle d’orientation et de coordination du travail gouvernemental, de la disposition des ministres à harmoniser leur référentiel et à œuvrer dans la solidarité. Faut-il rappeler, à ce propos, cette phrase de Jean-Pierre Chevènement : «Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne !».

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